Jean-Marie Pelt : rater Copenhague serait épouvantable

jeudi 02 avril 2009 Écrit par  Alexandra Lianes

jean-marie-pelt-DDmagazine.jpgJean-Marie Pelt, professeur émérite de biologie, enseignant en botanique végétale et en pharmacologie à la faculté des sciences de l'Université de Metz, fondateur  et président depuis 1972 de l'Institut Européen d' Ecologie, était l'invité exceptionnel du Lycée de l'Albanais à Rumilly en Haute-Savoie pour une conférence sur "La Terre en Héritage". A cette occasion, l'auteur d'innombrables ouvrages, a accepté de répondre aux questions de DDmagazine.

Jean-Marie Pelt, agrégé en pharmacie, et professeur de botanique à l'université de Metz est un écologiste convaincu depuis près de 40 ans. En 1972, il fondait l'Institut Européen d'Ecologie qu'il préside. Mardi 31 mars, il était l'invité du Lycée de l'Albanais, à Rumilly (Haute-Savoie). Il a répondu à une invitation du lycée dans le cadre de ses "Etats Généreux du DD" organisés pour la semaine du développement durable.

DDmagazine. Que pensez-vous de la semaine du DD ? 

livre-la-raison-du-plus-faible.jpgLa raison du plus faible par Jean-Marie Pelt aux Editions Fayard. Janvier 2009.
Alors que l’on s’apprête à célébrer en 2009 le cent cinquantième anniversaire de la théorie de l’évolution fondée par Darwin dans L’Origine des espèces, ce nouvel essai de Jean-Marie Pelt s’emploie à récuser la fameuse "loi de la jungle" qui, dans une nature réputée "cruelle", serait le seul moteur de l’évolution. Il montre qu’il existe une raison du plus faible : tout au long de l’histoire de la vie sur terre, des premières bactéries jusqu’à l’homme, là où les plus gros et les plus forts n’ont pas su résister aux grands cataclysmes et aux changements climatiques, ce sont souvent les créatures les plus humbles qui ont survécu. C’est aussi parmi les plus faibles que sont nées les plus belles histoires de solidarité, par la symbiose. C’est enfin chez les plus vulnérables que l’ingéniosité adaptative a développé ses plus belles inventions.
Notre société humaine, livrée à un esprit de compétition exacerbé, où les "tueurs" de la guerre économique sont venus renforcer les rangs des guerriers dans la lutte pour le « toujours plus », est promise aux mêmes cataclysmes, financiers ou nucléaires, si elle n’entend pas cette leçon de la nature qui fait de l’égoïsme la maladie mortelle des plus forts, et de la solidarité la force indéfectible des faibles. Dans cet ouvrage fourmillant d’anecdotes puisées au cœur du monde végétal et animal, Jean-Marie Pelt s’en donne à cœur joie pour nous raconter l’extraordinaire énergie des petits, réputés faibles…

Jean-Marie Pelt. Je crois que cela participe à une prise de conscience qui est essentielle pour porter le développement durable. Je suis donc très frappé de voir qu’il y a de plus en plus d’actions qui sont menées, que l’opinion publique a évolué et que ça va dans le bon sens. Je pense que l'on ne reviendra pas après la crise comme c’était avant même si c'est ce que souhaitent, sans le dire, beaucoup de politiciens. Je pense, et je l’espère, que l’on va réussir le changement vers une nouvelle culture qui sera la culture des générations à venir.

DD. Croyez vous que le développement durable nous sortira de la crise ?

J.M. Pelt. Je pense que ce qui serait une catastrophe fatale pour l’humanité, ce serait que l’on avance sans rien changer du tout.
Admettons que l’on ouvre une fenêtre sur les paradis fiscaux et que tout le reste continue comme avant. Cela aurait pour unique conséquence que les Etats seraient un peu mieux alimentés en argent, ce qui est parfait pour eux mais cela ne changerait rien.

En réalité, je pense que cette crise nous donne une occasion unique de remettre en cause les dogmes de la croissance, de l’économie telle qu’elle a fonctionné, du dollar roi, de la compétition acharnée, de la loi du plus fort ; tout ce qui fait le monde aujourd’hui et tout cela peut être remis en cause dans cette crise.

On peut mieux partager l’emploi, les ressources et les richesses et refaire alliance avec la nature. C’est l’occasion unique de réussir ces changements là.

DD. Quels sont les grands rendez-vous que les hommes politiques ne doivent pas rater ?

J.M. Pelt. Si on rate Copenhague*, ça sera épouvantable. Car en réalité le changement climatique est grave, probablement plus grave que l’on ne l’a dit il y a deux ans quand les climatologues du Giec (ndrl, Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) ont remis leur rapport à l’Elysée. Si vraiment à Copenhague on n'arrive pas à des décisions communes sur la lutte contre l’effet de serre, ce qui suppose de passer massivement aux énergies renouvelables en particulier, de diminuer massivement les dégagements de gaz carbonique, de faire des économies d’énergie et de vivre plus sobrement et caetera, alors là ça serait une catastrophe épouvantable. L'année 2009 est donc une année clé.

* C'est à Copenhague en décembre 2009 que doivent se réunir les ministres de l'environnement pour trouver un accord sur le nouveau traité de lutte contre le réchauffement climatique en remplacement au protocole de Kyoto qui s’achève fin 2012 - voir notre article.

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