"Une eau dite potable peut être bourrée de pesticides"

lundi 06 avril 2009 Écrit par  Alexandra Lianes

dominique-belpomme.jpgDominique Belpomme, professeur de cancérologie, est également le président-fondateur de l'Artac, association pour la Recherche Thérapeutique Anti-Cancéreuse. Jeudi dernier, dans le cadre d'une conférence sur "L'eau et la santé", il a accepté de répondre à nos questions. 

Professeur de cancérologie, au Centre hospitalier universitaire Necker-Enfants malades à Paris, Dominique Belpomme est internationalement connu pour ses recherches sur le cancer. Jeudi 2 avril, il était au lycée de l'Albanais à Rumilly en Haute-Savoie dans le cadre d'une série de conférences organisées à l'occasion de la semaine du développement durable. 

DDmagazine. D’un point de vue sanitaire, vaut-il mieux boire de l’eau en bouteille ou l’eau du robinet ?

Dominique Belpomme. Cela dépend des régions et de la qualité de l’eau du robinet. Si l’eau du robinet a non seulement été testée pour les bactéries et ses qualités physico-chimiques habituelles mais en plus si l’on a dosé les organo-chlorés (Ndrl : pesticides) et les nitrates. Si les tests sont négatifs pour ces autres éléments, on peut boire l’eau du robinet.
Je ne connais pas la qualité de l’eau du robinet en Haute Savoie, mais dans les régions montagneuses en général, les qualités chimiques de l’eau sont bonnes. Par contre, dans certains zones rurales où il y a de l’agriculture intensive, il y a un risque de taux de nitrates et de pesticides élevés.
Mais on ne dose pas tout le temps les pesticides car cela coûte trop cher. Résultat, dans ces zones rurales, où l’on fait de l’agriculture intensive, on peut avoir une eau qui est dite potable et normale alors que l’on a une eau bourrée de nitrates et de pesticides. livre-avant-qu-il-ne-soit-trop-tard-Belpomme.jpgAvant qu'il ne soit trop tard, Dominique Belpomme, Editions Fayard, Février 2007. "Qu'on scrute le ciel, qu'on regarde la Terre, qu'on analyse les problèmes de santé, tous les clignotants scientifiques sont au rouge..." Tel est le constat du Pr Dominique Belpomme et du millier de personnalités scientifiques ayant signé l'Appel de Paris, une déclaration internationale sur les dangers sanitaires de la pollution chimique. Cancers, malformations congénitales, stérilités, allergies, maladies dégénératives du système nerveux sont en très grande partie liés à la pollution de notre environnement, alors que l'apparition de nombreuses épidémies infectieuses telles que le sida, la maladie de chikungunya ou la grippe aviaire sont la conséquence directe ou indirecte des activités humaines. L'humanité pourra-t-elle se dégager du piège dans lequel elle s'est progressivement enfermée ? Aujourd'hui, l'enfance et même l'espèce humaine sont en danger si nous continuons à polluer l'environnement et à détruire la planète Terre comme nous le faisons. Malheureusement, ce message n'est pas entendu, alors même que des solutions existent. Ce livre propose un programme d'union nationale axé sur la préservation de notre santé et de l'environnement, et s'achève sur une lettre ouverte à l'adresse des femmes et des hommes politiques pour les exhorter à agir, avant qu'il ne soit trop tard.
Du même auteur : "Ces maladies créées par l'homme" (Albin Michel, 2004) et "Guérir du cancer ou s'en protéger" (Fayard, 2005).

DD. Dans le cas d'une eau potable polluée, que peut-on faire ?

D. Belpomme. Il y a deux options, soit on boit de l’eau minérale, alors là va se poser le problème de savoir si elle est dans une bouteille en plastique ou en verre ; ou alors on fait appel à l’osmose inverse, c'est-à-dire que l’on va essayer de retirer les organochlorés qui sont dans l’eau par un appareil mis sur le marché. Il y a deux conditions à l’utilisation de ce type d’appareils : il faut qu’il soit agréé pour que l’on soit certain qu’il donne de l’eau qui soit vraiment dépolluée en nitrates et en pesticides et deuxièmement il faut changer les filtres régulièrement.

Maintenant, s’il faut choisir entre l’eau dans une bouteille en plastique et l’eau dans une bouteille en verre, c’est bien sur l’eau contenue dans une bouteille minérale en verre qu’il faut privilégier. Parce que pour l’eau contenue dans le plastique, il peut y avoir des phtalates qui se libèrent et il est clair que les phtalates sont des substances toxiques.

Le problème c’est que le choix de son eau dépend de la région d’habitation. En zone rurale, le risque c’est les nitrates et les pesticides. En zone urbaine il y a tout les polluants possibles et imaginables qui sont inconsidérés. On trouve des nitrates et des pesticides et d’autres polluants comme des hormones par exemple. Globalement, le mieux serait d’avoir une eau absolument pure mais on en n’a plus.

DD. En matière de santé, quels sont les deux mesures que vous souhaiteriez que le gouvernement prenne ?

D. Belpomme. Le plus grand danger ce sont les pesticides. Il est clair qu’il faut réduire l’utilisation des pesticides en faisant appel à d’autres types d’agricultures qui privilégient la rotation des cultures, la polyculture, l’association élevage polyculture, le retour à des intrants organiques et le choix des semences rustiques. Il y a tout une nouvelle agriculture que l’on pourrait qualifier de naturelle qui est à remettre en place bien sûr en subventionnant les petits agriculteurs plutôt que les gros qui font eux de l’agriculture intensive.

La deuxième priorité c’est la pollution électromagnétique et là il est évident qu’il faut supprimer le wifi dans les lieux publics sensibles c'est-à-dire les écoles, les hôpitaux, les maternités, les crèches. Pour l’aménagement des antennes-relais, il ne faut pas en mettre à proximité de ces lieux. Il faut certainement aussi interdire l’utilisation des téléphones portables aux moins de 12 ans et recommander aux femmes enceintes de ne pas utiliser de téléphone portable.

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