Combien d’énergie fossile pouvons-nous encore brûler ?

jeudi 14 mai 2009 Écrit par  George Monbiot

centrale-au-charbon

Deux articles récents de la revue Nature nous montrent quelle quantité de CO2 nous pouvons produire pour avoir une chance raisonnable d'éviter un réchauffement de plus de 2 dégrés. L'approche est complètement différente de celle des Nations Unies et des gouvernements nationaux, qui fixent des limites d'émissions mais pas la quantité totale de carbone que nous pouvons encore brûler. Par George Monbiot. [Publié par le quotidien anglais le Guardian le 6 mai 2009. Traduction Claire Goujon-Charpy]

Un des articles de la revue Nature, signé entre autres par Myles Allen (1), suggère que nous pouvons brûler, au maximum, entre 400 à 500 milliards de tonnes de carbone entre maintenant et l’extinction de l’humanité si nous voulons éviter 2° de réchauffement.

L’autre article, signé entre autres par Malte Meinshausen (2), suggère que produire 1000 milliards de tonnes de CO2 entre 2000 et 2050 nous donnerait 25% de risque de dépasser les 2 degrés. C’est beaucoup moins que l’estimation d’Allen, car une tonne de carbone produit 3,667 tonnes de CO2 quand elle brûle : 1000 milliards de tonnes de CO2 émanent de 273 milliards de tonnes de carbone.

Mais prenons l'hypothèses la plus optimiste et utilisons les chiffres d’Allen. Et laissons de côté tous les autres gaz à effet de serre (ce qui réduit le « budget » total des émissions de carbone à moins de 400 milliards de tonnes). Comment comparer cette limite maximale de consommation de carbone avec les réserves de combustible fossile connues ?

Je vais éclaircir deux points avant ce calcul. D’abord, les réserves ne sont pas la même chose que les ressources. Les ressources correspondent au montant total de minéraux présents dans la croûte terrestre. Les réserves correspondent à la part de ces ressources qui ont été identifiées, quantifiées et qui seront rentables à exploiter. Dans la plupart des cas, ce sera probablement un petit pourcentage des ressources totales.

Ensuite, il existe une controverse sur les chiffres officiels des réserves de combustibles fossiles. C’est particulièrement le cas du pétrole, car les membres de l’OPEC sont très discrets sur les quantités qu’ils possèdent. Mais pour les besoins de l’argumentation, nous allons les utiliser à leur valeur faciale.

Les réserves connues

Selon le conseil mondial de l’énergie :
les réserves mondiales de charbon s'élèvent à 848 milliards de tonnes (3)
les réserves mondiales de gaz naturel sont 177.000 milliards de mètres cubes (4)
les réserves mondiales de pétrole brut sont 162 milliards de tonnes (5).

Comme ça rendrait les calculs plus difficiles et les quantités impliquées incertaines, je vais ignorer les sources fossiles non conventionnelles tels que les sables bitumineux, les schistes bitumineux, les bitumes et les hydrates de méthane ainsi que les ressources de gaz naturel liquide.

Combien peut-on brûler ?

En moyenne, une tonne de charbon contient 746 kg de carbone (6).
Un mètre cube de gaz naturel contient 0,49 kg de carbone (7).

Les chiffres du pétrole sont moins précis parce que tous ses produits raffinés ne sont pas brûlés. Mais un calcul approximatif (8) suggère qu'un baril de pétrole libère 317 kg de CO2. En fonction de la densité du pétrole, on compte environ 7 barils à la tonne, ce qui donne environ 2 219kg de CO2, soit 605 kg de carbone.

Ainsi, la teneur en carbone des réserves officielles de charbon, de pétrole et de gaz s'élève à (en milliard de tonnes):
848 x 0,746 = 633
 +
177,000 x 0,00049 = 87
 +
162 x 0,605 = 98

Total = 818 milliards de tonnes.
Les réserves totales de combustibles fossiles conventionnels contiennent donc 818 milliards de tonnes de carbone.

Une manière simple d'évaluer la sincérité des dirigeants

oleoduc en alaskaMême en ignorant toutes les sources non conventionnelles et tous les autres gaz à effet de serre et en prenant les chiffres les plus optimistes des deux articles de Nature, nous pouvons nous permettre de brûler seulement 61% des réserves de combustibles fossiles connus entre aujourd'hui et l'éternité (ci-contre oléoduc en Alaska).

Ou, en utilisant les chiffres de Meinshausen, nous ne pouvons en brûler que 33% entre maintenant et 2050. Euh pardon, en fait c'est 33 % moins que ce que nous avons brûlé entre  2000 et aujourd’hui.

Donc, la question qui se pose est la suivante : quelle quantité de réserve de combustibles fossiles allons-nous décider de ne pas extraire ni brûler ? Il n’y a, comme je l’ai déjà expliqué auparavant (9), aucune raison de réduire notre consommation de combustibles fossiles si nous n'en produisons pas moins.

Pourtant, à l'exception des membres de l'OPEP (qui le font seulement pour agir sur les prix), aucun gouvernement ne tente de limiter la quantité de carburant extrait. Bien loin de cet objectif,  ils suivent tous la même stratégie que le Royaume-Uni : favoriser le redressement économique (10).

Une façon de mesurer l'engagement sincère des états en matière d'action contre changement climatique est la suivante : soit ils sont prêts à imposer une limite à l’utilisation des réserves déjà découvertes et un moratoire permanent sur la prospection de nouvelles réserves ; soit leur engagement n'est qu'esbrouffe.

Références :
1. http://www.nature.com/nature/journal/v458/n7242/full/nature08019.html
2. http://www.nature.com/nature/journal/v458/n7242/full/nature08017.html
3. World Energy Council. Coal reserves
4. World Energy Council; natural Gas : a successful Energy
5. Bioenergy Feedstock Information Network ( BFIN) : Energy Units
6. http://bioenergy.ornl.gov/papers/misc/energy_conv.html
7. http://bioenergy.ornl.gov/papers/misc/energy_conv.html
8. http://numero57.net/?p=255
9. http://www.monbiot.com/archives/2007/12/11/rigged/
10. http://www.berr.gov.uk/files/file39387.pdf

Et aussi sur DDmagazine

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Notre rubrique spéciale "réchauffement"