L' énergie en France : les chiffres clés de la production à l'horizon 2020

jeudi 04 juin 2009 Écrit par  Claire Goujon-Charpy

Jean-Louis Borloo, Ministre de l’écologie, de l'énergie et du développement durable, a présenté le programme de la France en terme de développement des infrastructures et des installations de production d’énergie à l’horizon 2020. Ce programme devrait permettre la mise en œuvre d’une véritable transition énergétique et l’engagement d’un vaste plan d’équipement en énergies non carbonées, dans la ligne de l’accord européen Energie-Climat et du Grenelle de l’environnement, et aussi en prévision de Copenhague. Une feuille de route constituée des programmations pluriannuelles des investissements (PPI) de production électrique et de chaleur, ainsi que du plan indicatif pluriannuel des investissements (PIP) dans le domaine du gaz.

 

La France s'est fixée comme objectif le « Facteur 4 », c'est-à-dire une division par quatre de ses émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2050, en cohérence avec les recommandations du Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat (GIEC). La feuille de route présentée par Jean-Louis Borloo dessine donc un nouveau visage de la production d‘énergie en France.

Les émissions de gaz à effet de serre, issues pour les trois quarts de la consommation d’énergie, devront être ramenées, d'ici 2020, à 437 MtCO2eq (millions de tonnes d'équivalent CO2), soit une réduction de 22% par rapport aux émissions de 2005. La France confortera ainsi sa place dans le peloton de tête des nations industrialisées en termes de sobriété carbone et de dynamique de progrès.
La consommation finale d'énergie devrait elle-même diminuer pour s'élever à 167 Mtep (millions de tonnes équivalent pétrole) en 2020. Sans le Grenelle Environnement, la consommation aurait été de 202 Mtep. Ce sont donc 35 Mtep, soit l'équivalent de presque la moitié des importations de produits pétroliers, qui seront chaque année économisées. Les consommations de pétrole et de charbon devraient diminuer fortement. La consommation de gaz naturel pourrait également décroître, tandis que la consommation d'électricité devrait se stabiliser.

Seules les énergies renouvelables progressent

Les seules énergies dont la production progresse sont les énergies renouvelables. Conformément au Grenelle Environnement, l’énergie produite à partir de sources renouvelables devrait croître de 50% d’ici 2012, et de 120% d’ici 2020. A cette échéance, leur part dans le mix énergétique devrait atteindre 23%, et la production globale s’élever à 36 Mtep (voir ci-dessous).

Le parc de production thermique d'électricité, indispensable à la sécurité d'approvisionnement, sera largement revu. Plus de la moitié des centrales à charbon seront déclassées d'ici 2015 et remplacées par des centrales à gaz, moins polluantes, tandis qu'aucune nouvelle centrale à charbon ne pourra être autorisée sans mise en place d’une chaîne complète de captage, transport, et stockage du dioxyde de carbone. Les réacteurs nucléaires de troisième génération ( EPR) seront mis en service à Flamanville (2012) et Penly (2017). Ils devraient permettre de gérer l'ensemble des aléas inhérents à l'évolution de l'offre et de la demande.

Dans le domaine du gaz naturel, les enjeux de sécurité d'approvisionnement rendent nécessaire l'accélération des investissements dans le domaine du transport, du stockage, et des terminaux méthaniers. Le gouvernement soutient ainsi les projets de terminaux méthaniers qui se situent dans des zones adaptées, notamment d'un point de vue environnemental.

Dans le domaine de la production de chaleur, considéré comme le principal gisement de maîtrise de la demande et de croissance des énergies renouvelables, le nombre de logements raccordés à des réseaux collectifs devra être multiplié par deux, voire plus, et la priorité sera donnée à la chaleur renouvelable, le plus souvent issue de biomasse.

La diminution de la consommation d’énergie, accompagnée de la modification du mix énergétique au profit des énergies les moins carbonées entraîneront une diminution des émissions de gaz à effet de serre liées à la consommation d’énergie de près de 29 % sur la période 2005-2020. Un objectif ambitieux mais nécessaire, qui nécessite de nombreux bouleversements…

Diminution des émissions, les objectifs par secteur

- Secteurs résidentiel et tertiaire : -55 MtCO2eq entre 2005 et 2020, soit -56%3. Cette baisse résulte de la mise en oeuvre du Plan Bâtiment du Grenelle Environnement.

- Secteur industriel concerné par le système européen d’échange de quotas d’émission de gaz à effet de serre (soit environ 1 000 installations industrielles, dont une partie des industries de l’énergie) : -47 MtCO2eq entre 2005 et 2020, soit –31,4%. Cette baisse résulte du renforcement du dispositif décidé lors de l’adoption du paquet énergieclimat.

- Secteur ces industries de l’énergie: -31 MtCO2eq entre 2005 et 2020, soit -42%. Cette baisse résulte des mesures volontaristes prévues par le Grenelle Environnement en termes d’efficacité énergétique et de développement des énergies renouvelables et modernisation du  parc de centrales thermiques (la moitié des centrales à charbon sera fermée).

- Secteur des transports : -15 MtCO2eq entre 2005 et 2020, soit -11%. Cette baisse résulte du vaste programme d’infrastructures de transports alternatifs prévu par le Grenelle Environnement (2 000 km de lignes ferroviaires à grande vitesse, 1 800 km de transports collectifs en site propre…) et de la réduction des émissions des véhicules liée à la mise en oeuvre du règlement européen sur les émissions de CO2 des véhicules particuliers, et accélérée par des mesures incitatives au niveau français (bonus-malus, éco-redevance kilométrique pour les poids lourds…).

Le point sur le développement des énergies renouvelables

La France a connu en 2008 un véritable bond avec une croissance de la production de près de 13% pour l’année 2008. On assiste à un véritable décollage de l’éolien et du photovoltaïque :
·  le parc éolien est de 3 400 MW, en hausse de 37% par rapport à 2007, la production représente 5,7 TWh en métropole, soit une hausse de 41% par rapport à 2007 ;
·  le parc photovoltaïque a été multiplié par 2,5 en 2008 ; il représente désormais 69 MW, avec près de 12 000 installations raccordées.
Les autres filières connaissent également des taux de croissance importants : +20% pour les pompes à chaleur, +10% pour le solaire thermique…

La France a présenté en novembre 2008 son plan de développement des énergies renouvelables issu du Grenelle Environnement. Ce programme a pour objectif de porter à au moins 23% la part des énergies renouvelables dans la consommation d'énergie à l'horizon 2020, grâce à une augmentation de 20 Mtep de la production annuelle d'énergie renouvelable. Ce plan comprend 50 mesures opérationnelles, qui concernent l'ensemble des filières : bioénergies, éolien, géothermie, hydroélectricité, solaire, énergies de la mer, etc. Il a pour ambition un changement complet d'échelle : doublement de la production d'énergies renouvelables en 12 ans, multiplication de la production par 2 pour le bois-énergie, par 6 pour la géothermie, par 12 pour les réseaux de chaleur, et un changement d'échelle majeur sur le photovoltaïque avec une production multipliée par 400.

Un effort de recherche important sera consenti en matière d’énergies renouvelables, grâce à la dotation supplémentaire d’un milliard d’euros pour la recherche dans le domaine du développement durable, dont 450 millions d’euros pour un fonds de soutien aux démonstrateurs industriels.

Un appel à projet sera lancé dès 2009 dans le domaine de l’énergie solaire, puis dans le domaine des énergies marines (hydroliennes…) En outre, Jean-Louis Borloo a annoncé la mise en place d’une nouvelle organisation de la recherche dans le domaine des nouvelles technologies de l’énergie, et la création d’un Fonds dédié aux énergies nouvelles doté d’un budget annuel de 100 millions d’euros.

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