Quand Voltalis économise de l'énergie, EDF doit être payé. Pourquoi ?

jeudi 23 juillet 2009 Écrit par  Yves Heuillard

reseau electrique RTE

On crie au scandale : pourquoi dédommager EDF des économies qui sont faites par ses clients ! De quoi s'agit-il ? Des effaceurs diffus qui installent chez vous un boitier pour couper quelque appareil électrique gourmand lors des pics de consommation. Et EDF demande à être payé de cette énergie que vous ne consommez pas. Cette histoire de fou s'explique pourtant assez bien.

Vous l'avez peut être lu dans le Monde, "EDF veut faire payer ses économies d'énergie par ses clients", ou dans Libération, "Pourquoi dédommager EDF ?", ou dans Actu-environnement "Faire payer les économies d'énergies, un bonus-malus à l'envers". Et vous vous indignez bien sûr. De quoi s'agit-il ? Des effaceurs diffus, essentiellement Voltalis. Ces entreprises promettent une économie de 5 à 10 % sur votre facture en échange de l'installation d'un boîtier dans votre maison, pour, de temps en temps, arrêter un ou deux appareils électriques gourmands en énergie. Et quand vous faites une économie d'énergie, EDF dit, je veux être payé. Sommes-nous donc tombés sur la tête ? Nous allons vous surprendre mais nous montrons ici qu' EDF a raison. Et l'effaceur a aussi raison de ne pas vouloir payer une énergie qu'il a permis d'économiser.

Explications

Supposez que vous êtes un client EDF. Vous avez souscrit à l'offre de Voltalis. Ce qui veut dire que Voltalis peut décider d'arrêter un appareil de chauffage chez vous. S'il le fait c'est pour rendre un service au gestionnaire du réseau lorsque celui-cil se trouve en déséquilibre (plus de demandes d'electricité que d'offres).

barrage hydroelectrique EDF Tout l'intérêt de vous "débrancher" un appareil quelques minutes, c'est que l'électricité que vous aurait fournie EDF serve justement à équilibrer le réseau. Elle est donc bien débitée par EDF. Sinon l'effaceur diffus ne servirait à rien : il efface une consommation chez vous pour justement en satisfaire une autre, sans obliger à acheter de l'électricité hors des frontières, à puiser dans les réserves hydrauliques, ou à mettre en charge une centrale thermique à gaz. Et ce pendant quelques minutes seulement, à chaque fois que c'est nécessaire. C'est là la valeur ajoutée de l'effaceur diffus et elle est grande, car il évite de la façon la moins coûteuse possible, la panne généralisée du réseau.

Premier cas : c'est EDF qui est à l'origine du déséquilibre du réseau (du fait d'une demande supérieure à sa capacité de production instantanée). Dans ce cas tout va bien, l'effaceur à rendu un grand service à EDF en baissant la demande au moment opportun. Service que l'effaceur facturera à l'opérateur national. Jusque-là tout le monde est d'accord. Notez d'ailleurs que selon nous - mais ce n'est pas la position de Voltalis(1) - il n' y a pas de manque à gagner chez EDF, car la consommation est simplement décalée dans le temps : par exemple, le chauffe-eau électrique coupé 15 minutes, remontera en température (quelques fractions de degré) un peu plus tard.

Deuxième cas : c'est d'un autre opérateur que vient le déséquilibre (ce qui est plus probable au regard des capacités d'EDF). L'électricité effacée chez vous, client EDF, sert à équilibrer le déficit de production d'un concurrent d'EDF. Et EDF dit, "attendez, je veux être payé". A juste titre ; puisqu'il a injecté du courant dans le réseau, pour les clients d'un concurrent. 

Limite de notre explication. On aurait très bien pu imaginer une situation où ce sont les clients d'un opérateur alternatif, Poweo par exemple, qui seraient majoritairement "effacés" et où le déséquilibre du réseau serait provoqué par une surconsommation des clients d'EDF. Dans ce cas c'est Poweo qui demanderait à être payé. Mais du fait de la situation très dominante d'EDF, ce sera très rarement le cas.

Ce qu'il faut bien comprendre. Dans tous les cas le réseau est équilibré (à quelques % près), sinon il disjoncte. Tout le courant injecté est consommé. L'effaceur diffus permet l'équilibre du réseau sans production supplémentaire. L'effacement de consommation, permet de réaffecter la consommation économisée temporairement par les consommateurs d'un opérateur (généralement EDF du fait de sa position), à la demande de consommation des clients d'un autre opérateur, qui sinon ne serait pas capable de l'assurer.

Alors où est le problème ?

Restons dans le cas le plus courant. Voltalis a effacé des clients EDF ; le courant "économisé" a servi à alimenter les consommateurs d'un autre opérateur. Vous vous dites "c'est facile il suffit qu'EDF facture à l'opérateur tiers le courant fourni". Reste qu'il faut compter les kWh effacés ici, et les facturer là. Et à supposer que ce soit simple, ceci demande des investissements et des efforts. Ajoutez-y des problèmes de réglementation, de concurrence et de transparence des marchés dans lesquels nous n'entreront pas ici.

Résultat, sans entrer dans les détails, la CRE (Commission de régulation de l'énergie) dit " non il faut que ce soit l'effaceur diffus qui fasse payer aux producteurs le service d'équilibrage de sa demande, et y ajoute les kWh effacés". Ce dernier refuse, on le comprend, au prétexte qu'il fabrique de l'économie d'énergie, et qu'on lui demande de facturer des kWh ! D'où un débat complexe dans lequel nous n'entrerons pas, l'essentiel étant de comprendre qu'EDF a bien raison de vouloir se faire payer des économies d'énergie, faites par ses clients certes - mais on oublie de le dire - au bénéfice des clients de ses concurrents (dans la majorité des cas).  

Moins c'est cher, plus je gaspille  

Enfin associer la problématique des effaceurs diffus - qui sont des opérateurs d'économies - à la polémique sur le prix de l'électricité, relève d'une contradiction. La meilleure façon d'inciter à l'économie d'énergie c'est de la vendre plus chère, du moins à son juste prix. Et justement, le juste prix de l'électricité, quel est-il ? Nous y reviendrons tout prochainement.

(1) Voltalis fait valoir, que ses statistiques de mesures montrent que la coupure d'appareils électriques provoque bien une économie de 5 à 10%. Il fait valoir aussi, à juste titre, que si il y a économie, il n'y aucune raison pour qu'un manque à gagner soit payé aux fournisseurs d'énergie.

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