Tarifs EDF : trop chers ou pas assez chers ?

lundi 10 août 2009 Écrit par  Yves Heuillard

EDF tarifs electricite

Au premier juillet 2011, l'électricité augmentera de 2,9 %. Et certains prévoient une hausse de 30 % des tarifs d'ici 2015. Faut-il le craindre ? à qui la faute ? Ne pourrait-on pas au contraire s'en réjouir ?

Décidément les français sont fâchés avec l'économie : le prix de vente en gros de l'électricité par EDF à ses concurrents (fixés à 42 euros le megawattheure) serait, selon UFC-Que choisir, la source d'une augmentation prévisible des tarifs pour les particuliers de 25 à 30 % d'ici 2015. Et de mettre en cause le gouvernement. Si à l'inverse le prix de vente en gros avait été fixé à 32 euros par mégawattheure on aurait accusé le même gouvernement de brader le capital nucléaire de l'opérateur historique au profit d'intérêts privés.

Ajoutons que dans l'affaire le consommateur oublie bien vite qu'il est aussi l'actionnaire de EDF, notons qu'entre 32 et 42 euros le mégawatt l'impact sur le prix final n'est que de 1 centimes le kilowattheure et que le prix de production de l 'électricité ne représente que 30 % (ordre de grandeur) de ce prix final de l'électricité. Nous n'entrerons pas ici dans le débat du vrai prix du mégawattheure nucléaire (on pourra trouver des éléments ici) mais nous notons qu'EDF estime que ce prix de 42 euros le mégawattheure représente le coût complet du nucléaire (exploitation, maintenance, investissements futurs…).

Les tarifs français parmi les plus bas d'Europe

Oui il y aura de fortes augmentations des prix de l'électricité. Le précédent patron d'EDF, M. Gadonneix, a été limogé pour l'avoir dit en 2009. Mais la cause est ailleurs. Elle réside dans l'augmentation sans précédent de la demande mondiale d'énergie alors qu'en France les prix de l'électricité sont encore très bas. Pour les ménages ils sont parmi les plus bas d'Europe et même les deuxième plus bas d'Europe si on les corrige en fonction du pouvoir d'achat. Pour les industriels, la France figure parmi les 4 pays les moins chers d'Europe. L'augmentation a d'ailleurs largement commencé avec une augmentation des prix hors taxes de 13,1 % (4,6 % TTC) entre 2009 et 2010 pour les ménages  (Source Household Energy Price Index).

Les références de tarifs que nous utilisons ici sont celles de Eurostat, l'Office statistique des Communautés européennes pour le premier semestre 2010. On pourra trouver les chiffres actualisés, pour une consommation moyenne de 3500 kWh par an sur le Portail européen de l'énergie.

prix de l'électricité pour les ménages en Europe

Selon Eurostat, les prix TTC les plus élevés pour les ménages, sur la base d'une consommation normalisée, sont ceux du Danemark avec 26,70 centimes le kWh, suivis par l'Allemagne (23,75) et la Belgique (20,32), puis la Norvège (21,80) puis un peu en dessous de 20 centimes l'Italie et l'Autriche. A l'autre bout du spectre c'est en Bulgarie qu'on paie le moins cher (8,13 centimes), soit 3 fois moins qu'au Danemark (c'était 4 fois moins en 2007). On paie autour de 10 centimes le kWh en Grèce, Roumanie, Bulgarie et Estonie. Avec 12,9 cts, la France est le 7ème pays le moins cher au premier semestre 2010 (alors qu'elle était le douzième pays le moins cher en 2007). En moyenne le tarif des 27 pays européens, incluant donc les états de l' Europe de l'est dont le niveau de vie est plus bas que ceux de l'ouest est de 16,76 euros. 

Le prix de l'électricité comprend des taxes. C'est au Danemark, en Allemagne et en Suède que les taxes sont les plus élevées, avec 55 % de taxes au Danemark ! Au Royaume-Uni elles sont inférieures à 5%. La France avec 24 % est dans le tiers supérieur. Ci-dessus dans le premier tableau de prix, la partie mauve de la barre représente le prix de base de l'électricité, la partie rose la TVA et la partie verte les autres taxes ( dont celles destinées à financer les énergies renouvelables). Dans le tableau ci-dessous on notera que la France offre l'un des tarifs les plus avantageux pour les industriels.

prix de l'électricité dans les différents pays d'Europe

Comparaison des prix en tenant compte du niveau de vie

Pour bien comparer les prix au particulier, Eurostat tient compte du niveau de vie des différents états de l'Europe. Pour ce faire on raisonne dans une monnaie fictive, le PPS (Purchasing Power Standard) qui est censée avoir le même pouvoir d'achat dans tous les pays. Et là, exprimé en PPS, les chiffres sont éloquents : la France offre un prix d'électricité parmi les plus bas, juste après la Finlande. Une augmentation de 30% ne mettrait même pas la France au niveau de la moyenne européenne tout en restant dans pays les moins chers.

  prix de l'électricité pour les ménages rapportés au pouvoir d'achat

En France, le prix de l'électricité à la production est le plus bas

Votre facture comprend des taxes (taxes locales municipales et départementales, contribution au Service public de l'électricité) + la TVA ( à 5,5% sur l'abonnement et les taxes locales), à 19,6 sur la consommation et la CSPE). Elle correspond à votre consommation d'énergie et à son acheminement jusque chez vous. Ce dernier coût, le coût d'acheminement, est de 44 % du montant de la consommation hors TVA (ce chiffre est indiqué sur votre facture). Il est fixé par le gouvernement au travers des TURPE (tarifs d'utilisation des réseaux publics d'électricité). Pour bien comparer les prix de l'électricité, en terme de production (donc ce qui revient aux producteurs d'électricité, pour l'amortissement des installations, leur fonctionnement, et pour faire des investissements), il convient donc d'enlever, non seulement les taxes, mais également le coût d'acheminement.

C'est que fait le European Household Energy Price Index For Europe, en abrégé HEPI, autrement dit en français, l'Indice européen des prix de l'énergie aux particuliers, édité par Vaasaett et E-control GMBH. L'indice ne porte que sur les pays de l'ancienne Europe des 15. En moyenne dans le prix de l'électricité l'énergie représente 48% de la facture, la distribution 28%, les taxes sur l'énergie 11%  et la TVA 13%. En France le coût de production est le plus bas, mais la part de la distribuition dans le tarif final est l'une des plus élevée : 38% de votre facture correspond au coût de distribution, 35 % à la production d'électricité, les 27 % restant sont des taxes.  

décompositon du prix de l'électricité dans les états d'Europe

 Jusqu'où augmenter ?

On peut à juste titre se poser la question de la capacité d'auto-financement d'EDF, à un moment où l'outil de production doit être modernisé, sinon renouvelé. Une augmentation de 25 % du prix de l'électricité en trois ans, pas du prix que vous payez, mais du prix auquel EDF la vend - représenterait de l'ordre de 1 cts le kWh, soit sur la base d'une consommation moyenne des ménages de 3500 kWh, 35 euros hors taxe par an. Dans le même temps, toujours selon VaasaETT, une économie de 50 euros pourrait être réalisée en changeant de fournisseur pour chercher le meilleur prix, et une autre économie annuelle de de 55 euros pourrait être réalisée en faisant une économie de 10% de la consommation. 

Enfin, l'augmentation du prix de l'électricité rend compétitif les énergies renouvelables, encourage les investissements dans ce secteur et dans celui des économies d'énergies. Aujourd'hui  il est déjà moins cher de produire un kWh à partir d'une éolienne en mer, qu'à partir du nucléaire. Et d'ici 2020 ce sera le cas du solaire. Sans compter le prix à payer pour le réchauffement climatique estimé par Re-Swiss, le premier réassureur mondial, à 300 milliards d'euros par an.

L'augmentation du prix de l'électricité ne signifie donc pas nécessairement augmentation de la facture pour les ménages, et d'un point de vue global, l'activité économique et la limitation du réchauffement climatique générées par le développement des technologies propres pourraient largement en compenser les effets . Une bonne taxe carbone serait même bienvenue.

 

Références

Pays de l'ancienne Europe des 15: Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, Finlande, France, Grèce, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal,  Royaume-Uni et Suède,

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