La révolution verte : Enquête dans la Silicon Valley

lundi 28 septembre 2009 Écrit par  Yves Heuillard

Vue de la Silicon Valley la nuit

Dans son ouvrage "Révolution verte : Enquête dans la Silicon Valley", Michel Ktitareff, correspondant local du journal Les Echos depuis 1993, nous emmène au coeur du pays des start-ups, et des millions de dollars investis dans les "clean tech". En conclusion, l'auteur suggère un axe France-Amérique pour mener la révolution verte.

Avec la révolution verte, la Silicon Valley veut changer le monde. Michel Ktitareff (en photo ci-dessous), correspondant sur place du journal Les Echos depuis 1993, explique, dans un livre passionnant, les ressorts d'une aventure politique et industrielle, sur fond de prise de conscience écologique et de crise économique. L'auteur nous entraîne dans les universités, les laboratoires, les start-ups du solaire ou de la voiture électrique, il nous montre comment les grandes firmes high tech, Google en tête, se rallient aux mouvements des clean tech. Dans sa conclusion, inspirée par une intime connaisance des moeurs économiques des deux pays, l'auteur propose avec sagacité le développement d'un axe France-Amérique pour mener la révolution verte. Nous vous la livrons ci-après intégralement.

Un axe France-Amérique pour mener la révolution verte

Michel KtitareffPanneaux solaires sur les toits, camions d’installateurs « verts » sillonnant les routes, un pourcentage étonnamment élevé de Toyota Prius : autant de signes que la révolution verte est bien en marche dans la Silicon Valley. Mais il y a des signes bien plus forts, même s’ils sont moins visibles – la recherche scientifique dans les laboratoires, l’évolution des mentalités, l’engagement des entreprises.

Pour autant, la Silicon Valley n’est ni sourde, ni aveugle. Elle sait qu’elle n’est pas la seule à s’engager sur la voie d’un nouveau modèle de société, basé sur le développement durable. Bordée par l’océan Pacifique, elle est, depuis la ruée vers l’or dans les années 1850, une terre d’accueil pour la diaspora chinoise et, plus généralement, une passerelle animée pour l’ensemble de l’Asie. Elle sait donc que si ces pays constituent un formidable débouché pour l’exportation de ses nouveaux produits verts, ils seront également des concurrents de plus en plus sérieux pour ses innovations clean tech.

Par ailleurs, elle est aussi tournée vers l’Europe. Nombre de ses entreprises de technologie solaire ont l’Allemagne ou l’Espagne comme marchés principaux. Dans les milieux économiques et bien sûr politiques de la région, on n’ignore pas non plus l’initiative majeure qu’a prise la France avec le « Grenelle de l’environnement ». Et les ambitieux objectifs qui vont avec : multiplication par dix des raccordements à l’énergie solaire, doublement des lignes de tramway en deux ans, augmentation de 20 % des achats bio dans l’alimentation, « auto routes ferroviaires », incitations fiscales, etc. Au total, la France a décidé d’investir plus de 400 milliards d’euros sur une décennie et de créer au moins un demi-million d’emplois sur la même période. Le plan le plus ambitieux de toute l’Europe. Il est facile de tracer un parallèle entre la France et la Silicon Valley. La première a pris le problème par le bout politique, voire jacobin car très centralisateur, avec l’ambition de créer l’impulsion nécessaire dans tout le pays. C’est la France du Plan, qui a lancé en son temps les centrales nucléaires et le TGV.

La Californie, dans un mouvement inverse, est partie de l’innovation, de la recherche scientifique et du financement de celle- ci. Tout cela dans le but de transformer l’innovation en produits et services commerciaux qui vont à leur tour transformer l’économie puis, par extension, l’ensemble de la société et ses modes de fonctionnement, voire ses valeurs. à l’évidence, des deux côtés, on a la même vision. Ce qui explique qu’on voit déjà les deux approches se rejoindre. En France, les entreprises s’intéressent de plus en plus à la façon dont l’innovation verte peut être prise en compte tout en maintenant la compétitivité, voire en l’améliorant. La Californie, sous l’impulsion de son gouverneur Schwarzenegger, avait été la première à prendre des dispositions légales pour favoriser le concept de développement durable.

Couverture du livre Révolution verte : Enquête dans la Silicon ValleyLe rapprochement est encore plus flagrant s’agissant du comportement individuel. En l’espace de quelques mois, l’idée que gâcher l’énergie était vraiment stupide s’est imposée dans la Silicon Valley. Le succès des voitures hybrides, le boom des entreprises qui proposent des bilans énergétiques de maisons individuelles, et même l’intérêt très récent pour les transports collectifs, ne s’expliquent pas autrement. La région s’intéresse donc à l’expérience, forte d’une trentaine d’années au moins, dont disposent dans ce domaine la France et d’autres pays européens. Est ce à dire que l’on peut imaginer demain un axe France- Californie pour entraîner un mouvement mondial vers le développement durable ? Et pourquoi pas ? La très forte percée des Verts lors des élections européennes de juin 2009, dans plusieurs pays d’Europe mais sur tout en France, devrait en tout cas faciliter une telle dynamique ?

Extrait de Révolution verte : Enquête dans la Silicon Valley, de Michel Ktitareff, aux Editions Dunod - 17 euros.

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Photo d'ouverture : la Silicon valley de nuit. Photo en licence CC de Ivan Makarov (ivanomak @Flickr)