AB comme Agriculture Biologique : les secrets du label bio

lundi 05 octobre 2009 Écrit par  Claire Goujon-Charpy

paquet de biscuits certifié bioVous achetez un paquet de biscuit bio en supermarché, sur le paquet figure le label AB. Une mention précise le nom du certificateur. Les divers ingrédients viennent des quatre coins de la planète. Comment ce produit est-il certifié bio ?  Enquête sur une usine à gaz.

« 100% des ingrédients d’origine agricole sont issus de l’agriculture biologique ». Cette petite phrase apposée sur les produits bio cache une énorme organisation. Elle signifie que de la production à la vente, chaque intervenant sur chaque ingrédient a été contrôlé et certifié bio; pas seulement les producteurs, mais aussi les organismes de stockage, de transformation, d’importation et de distribution.

Les pérégrinations d'un paquet de biscuit bio

Il suffit de saisir un paquet de biscuit bio dans les rayons d’un supermarché pour avoir une idée de l’incroyable complexité du processus. Avec Antoine Faure, responsable de certification chez Ecocert, ddmagazine retrace le long chemin des ingrédients vers le produit fini, le biscuit bio.

En savoir plus

Comment se déroule le processus de certification ?

Comment sont controlés les contrôleurs ?

Un producteur peut-il faire à la fois du bio et du conventionnel ?

Des analyses sont elles effectuées sur les produits bio ?

Ce paquet de biscuits enrobés de chocolat au lait -peu importe le nom et la marque- est estampillé du logo AB et marqué des mots « certifié par Ecocert ». On peut lire sur un côté la composition des biscuits. Les ingrédients sont presque tous suivis d’un astérisque faisant référence à la phrase « 100% des ingrédients d’origine agricole sont issus de l‘agriculture biologique » (ce peut être aussi « au moins 95% » ).

La liste de ces ingrédients bio est longue : farine de blé, chocolat au lait -qui comprend sucre de canne, beurre, pâte de cacao, lait entier en poudre-, matière grasse végétale non hydrogénée, sucre de canne, lait écrémé en poudre, sirop de glucose issu du blé, miel de forêt. Ouf !

la filière blé en image : moisson, stockage, meunerie, didtributionComment la farine a-t-elle été produite et contrôlée ?

A la base d’une recette de biscuit, la farine. Nous supposons qu’elle est française. Le producteur de blé a donc été contrôlé et certifié par un organisme accrédité par les pouvoirs publics. Mais il n’est pas le seul. C’est aussi le cas de l’organisme qui a stocké le blé - une coopérative agricole par exemple - ainsi que la minoterie, qui transforme le grain en farine, mais aussi le fabricant du biscuit et la centrale d’achat, qui œuvre pour le supermarché. A la suite d’un processus d’agrément, pendant lequel des inspecteurs viennent sur place vérifier la conformité des lieux et des pratiques avec la réglementation bio européenne, le producteur, la coopérative, la minoterie, etc. sont certifiés une fois pour toute, puis leurs systèmes de production sont contrôlés une fois par an. Les certificateurs et les contrôleurs ne sont pas les mêmes personnes, mais appartiennent au même organisme certificateur.

Et le chocolat ? D’où sort-il ? Comment son origine bio est-elle vérifiée ?

Maintenant, passons au chocolat au lait qui entoure les biscuits. Prenons le cas de la pâte de cacao utilisée dans la composition de ce chocolat. Le fabricant n’est pas tenu de dire d’où vient cet ingrédient (mais cela évoluera l'année prochaine, à l‘apparition du nouveau logo européen). Imaginons qu’il provient du Pérou. Dans ce cas, le producteur des fèves de cacao et l’organisme stockeur peuvent avoir été contrôlés et certifiés par Ecocert qui dispose de bureaux dans différents pays du monde. Pour l‘Amérique du sud, ses bureaux sont en Colombie et en Equateur. Antoine Faure, responsable de certification chez Ecocert, précise d’ailleurs que sa société peut intervenir en envoyant ses équipes dans n’importe quel pays, du moins quand la situation géopolitique le permet . Cependant, dans bien des cas, le contrôle et la certification se font par des organismes locaux, qui sont accrédités selon une norme européenne pour pouvoir faire ce travail (voir plus loin « Comment sont accrédités les certificateurs ?  », qui détaille la pyramide des organismes d‘accréditation).

filière chocolat en image : récolte, exportation, fabrication, transport, industrie alimenatireContrôles aux frontières : Comment ça fonctionne ?

Ensuite, les autorisations d’importation sont délivrées par les services de l’Etat où se trouve l’importateur des fèves de cacao. Cet importateur constitue un maillon de plus dans la chaine des intervenants qui doivent être contrôlés et certifié. Nos fèves de cacao peuvent avoir été importées directement par un chocolatier français (contrôlé et certifié par Ecocert ou un organisme équivalent) qui va torréfier et dégermer les fèves. Mais elles peuvent aussi avoir été importées par un importateur étranger, par exemple roumain (qui sera alors contrôlé et certifié par un organisme certificateur agréé roumain) avant d‘être acheminées vers un chocolatier quelque part en Europe.

Le fabricant du biscuit est-il lui aussi contrôlé ?

Le dernier maillon de la chaîne des intervenants contrôlés et certifiés bio n‘est d‘ailleurs pas forcément le chocolatier. Il y a encore le fabriquant du biscuit, qui va effectuer l‘enrobage de ses gâteaux. C’est lui qui a été contrôlé et certifié par Ecocert, ainsi que c‘est écrit sur l‘emballage. En effet, c’est l’organisme certificateur du dernier préparateur qui apparaît sur l’étiquetage, et non les certificateurs précédents. Le fabricant du paquet de biscuit doit pouvoir produire les certificats de tous ses fournisseurs à l’organisme de contrôle (Ecocert), qui lui, doit réunir toutes les garanties de conformité des matières premières.

40 intervenants pour un paquet de biscuit !

A ce stade, un petit calcul s’impose : un paquet de biscuit bio comme celui que nous tenons dans les mains comporte 10 ingrédients bio. On compte facilement 4 intervenants certifiés par ingrédients (producteur, stockeur, transformateur, fabricant…), ce qui nous donne un total de 40 processus de certification pour un seul paquet de biscuit. Impressionnant. Les contrôleurs, les certificateurs et les organismes d’accréditation forment une chaîne de contrôle du bio, sur laquelle repose la confiance du consommateur. L’idée est que chaque maillon étant lui-même contrôlé par une entité supérieure, le système doit donner des produits exempts de fraude.

Questions et réponses sur la chaîne du bio

En filigrane de cet article, c'est la confiance dans le label bio qui est en question. Il ressort que l'apposition sur un produit du label européeen bio, ou du label AB, repose sur une chaîne de confiance, où tout le monde est contrôlé. Antoine Faure responsable de certification chez Ecocert, rappelle que les certificateurs eux-mêmes sont controlés, et que l'ensemble du processus doit permettre au consommateur d'avoir confiance. Pour notre part, nous pensons que le système de contrôle a ses limites, et que dans un contexte de forte croissance du bio suscité par la demande, la vigilance est de mise ; nous reviendrons dans les jours prochains sur ce sujet avec un article sur le thème Manger bio c'est bien, en être sûr c'est mieux.

Comment se déroule le processus de certification ?

L'organisme certificateur envoie des contrôleurs chez le producteur, le fabricant, ou le distributeur de produits bio ; un rapport d'évaluation est réalisé sur place et signé par les deux parties. Le rapport de contrôle est envoyé au siège de l'organisme de certification, où un certificateur, sur dossier donc, donne le label. Le processus est différent selon les producteurs qui font l'objet d'une période de conversion et l'industrie agroalimentaire qui peut changer ses filières d'approvisionnement et ses méthodes assez rapidement.

Comment se passent ensuite les contrôles ?

Selon Antoine Faure d'Ecocert, "les contrôles sont faits selon le secteur d'activité, selon l'analyse de risque concernant la capacité de l'opérateur à respecter le règlement européen. Le minimum, c'est selon le règlement, un contrôle minimum par an. Par exemple si un opérateur fait à la fois du bio et du conventionnel, le risque est plus grand, et les contrôles peuvent alors, à la discrétion du certificateur, être plus nombreux".

Un producteur peut-il faire du bio et du conventionnel ?

Oui c'est possible, mais dans un cadre restrictif. Par exemple un agriculteur peut avoir des surfaces en bio et des surfaces en conventionnel, mais il ne peut pas faire la même année, par exemple du blé bio et du blé non bio, sinon les contrôles deviendraient trop compliqués

Des analyses sont-elles effectuées sur les produits bio ?

Réglementairement, rien n'impose de faire des analyses, sauf en cas de doute, ou de suspicion. Mais ça n'empêche pas les certificateurs d'en réaliser. Selon Antoine Faure de Ecocert "nous avons deux personnes qui se consacrent aux analyses, les analyses sont utilisées si on suspecte qu'une exigence réglementaire n'a pas été respectée chez un opérateur, mais c'est aussi un outil de veille, par exemple pour détecter des pollutions environnementales".

A qui appartient le label AB ?

C'est une marque collective de certification qui appartient au Ministère de l'agriculture français. Aujourd'hui à partir du moment où un produit répond aux exigences de la réglementation européenne, il peut se prévaloir du logo AB. Il y a donc une parfaite équivalence entre le logo européen et le logo AB, à une petite différence près précise Antoine Faure : "si des produits ne rentrent pas dans le champ du règlement européen, les états membres peuvent homologuer des cahiers des charges locaux, c'est le cas par exemple pour l'aquaculture ( poissons, crevettes) ou les escargots. Les produits bénéficierons donc du logo AB, mais pas du logo européen. En revanche AB ne peut pas être plus exigeant que le label européen".

Un label peut-il être plus restrictif que le label européen ?

AB ne peut pas être plus restrictif que label européen. En revanche rien n'empêche un agriculteur, un groupement de producteurs ou un acteur de l'industrie alimentaire, de créer son propre label, et de communiquer dessus.

Les certificateurs sont-ils des organismes publics?

Non les certificateurs sont des sociétés commerciales. Les tarifs de la certification varient en fonction du nombre de fournisseurs, le nombre de matières premières, les volumes, le nombre de produits finis et la nature du réseau de distribution (un seul distributeur ou au contraire un vaste réseau de clients). Un producteur va payer entre 300 et 700 euros annuel. Un artisan boulanger paiera quelques centaines d'euros également, alors qu'un industriel de l'agroalimentaire paiera plusieurs milliers d'euros par an. Le règlement prévoit des régimes d'exemption en particulier pour les distributeurs qui ne font que vendre des produits bio préemballés au consommateur final : ceux-ci n'ont qu'une obligation de déclaration. Mais s'ils disposent d'un rayon de produit en vrac (légumes, viandes) il doivent faire l'objet de contrôle. Les centrales d'achat sont en revanche soumises au contrôle.

Comment sont accrédités les certificateurs ?  

Les certificateurs locaux sont accrédités par des comités nationaux d’accréditation - qui envoient leurs membres dans les entreprises locales pour les accréditer ou non. Ces comités nationaux sont eux-mêmes contrôlés par des organismes continentaux, qui eux sont chapeautés par un organisme international : l’International Accreditation forum (IAF).

Exemple : les organismes certificateurs français, comme Ecocert, sont accrédités par le Comité français d’accréditation (COFRAC) qui fait partie de l’European co-operation for Accréditation (EA), qui fait lui-même partie de l’International Accreditation Forum (IAF). Quand un pays est démuni d’organisme d’accréditation national (ou continental), c’est l’organisme situé à un niveau supérieur qui intervient.

La chaîne de contrôle est basée sur l’accréditation selon une même norme pour tous. L’accréditation délivrée à l’étranger aux organismes certificateurs locaux est faite sur la même norme qu’en Europe (la norme EN 45011, qui vient elle-même de la norme internationale ISO 65).

En France les organismes certificateurs sont également sous la tutelle du Ministère de l'agriculture, et sous le contrôle de la Direction générale de la concurrence, de la consommation, et de la répression des fraudes (DGCCRF). 

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