Biocarburants : combien d'hectares pour faire voler tous les avions ?

mardi 24 novembre 2009 Écrit par  Yves Heuillard

gros plan sur un turbine de jetLa compagnie aérienne KLM vient d'effectuer le premier vol commercial avec un Boeing 747 qui marche au biocarburant. Mais combien d'hectares de terres agricoles faudrait-il pour alimenter tous les avions du monde.

Le test de KLM a été fait avec un mélange de kérosène traditionnel et d'un agrocarburant issu de la cameline (appelé aussi lin bâtard) produit par UOP une filiale de Honeywell International. D'autres tests avaient déjà été effectués durant ces deux dernières années par Continental Airlines, Air New Zealand et Japan Airlines. Nous nous sommes donc amusés à calculer le nombre d'hectares qui seraient nécessaires à faire voler tous les avions de la planète.

un camion-citerne de kerosène fait le plein d'un avionSelon Air Transport Action Group, un avion moderne consomme en moyenne 3,5 litres de kérosène au 100 km par passager ; un chiffre qui devrait descendre à moins de 3 litres avec la nouvelle génération d'avion comme le A380. L'aviation consomme 2% de tous les carburants fossiles et 12% de la consommation de tout le secteur des transports. Le carburant le plus utilisé est le kérosene dit JET A-1. En 2005 la consommation a été de 208 milliards de litres.

Reste à connaître la production de biocarburant à l'hectare. Une information qui fait l'objet de controverses, quand elle n'est pas considérée comme un vrai secret d'état. Ce chiffre est l'un des chiffres clés de tous les plans d'affaires visant à transformer la terre agricole existante, ou la forêt, en ressource énergétique.

Nous nous référons à l'étude de l'équipe de scientifiques réunie autour de Matt Johnston de l'Université du Wisconsin aux Etats-Unis. Titrée Resetting global expectations form agriculture biofuel (en français, Remise à plat des projections de production de biocarburant agricoles) et publiée dans Environmental research letters en janvier 2009, cette étude fait état d'une surestimation de 100 à 150 % des rendements en biocarburant des différentes cultures. A la différence des études précédentes, Matt Johnston se base sur le rendement réel des cultures dans les différents pays du monde. Ainsi par exemple, la valeur moyenne de production de biodiesel à partir du colza est de 550 litres à l'hectare.

Nous avons croisé ces informations avec les rendements à l'hectare des différentes cultures oléagineuses généralement associées à la production de biocarburants et publiés par Wikipedia (Source Global Petroleum Club) en ne retenant que celles capables de produire un carburant aux caractéristiques acceptables par l'industrie aéronautique, à savoir le jatropha et la cameline. Nous retenons un ordre de grandeur de 1000 litres par hectare par an. A noter que la fabrication de carburant par des mirco-algues pourrait donner des rendements 10 à 20 fois meilleurs, mais avec des coûts pour l'instant trop élevés. 

Deux millions de kilomètres carrés

Sur cette base on trouve 200 millions d'hectares de terres agricoles nécessaires pour faire voler tous les avions avec 100% d'agrocarburant, soit deux millions de kilomètres carrés de terres agricoles sur les 28 millions de kilomètres carré actuellement cultivés (Source NewScientist). C'est encore de l'ordre de dix fois la surface des terres cultivées en France (32 millions d'hectares de terre destinées à l'agriculture dont le tiers est constitué de paturâges selon le ministère de l'Agriculture). 

L'industrie aéronautique prévoit d'incorporer 15% de biocarburants dans le kérosène d'ici 2020 et 50% d'ici 2040. Elle met en avant une réduction des gaz à effet de serre de 84% sur l'ensemble du cycle de vie, considérant que le carburant lui même est neutre du point de vue des gaz à effet de serre, et que seul l'énergie nécessaire à la production, au raffinage et au transport doit être prise en compte*. Un point de vue que ne partagent pas les associations de protection de l'environnement qui, concernant les biocarburants en général, dénoncent un scandale.

Notre calcul est un jeu d'esprit, rien de plus. Il ne tient pas compte des problématiques environnementales et des controverses souvent soulevées à propos des agrocraburants (cycle de vie, bilan CO2, utilisation des engrais et des pesticides, prix des denrées, sécurité alimentaire, etc.). Nos lecteurs qui voudraient apporter d'autres éléments chiffrés ou des points de vus différents sont bienvenus et peuvent les faire partager dans les commentaires.

* Les analyses de cycle de vie des biocarburants sont souvent contradictoires ou mises causes. Bien que ne concernant pas spécifiquement l'aviation, on pourra se référer à cette étude de l'Institute of Transportation studies de l'Université Davis de Californie ou encore à cette étude de l'EPA (Environmental Protection Agency).

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Photos licence CC Paulo.Alano, Adriana Lukas @Flickr