Réchauffement climatique : le diagnostic

vendredi 04 décembre 2009 Écrit par  Yves Heuillard

Pour la Conférence des Nations Unies sur le climat, un groupe de scientifiques publie une mise à jour du rapport du GIEC de 2007 sur le réchauffement climatique. Titré "Le diagnostic de Copenhague" (The Copenhagen Diagnosis) les auteurs le considèrent comme le dernier appel aux négociateurs des 192 pays qui vont se rencontrer à Copenhague. Le résumé du rapport fait état de conclusions apocalyptiques, qui hors explications, déservent un travail exceptionnel. Il faut lire, au moins parcourir, le rapport complet qui malheureusement n'est pas traduit. [Photo The Copenhagen Diagnosis]

Le rappport est en anglais, seul un résumé des principales conclusions existe en français. Nous vous les livrons ici, avec, en préambule, des déclarations particulières de certains auteurs, sachant que c'est la précision et la documentation du rapport complet qui en fait la qualité.

Déclarations particulières de certains auteurs

“Le niveau de la mer monte plus rapidement que prévu, et la banquise arctique se résorbe plus vite que nous ne l'avions projeté. Les données récentes nous montrent que, malheureusement, nous avons sous-estimé l'ampleur du changement climatique dans le passé." Professeur Stefan Rahmstorf, Professeur d'Océanographie Physique et Chef de département au PIK (Potsdam Institute for Climate Impact Research) en Allemagne.

"Il est plus qu'urgent de limiter l'augmentation continuelle des émissions de dioxyde de carbone si l'humanité envisage d'éviter le risque d'un changement climatique inacceptable. Le point de non retour est extrêmement proche. Si nous voulons ne pas dépasser le seuil des 2°C de réchauffement global, ce que de nombreux pays ont déjà accepté comme objectif, alors le pic des émissions fossiles ne doit pas se produire au-delà de 2020 et les émissions devront très rapidement diminuer ensuite. " Professeur Richard Somerville, Scripps Institution of Oceanography, University of California, San Diego, USA.

"Le quota d'émissions 'autorisé' pour ne pas mettre en péril notre climat futur est quasiment atteint. Les émissions globales doivent diminuer rapidement au cours de la prochaine décennie. Il est urgent qu'un engagement soit signé pour que des actions soient prises par les plus grands émetteurs de gaz à effet de serre." Professeur Matthew England, ARC Federation Fellow and joint Director of the Climate Change Research Centre of the University of NSW, Australia.

“C'est le dernier appel des scientifiques aux négociateurs des 192 pays qui vont se rencontrer à Copenhague et prendre des mesures pour la protection du climat. Ils doivent accepter la dure réalité du changement climatique et les risques sans précédents qui l'accompagnent.” Professeur Hans Joachim Schellnhuber, Directeur du PIK (Potsdam Institute for Climate Impact Research) en Allemagne et responsable du conseil allemand sur le changement global (WBGU).

Résumé du rapport    

The Copenhagen DiagnosisEn 2008 les émissions mondiales de dioxyde de carbone générées par les combustibles fossiles étaient en hausse de presque 40% par rapport aux émissions générées en 1990. Même si les taux d’émissions mondiales se stabilisent aux niveaux actuels, il y a une probabilité de 25% que juste 20 ans d’émissions de plus entraîneraient un réchauffement climatique supérieur à 2°C. Même avec zéro émisssion après 2030.

Chaque année de retard prise dans la mise en place de mesures adéquates accroît les chances que le réchauffement dépasse 2°C. Les récentes températures mondiales prouvent qu’il s’agit d’un réchauffement d’origine humaine: Au cours des dernières 25 années, les températures ont augmenté à un taux de 0,19 °C par décennie, en bon accord avec les prédictions basées sur des augmentations de gaz à effet de serre. Même au cours des 10 dernières années, malgré une diminution du forçage solaire, la tendance est toujours celle du réchauffement. Des fluctuations naturelles et de courtes durées continuent à se produire comme d’habitude mais il n’y a pas eu de changements marquants dans la tendance au réchauffement sous-jacente.

Accélération de la fonte des glaciers et des calottes glaciaires : les mesures effectuées par satellite et sur la glace prouvent actuellement sans aucun doute que les nappes de glace du Groenland et celles de l’Antarctique perdent de leur masse à une vitesse croissante. La fonte des glaciers et des calottes glaciaires dans les autres parties du monde s’est aussi accélérée depuis 1990.

Rapide déclin de l’étendue de la glace de mer arctique : la fonte d’été de la glace de mer arctique s’est accélérée bien au-delà des prévisions des modèles climatiques. Cette zone de glace de mer fondue en 2007-2009 a été d’environ 40% plus étendue que les prévisions moyennes des modèles climatiques du 4ème rapport d’évaluation du Groupe Intergouvernemental sur l’évolution du Climat (GIEC Rapport d’évaluation AR4).

Sous-estimations actuelles de l’élévation du niveau de la mer : les satellites montrent que l’importante élévation moyenne mondiale du niveau de la mer (3,4 mm/an durant les 15 dernières années) est de 80% supérieure aux dernières prévisions du GIEC. Cette élévation accélérée du niveau de la mer est en accord avec la double contribution de la fonte des glaciers et des calottes glacières, et de celle des nappes de glace du Groenland et de l’Ouest Antarctique.

Révision des prévisions concernant le niveau de la mer : il se peut que dès 2100 le niveau de la mer dans le monde entier soit au moins deux fois plus élevé que les estimations du 1er groupe de travail, spécifiées dans le 4ème rapport d’évaluation du GIEC, et si les émissions non pas été modifiées il pourrait bien dépasser 1 mètre. La limite supérieure a été estimée comme - une élévation du niveau de la mer de 2 mètres dès 2100. Une fois que les températures mondiales se seront stabilisées, le niveau de la mer continuera à s’élever pendant des siècles et des élévations du niveau de la mer de plusieurs mètres sont prévues au cours des prochains siècles.

Tout retard dans la prise de mesures pour lutter contre le réchauffement climatique risque d’entraîner des dégâts irréparables : de nombreux éléments vulnérables du système climatique (tels que les nappes de glace continentales, la forêt tropicale amazonienne, la mousson en Afrique de l’Ouest et d’autres) pourraient brusquement subir des changements irréversibles si le réchauffement continuait dans un scénario de maintien de statu quo pendant toute la durée de ce siècle. Le risque d’enfreindre des seuils critiques (« points de basculement ») augmente fortement avec un changement climatique continu. Par conséquent, attendre des niveaux plus élevés de certitude scientifique pourrait signifier que des points de basculement seront enfreints avant qu’ils soient reconnus.

Le changement doit arriver vite : si le réchauffement de la planète doit être limité à un maximum de 2°C au dessus des valeurs préindustrielles, les émissions mondiales doivent atteindre leur plus haut niveau entre 2015 et 2020 puis décroître rapidement. Pour stabiliser le climat, une société décarbonisée mondiale – avec pratiquement zéro émission de CO2 et d’autres gaz à effet de serre dits à longue durée de vie – doit être établie bien avant la fin de ce siècle. Plus particulièrement, les émissions annuelles moyennes par habitant devront diminuer à un niveau bien au-dessous d’une tonne métrique de CO2 vers 2050. Ce qui représente une baisse de 80 à 95 % par rapport aux émissions par habitant des pays développés en l’an 2000.

Le rapport complet en anglais

 

3 Commentaires

  • Lien vers le commentaire jeudi 11 mars 2010 Posté par Nanou

    Le monde entier sait que l'homme est entrain de détruire la planète!
    Le monde entier en parle bien mème très bien.
    Le monde entier sait ce qui doit se faire.
    Mais qui est entrain de faire quelque chose pour bouger?
    Personne!

  • Lien vers le commentaire mardi 29 décembre 2009 Posté par yves

    Très bonne remarque, mais à  ne dire qu'une partie des choses votre commentaire pourrait induire que l'activité solaire est à  l'origine du réchauffement climatique

    Or la source que vous citez fort à  propos, Le professeur Salanki du Max Planck Institute, dit que [b][i]"l'activité solaire affecte le climat, mais joue un rôle mineur dans le réchauffement climatique actuel"[/i][/b]. http://www.mpg.de/english/illustrationsDocumentation/documentation/pressReleases/2004/pressRelease20040802/">Extrait et références de l'étude ici

    La source que vous citez, n'est pas honnête en disant que "La contribution de l'activité solaire au réchauffement global de la Terre lors du siècle précédent est ouverte" alors que l'étude de référence précise tout le contraire, "moins de 30% du réchauffement depuis 1970 pourrait venir de l'activité solaire".

  • Lien vers le commentaire mardi 29 décembre 2009 Posté par ndrick

    L'activité du Soleil sur les 11400 dernières années a été reconstituée par un groupe international de chercheurs conduit par Sami K. Solanki, du Max Planck Institute for Solar System Research (Katlenburg-Lindau, Allemagne). L'équipe a analysé pour cela les isotopes radioactifs contenus dans les arbres qui vivaient il y a des milliers d'années. Il s'avère qu'il faut remonter 8000 ans en arrière pour retrouver une activité solaire équivalente en intensité à  celle des 60 dernières années. Les chercheurs prédisent, sur la base d'une étude statistique des données, que le haut niveau actuel d'activité continuera probablement durant encore quelques décennies.

    Source : [url]http://www.cirs.fr/breve.php?id=692[/url]

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