Réchauffement climatique : on peut sauver la planète et mieux vivre

samedi 05 décembre 2009 Écrit par  Marc Mayor

Quelle planète pour ces quatres enfants en 2050

De la réussite de la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique, à Copenhague, dépend l’avenir de notre environnement, de nos économies et de nos sociétés. La problématique du réchauffement est une opportunité pour mieux vivre, de façon plus équitable.

Trois questions principales seront au centre des débats de la conférence de Copenhague : est-il possible de réduire les émissions de gaz à effet de serre afin de freiner le changement climatique tout en maintenant le niveau de vie des pays développés et en l'étendant au reste du monde ? Un accord est-il envisageable compte tenu des positions divergentes des états ? Quels efforts devront fournir respectivement les pays industrialisés et ceux en développement ?  

La sauvegarde du climat est-elle compatible avec nos standards de vie ?

Les estimations du Groupement d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), dans leur rapport de 2007, préconisent une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 70% d’ici à 2050 par rapport à celles de l’an 2000, et ce afin de limiter le réchauffement de la planète à 2° C pendant ce siécle. La question suivante se pose : peut-on réellement réduire les émissions de gaz à effet de serre sans revenir à l'âge de pierre ? 

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à elles seules, les technologies existantes d’isolation des bâtiments et de véhicules à essence optimisés, ajoutées à l'arrêt de la déforestation, et à la reforestation, permettraient de réduire de 50% les émissions de gaz à effet de serre en 2050 (nos explications plus loin). Le développement des énergies renouvelables, améliore encore singulièrement l'équation. Il est même probable qu’en lançant ces mesures nous favoriserons l’émergence de nouvelles technologies qui rendront les objectifs plus faciles à atteindre.

L'objectif de réduction requiert un niveau d’investissement estimé entre 1,1% du PNB mondial annuel (Agence International de l’Energie) à 3% du PNB en fourchette haute, mais qui, comparée à une réduction de 70% à terme des dépenses énergétiques (de l'ordre de 5 à 8% du PNB selon les pays) montre qu'il s'agit aussi d’une excellente affaire au plan économique, sur le moyen terme.

En prime, la réduction des émissions, par l'amélioration de la qualité de l'air qui en résulte, engendrera des écononomies considérables de dépenses de santé. Donc non seulement c'est possible, mais notre niveau de vie devrait même s'améliorer.

Trois mesures, un zeste de courage

Pour atteindre cet objectif, il faut : 
1) Un passage de la taxation du travail à une taxation de la pollution avec une taxe carbone forte de 500 euros par tonne de CO2 ( voir notre article), compensée par des réductions fortes ailleurs sur le coût du travail.
2) Des normes zéro émission dans l’habitat et les bureaux d’ici 2020 et une limitation à 50g de CO2 par km parcouru pour les voitures (tous les deux réalisables technologiquement aujourd’hui), avec un bonus/malus incitatif  fort.
3) Des subventions importantes pour les investissements nécessaires en isolation et production d’énergie renouvelables, investissements qui du point de vue de la société sont rentabilisés en moins de 20 ans par la réduction de la facture fossile envers les pays OPEP (qui rappelons le dépasse 1 400 milliards de dollars par an).

Réduire de 70% : énorme mais faisable

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émissions par pays - Cliquez sur la photo pour voir en plus grand

Que signifie une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 70% d’ici à 2050 par rapport à celles de l’an 2000 ? De 28 milliards de tonnes de CO2 émises en 2006, pour ne parler que du gaz à effet de serre le plus important, il faudrait arriver à 8,5 milliards en 2050. Cela parait énorme mais, toujours selon le GIEC, atteindre cet objectif ne réduirait la richesse en 2050 que de 3%.

Par ailleurs la population mondiale est appelée à croître, selon les estimations des Nations Unies, de 6,5 milliards en 2005 à 9,2 milliards en 2050, avant de se stabiliser.

Le même droit d'émission pour chaque habitant

Prenons un postulat qui parait une évidence, mais qui est loin d’être acquis. Il parait juste, quelque soit notre prisme, qu’à moyen terme chaque habitant de la planète ait le même droit à polluer. En fixant un objectif mondial unique d’émissions de CO2 par habitant pour 2050 nous trouvons une solution équitable qui permet à chaque pays de se conformer graduellement à la réduction de ses émissions. En moyenne, la réduction par tête doit atteindre 79% à 930 kg de CO2 en 2050 par rapport à 4370 kilos en 2006, et compte tenu de l’augmentation de la population pendant la période.

réduction des émissions de CO2 par habitant

Les plus fortes baisses seraient pour les pays occidentaux qui émettent aujourd'hui jusqu’à 20 fois plus par habitants que les pays pauvres et dont la population est stabilisée. Pour les pays émergents, les objectifs d’émissions devraient être fixés avec, dans un premier temps, des augmentations nécessaires au développement, puis des baisses entre 2030 et 2050. Les pays riches, eux, auraient des objectifs de baisse beaucoup plus agressifs de 2010 à 2030, compte tenu de leur capacité à mettre en œuvre immédiatement les technologies existantes avec des niveaux d’investissements relativement faibles (moins de 3% du PIB annuel) et des retours sur investissement relativement rapides.  

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émissions par habitant et par pays
Cliquez pour voir en grand

Ceci est d’autant plus légitime que les pays développés ont produit la majeure partie de la pollution du dernier siècle (et aussi, il faut le reconnaitre, la majeur partie des innovations technologiques dont espèrent bénéficier tous les pays)

Ce postulat a un double mérite rare : au – delà d’être juste, il est vraisemblablement nécessaire dans toute politique pragmatique, car pour que les pays émergents fassent des efforts, il faudra que les pays riches montrent l’exemple en en faisant plus.

Une grosse part d'économies facilement réalisable

émissions de CO2 et gaz à effet de serre par secteurMalgré ces complications, il est possible d’atteindre cet objectif de réduction des émissions des gaz à effet de serre simplement en généralisant et en développant les technologies de réduction disponibles aujourd’hui. Prenons chaque poste clé d’émissions.

La consommation des bâtiments - Les émissions dues au chauffage et à l’électronique dans les habitats représentent 23% des émissions en 2006. Or, nous savons déjà construire des habitats qui non seulement ne produisent pas d’émissions, mais encore mieux, produisent plus d’énergie qu’ils n’en consomment. Le coût n’en serait pas prohibitif, voir nul : le surcoût à la construction de logements passifs ou à énergie positive s'amortissent en moins de 20 ans. C'est-à-dire que ce qui n’est pas versé pour l’achat de pétrole ou de gaz permet de créer un bien durable. Des normes mondiales d’émissions nulles pour l'habitat, accompagnées par un système de bonus-malus progressif, devraient aboutir à l'éradication de ces émissions d’ici à 2050.

part de l'automobile dans les transportsLes transports. La source principale des émissions liées aux transports vient de l’automobile. Et les prévisions nous laissent penser que le parc automobile doublera au minimum d’ici à 2050. Par contre, les émissions par kilomètre parcouru baissent déjà depuis de nombreuses années : en 1995, elles étaient de 176 g en France, réduites à 141 g en 2008 (-20%). Les meilleurs véhicules arrivent aujourd’hui à moins de 100 g CO2/km. Une Audi A3 d'aujourd'hui émet 99g de CO2/km, à comparer avec son équivalente de jadis, une Golf GTI de 1985 qui émettait plus de 250 g CO2/km.  

En fixant une moyenne de 50g de CO2/km d’ici à 2030, avec des étapes intermédiaires, on baisse les émissions par kilomètre de 75%, compte tenu d’une moyenne mondiale qui dépasse les 200 gCO2/km en 2006 (aux US, plus de 250 gCO2/km). Avec un doublement des véhicules mais une baisse de 75% des émissions par kilomètre, on atteint donc une baisse globale des émissions de 50%. Toute politique de développement des transports en commun, d'un urbanisme et de modes de vie sans voiture, ne fait qu'améliorer l'équation.

Le système de bonus/malus expérimenté en France semble un bon outil pour faciliter cette évolution, puisqu’aujourd’hui un véhicule optimisé a un surcoût de l’ordre de 3500 à 4000 euros, surcoût qui serait réduit par une augmentation des volumes.

La forêt - La déforestation actuelle, qui produit 17% des émissions de CO2, doit être stoppée et inversée pour devenir une source de réduction du CO2.  En outre, la reforestation financée par les pays riches (qui sont en reforestation depuis près d’un siècle) permettrait une création d’emploi et un maintien de tissu social dans les campagnes des pays en voie de développement. Par ailleurs un hectare de foret absorbe 6 tonnes de CO2 par an (source Programme pour l’Environnement des Nations Unies). L'arrêt de la déforestation et la reforestation  permettraient d'économiser 17% des émissions, tout en stockant du CO2. Avec l’isolation, la reforestation compte parmi les mesures les plus simples et les moins chères, pour réduire les émissions.

Reste l'agriculture et l'industrie. Les émissions de CO2 dues à l’agriculture (hors déforestation) sont presque équivalentes à celles des transports, et celles de l’industrie en font le double, mais on en entend beaucoup moins parler. Grâce à leurs lobbies et à leur moindre visibilité, elles ont échappé aux pressions sur le sujet des émissions, et ont donc accompli beaucoup moins de progrès que les secteurs de l’habitat et des transports.

Sur ces terrains s'affontent industriels et défenseurs de l'environnement. Les industriels proposent des solutions technologiques, par exemple la capture et le stockage du CO2, pour continuer le plus possible sur des modèles existants. Les écologistes proposent eux des solutions basées sur les économies et le développement des énergies renouvelables ainsi que sur le changement de fonctionnement de nos organisations sociales. Nous y reviendrons.

1 Commentaire

  • Lien vers le commentaire vendredi 11 décembre 2009 Posté par Ludovic Biome

    Un rapport de l'ONU a mesuré que la Chine avait dépassé les USA en quantité globale de pollution,depuis l'année 2006...
    Cela s'explique:même si les USA sont passés de 200 millions à  300 millions d'habitants en 40 ans,la démographie et l'augmentation de l'empreinte écologique chinoises,ont décuplé davantage pendant cette même période.

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