Spécial COP15 - Cambodge, le charbon pour avenir

mercredi 09 décembre 2009 Écrit par  Marc Mayor

réseau électrique au CambodgeFoin du développement durable et de ses belles éoliennes dans un ciel d'azur, les choix énergétiques du Cambodge illustrent bien que, sans une action concertée des états du monde à Copenhague, l'énergie du futur c'est le charbon ! [ci-contre connexions sauvages au réseau à Phnom Penh] 

Le Cambodge dispose d'une puissance de production d'électricité de 410 MW, pour une demande allant jusqu'à 808 MW, d'après le ministère de l'Environnement du Cambodge. Le solde est importé, principalement du Vietnam. Le besoin d'électricité doit exploser dans la décennie à venir, puisque le Cambodge connait une forte croissance alors que 15% seulement de la population étaient raccordée à l'électricité en 2007. Le Cambodge n'a aucune ressource énergétique fossile sur son territoire en dehors du charbon, 80% des besoins d'énergie du pays étant actuellement fournis par le bois.

gosse sur une décharge à Phnom Penh

Les autorités cambodgiennes évaluent la capacité de production nécessaire dans 10 ans à 3000 MW. Pour y faire face, elles ont prévu la construction de 9 centrales hydroélectriques, et 9 centrales électriques au charbon. Le charbon s'impose à l'état cambodgien comme la source fossile d'électricité la moins chère (en ordre de grandeur 3 à 4 centimes d'euros par kWh, comparés à 5 pour le gaz, et de 8 à 10 centimes pour les renouvelables). Même un petit écart de coût est particulièrement important compte tenu de la pauvreté du pays.

Or, le charbon est la source d'électricité la plus polluante, émettant de l'ordre de 1 tonnes de CO2 par MWh, contre pour 0,40 tonnes pour le gaz, et 0,03 tonnes pour le photovoltaïque. Et, sans entrer ici dans les controverses sur la technologie de capture et de stockage du CO2, celle-ci n'est pas encore prête, et elle est coûteuse. 

Le cas du Cambodge est symptomatique de la situation globale. Le monde, notamment celui des pays émergents, a un besoin d'électricité en forte croissance. Selon l'Agence Internationale de l'Energie ce besoin sera essentiellement satisfait par le charbon, menant, si rien n'est fait, à une augmentation des émissions de CO2 de 40% d'ici à 2030 (voir notre article).

Seule une taxe carbone élevée, associée à de fortes subventions des renouvelables au niveau mondial, de l'ordre de 500 euros par tonne de CO2 émise (voir notre article), permettrait de favoriser dès maintenant les énergies renouvelables, et de réduire le nombre de nouvelles centrales au charbon. Sinon compte tenu de leur cycle de vie de 50 ans, elles empoisonneront la planète pour longtemps.

Crédits Photos - Ouverture par junq06603 @Flickr - Gosse dans une décharge de  Phnom Penh par lecercle @Flickr. Licence CC.