Peugeot SR1, une voiture d'entre deux âges

vendredi 08 janvier 2010 Écrit par  Yves Heuillard

Peugeot SR1 concept car

La Peugeot SR1 est un concept de voiture hybride qui sera dévoilé au Salon de l'automobile de Genève en mars : 313 chevaux, des vélléités écologiques avec deux moteurs, dont un électrique, un superbe engin qui rappelle une Aston Martin. Mais qui fera-t-il rêver ? [photos Automobiles Peugeot, DR]

Selon les termes de Peugeot, ce "dream-car" explore et réinterprète le thème du roadster grand tourisme. Grand Tourisme, Gran Turismo, une expression un tantinet désuette qui évoque, non sans nostalgie, la belle et insouciante époque de l'automobile de l'après guerre, les rallyes, la French Riviera, les concours d'élégances.

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Le concept SR1 se veut l'emblème de la modernité automobile. à l’avant, un moteur à essence de 1,6 litre de cylindrée délivre un puissance de 160 kW (218 ch). Lui est associé, à l'arrière, un moteur électrique de 70 kW (95 ch). La voiture peut fonctionner pendant 12,5 km en propulsion électrique seule, selon un mode appelé ZEV (Zero Emission du Véhicule) ; ce qui pourrait laisser entendre qu'aucun gaz à effet de serre n'est émis, alors que l'électricité est produite par le moteur thermique.

En cycle mixte le SR1 ne dépasse pas les 4,9 l/100 km soit 119 g/km de CO2. Lorsque les deux moteurs fonctionnent simultanément, SR1 délivre une puissance potentielle maximale de 230 kW (313 ch), tout en bénéficiant de la motricité de ses 4 roues. L’efficacité dynamique du véhicule est servie par une structure rigide et allégée, composée d’une coque autoporteuse intégrant un châssis tubulaire sur lequel se greffent les éléments mécaniques et les trains roulants.

peugeot SR1 concept car hybride

Exploitant le meilleur de la technologie existante pour offrir un comportement routier exceptionnel, les liaisons au sol se composent de double-triangles à pivot découplé, à l’avant comme à l’arrière. Les quatre roues sont directrices : le degré de braquage des roues arrière est alors lié à sa vitesse, via des biellettes motorisées situées au niveau des triangles arrière, ce qui est destiné à confèrer, selon les termes du constructeur "une agilité extrême du véhicule en toutes circonstances".

Concilier environnement et luxe : la quadrature du marketing 

 Dans sa communication Peugeot insiste sur le respect de l'environnement et les tendances générales de la voiture du future dont ce concept serait l'incarnation. C'est vrai des technologies employées : l'hybridation, le downsizing du moteur principal, la structure allégée, les faibles consommation et niveau d'émission, eu égard à la puissance disponible. Mais restons sérieux :  à 119 g de CO2, on ne peut pas parler d'exemplarité environnementale. Et puis un tel engin n'est pas fait pour rester aux allures des tests normalisés de consommation. Il est fait pour se faire plaisir, mettre le pied à la planche, sentir la route, les pneux qui s'accrochent au bitume, le coup de pied aux fesses des accélérations ; et là, en cycle "je me fais plaisir", combien de CO2 ?  

Intérieur du Peugeot SR1 concept carAlors pourquoi ne pas dire simplement la vérité : on peut encore se faire vraiment plaisir sans polluer plus qu'une fourgonette. Quant à mettre en avant les qualités authentiques et naturels des matériaux, le cuir patiné, les bois veinés de différentes essences, personne ne verra là une proximité de l'automobile avec la nature, mais le luxe éternel du cuir et des marquetteries ; ce n'est pas interdit.  

Enfin le contribuable pourrait pester au motif que les aides de l'état à l'industrie automobile, en particulier sur l'hybride et l'électrique, n'aboutissent finalement qu'à faire des autos pour riches. A y réfléchir, que les plus riches paient au prix fort les bancs d'essai des technologies universelles et bon marché de demain, ce qui a toujours été le cas, ne devrait pas déplaire à l'écolo. Reste à savoir si, sur les bases du SR1, on pourrait, en divisant les performances par trois, diviser les émissions par deux ou trois, soit de l'ordre de 50g de CO2 au km. Probablement, à terme.

Alors à vouloir rendre environnementalement correct, un engin qui ne l'est pas, mais dont les technologies préfigurent la voiture moins polluante de demain, Peugeot risque de déplaire à tout le monde. A l'écolo, qui y verra du greenwashing ; au félé de l'arbre à came en tête, qui ne s'y reconnaîtra pas ; à l'amoureux des belles mécaniques, entiché d' Aston, de Jag, ou de Lotus ; au snob, que n'éffleure pas encore l'idée d'un porte clé au logo du lion ; au millionaire des cleantech, qui a déjà commandé sa Tesla. Reste Papy, que 1 500 kg de Gran Turismo sur cuir patiné ramènera à ses rêves d'hier.