Faire du ski sans flinguer la planète

lundi 20 décembre 2010 Écrit par  Yves Heuillard

Du parapente à ski dans les Bauges sur le Semnoz

Bon d'accord, partir faire du ski, ça génère des gaz à effets de serre. Et si on vous dit que pour sauver la planète il faut rester à la maison, cette fois vous vous fâchez ; normal. Alors voici les recommandations de l'Ademe pour les skieurs invétérés et un peu soucieux de l'environnement, sachant que nous, nous prônons d'autres approches de la montagne. 

En hiver, partir chercher le soleil dans une autre partie du globe est tentant. Mais alors plutôt à pied, ou en vélo, qu'en avion. Quant aux vacances à la montagne, les stations de sports d'hiver et leurs activités ne sont pas sans conséquence sur leur environnement : remodelage des pentes, forte consommation d'eau et d'énergie, production de déchets, intensification du trafic automobile.

Pour que la pratique du ski et le respect de l’environnement soient plus compatibles, certaines stations, nous dit l'Ademe, se sont engagées dans des démarches plus responsables. L'Ademe nous souffle donc plusieurs critères à prendre en considération pour le choix de la destination, l’hébergement, le transport et le matériel. Vous les trouverez ci-après parfois avec nos remarques. Gardez cependant à l'esprit que les recommandations de l'Ademe sont très largement fondées sur la signature d'accords de partenariats, sur la réalisation d'un bilan carbone, ou sur l'obtention de tel ou tel label. Des procédures souvent coûteuses, dont on pourrait comprendre que toutes les stations ne veuillent, ou ne puissent pas, faire les frais.  

Découvrir la montagne autrement 

stephane viron.L' accompagnateur naturaliste en montagne vous offre une autre façon de profiter de la montagne et de la neige, tout aussi sportive. Ci-contre Stéphane Viron, vous emmène dans son "Grand dehors" à La Clusaz, au Grand Bornand ou dans les Bauges. On lui pardonne d'emmener ses clients aussi au Costa Rica dont il est passionné. Cliquez sur l'image pour le rejoindre.

La Charte Nationale en faveur du Développement durable dans les Stations de Montagne a été établie par l'Association Nationale des Maires de Stations de Montagne (ANMSM), en partenariat avec l'ADEME et la fondation Mountain Riders. C’est un engagement volontaire signé à la date d’aujourd’hui par 51 communes.

Dix stations de ski (Le Corbier, Courchevel, Val-d’Isère, Saint-Martin-de-Belleville, Les Deux-Alpes, Morzine, Les Orres, Valberg, La Bresse et Saint-Lary-Soulan) ont réalisé leur bilan carbone dans le cadre d’un accord de partenariat de 3 ans signé par l'ADEME et l'ANMSM en octobre 2007. Cet accord porte sur la maîtrise de l'énergie, la lutte contre le changement climatique, l'aménagement et l'urbanisme, l'éco-responsabilité et la consommation durable. Notre lecteur remarquera qu'un bilan carbone ne constitue pas à lui seul la garantie d'une action pour l'environnement, mais quand même, la mesure est le premier pas vers la sagesse.

L'éco-guide des stations de montagne (image cliquable ci-dessous), réalisé par la fondation Mountain Riders, propose aux stations qui le souhaitent, de remplir un questionnaire détaillé évaluant l'impact de leurs activités sur l'environnement. Ce guide est donc déclaratif. Il présente les actions innovantes de chaque station décliné en thèmes : transports, énergie, aménagement, eau, déchets, social et sensibilisation à l'environnement.

L'éco-guide nous apprend que seulement 21% des stations privilégient la gestion/réhabilitation des logements anciens plutôt que la création de nouveaux lits, que presque 30% des stations n’ont pas de système de traitement des eaux usées adéquat (en termes de qualité ou de quantité) et que le déplacement des personnes représente en moyenne 60% des émissions des GES d’une station de ski. Selon les critères du guide, les sations les plus engagées en matière d'environnement sont Arêches, Beaufort, Chamonix, Courchevel, La Plagne, La Rosière, Tignes, Val Thorens.

Logement et transport

Au moment de la réservation d’une location, l'Ademe indique qu'il existe deux certifications, spécifiques au secteur du tourisme, pouvant aider à qualifier le caractère environnemental de l’hébergement.

L’écolabel européen est le seul label écologique officiel européen utilisable dans tous les pays membres de l'Union Européenne. C’est une marque volontaire de certification de produits et services qui couvre les services d'hébergement touristique. Les critères définis visent à limiter les principales incidences sur l’environnement des trois phases du cycle de vie du service d’hébergement touristique : achats, prestation du service et déchets. Le label est précisé à l’accueil de l’hébergement sous forme d’un certificat ou d’un drapeau.

Couverture de l'éco guide des stations de montagne

Le label Clef verte est un label de gestion environnementale pour les hébergements touristiques, décerné par la Fondation pour l’éducation à l’environnement depuis 1998 en France. Fondé sur l’amélioration continue, il récompense les hôtels, camping et meublés pour leurs efforts en matière de gestion des déchets, de gestion de l’eau et de gestion de l’énergie. Cette certification est généralement indiquée sur le bâtiment.

En ce qui concerne le logement, nous ajouterons ceci : les suisses sont tellement en avance sur nous en matière d'économie d'énergie dans le bâtiment, qu'il est devenu la norme de bâtir basse consommation alors qu'en France nous nous ébahissons encore de nos premières réalisations (voir notre article Basse consommation à 2883 mètres). Alors pourquoi pas la Suisse, sachant que les très authentiques stations du Valais par exemple, sont plus proches de Paris que bien des stations alpines tout en étant desservies par le train (TGV jusqu'à Lausanne) ? L'écolo s'y sentira souvent mieux qu'en France (locations de meilleur confort à prix équivalent, civisme légendaire, limitation de l'usage de la voiture, habitat traditionnel, longue expérience de la construction basse consommation). Autre idée, faire du ski en Vorarlberg. Le land autrichien le plus proche de la France est aussi la mecque de la construction passive.

Pour choisir son moyen de transport le comparateur proposé par l’ADEME et la SNCF permet de comparer le coût, la durée et l’impact environnemental de son mode de transport pour les destinations proposées sur le site Voyages-sncf.com, en France et en Europe (pays voisins). En voiture, les conditions de circulation peuvent être rendues difficiles par la neige et le verglas et les embouteillages allongent le temps de parcours et par conséquent la consommation de carburant. Le train est en revanche un moyen plus sûr et plus rapide pour gagner les stations de montagne. Il constitue en plus la solution la moins polluante, mais pour un groupe de 4 ou 5 amis (donc hors tarif famille nombreuse) le train est malheureusement bien plus cher (2 à 3 fois sauf tarifs spéciaux) pour des émissions de CO2 30% moins élevées.

D'autres pratiques, le matériel

parapente à ski sur le SemnozDDmagazine vous conseille de tester la randonnée à ski, la raquette, le ski de fond, la randonnée nordique et kite surfing (merci à Manu dans les commentaires pour le terme exact), une discipline sportive, technique, et qui peut se pratiquer sur des grands champ de neige, sans installation particulière pour peu qu'il y ait du vent. 

Ce sont là de bons moyens de profiter pleinement du spectacle de la nature hivernale et d'éviter de vous retrouver dans d'autres embouteillages, et de consommer encore et encore de l'énergie, et de l'argent, à remonter et descendre sans cesse, sur une neige damée au diesel et parfois artificielle. Dans la plupart des stations vous trouverez des guides de randonnées diplomés qui vous feront découvrir la faune et la flore d'hiver et qui vous emmeneront dans les endroits les plus magiques.

L'ademe, plus pragmatique, rappelle aux skieurs que la location de matériel reste la solution la plus responsable qui permet de bénéficier en plus d'un équipement moderne et bien entretenu. Pour les skieurs assidus qui tiennent à acquérir leur propre matériel, la fondation Mountain Riders a publié l’éco-guide du matériel de montagne, présentant les actions concrètes des fabricants, indispensable pour distinguer les marques selon des critères sociaux, environnementaux et d'éco-conception.

Il va sans dire enfin que dans l'expression sports d'hiver il y a le mot sport, alors limitez vos déplacements motorisés, ne laissez pas tourner votre véhicule en préchauffage et effectuez les petits trajets à pied ou en transports collectifs. Pour vos courses consommer des fruits et légumes de saison (des pommes, des noix, des poireaux, des choux, des endives, des kiwis du pays...) et acheter des produits locaux et sans suremballage, genre raclette avec un petit Chignin-bergeron bio, tant qu'à faire.