Tremblements de terre : la Terre devient-elle folle ?

vendredi 11 mars 2011 Écrit par  Yves Heuillard

Le terrible tremblement de terre du Japon, d'une magnitude 8,9 arrive alors que ceux de Haïti (12/01/2010, magnitude 7) et du Chili (27/02/10, magnitude de 8,8) sont gravés dans nos mémoires. Doit-on croire que la Terre tremble plus ? Peut-il y avoir un lien avec le changement climatique ?  [ci-dessus San Francisco, 18 avril 1906, par Arnold Genthe]

Le tremblement de terre qui vient de se produire sur la côte Est du Japon, comme ceux de février 2010 (Japon et du Chili à quelques heures d'intervalle) se sont produits dans l'une des zones de mouvements tectoniques les plus actives de la planète (1), une zone de subduction où la plaque océanique glisse sous la plaque continentale. Les séismes de magnitude supérieure à 8, comme celui qui vient de produire au Japon, comme celui du Chili en frévrier 2010, n'arrivent statistiquement pas plus d'une fois par an (2). Celui de Haïti, du 12 janvier 2010, n'avait qu'une magnitude de 7,3. Celui de Sumatra du 26 décembre 2004, qui avait provoqué un tsunami et plus de 200 000 morts, avait une magnitude de 9,3.

Comme l'échelle de magnitude est logaritmique, un séisme de 8,8 est bien plus intense qu'un séisme de magnitude 8. Ainsi un séisme de magnitude 8 a une intensité 10 fois supérieure à celle d'un séisme de magnitude 7 et cent fois supérieure à celle d'un séisme de magnitude 6. Le séisme chilien de 2010 avait libéré 500 à 900 fois plus d'énergie que celui de Haïti (3). Le plus puissant séisme jamais enregistré, d'une magnitude de 9,5, avait eu lieu au Chili en mai 1960.

tremblements de terre des derniers 7 jours
Pour vous faire une idée de l'activité sismique de la planète et mettre en perspective notre propos,
nous  vous invitons à vous rendre sur le site de l'USGS (United States Geological Survey) en
cliquant sur la photo ci-dessus. Vous pourrez constater le nombre de tremblements de terre et leur 
magnitude, pendant les 7 derniers jours.

Alors, y-a-t-il plus de tremblements de terre ou sont-ils plus violents ?

Après Haïti, le Chili, le Japon maintenant, on peut se poser la question de savoir si la Terre ne tremble pas plus souvent ou plus fort. Pour Ramon Arrowsmith, géologue de l'université d'état d'Arizona (USA) dont les propos avaient été rapportés au moment du tremblement de terre chilien, par la chaîne d'information américaine MSNBC (4) "notre mémoire courte et notre tendance à oublier, associées à une communication toujours meilleure, nous donne l'impression de plus de tremblements de terre, mais ce n'est probablement pas le reflet d'un changement significatif dans l'occurrence de ces phénomènes".

Tremblements de terre en direct

tremblement de terre en direct sur Google Earth

Le U.S Geological Survey met à la disposition du public, en quasi-temps réel, via Google Earth, la carte des derniers tremblements de terre (cliquez sur la photo si vous disposez de Google Earth). Vous pouvez aussi recevoir le fil d'actualités des séismes diffusé par le même organisme.

Cependant, selon les propos de Stephen Gao, géophysicien de l'université des sciences et des technologies du Missouri, toujours rapportés par MSNBC, "relativement à la période 1970-1990, la Terre a davantage tremblé au cours de ces 15 dernières années sans que nous en connaissions les raisons ; il s'agit peut être simplement d'un cycle de variations naturelles des forces en présence dans la lithosphère (la partie extérieure de la croûte terrestre, ndlr)".

En Australie, selon l'organisme fédéral chargé de surveiller l'activité sismique, les tremblements de terre seraient plus fréquents avec, en moyenne depuis dix ans, un tremblement de terre par jour. Dans la plupart des cas, ces séismes de faible intensité ne sont pas perçus par la population.

Le site de l'USGS donne l'historique de l'activité sismique des 20 dernières années. à première lecture on est frappé par l'augmentation du nombre de tremblements de terre enregistrés qui passe de 16 000 tremblements en 1990 à 31 000 en 2008. Mais l'USGS explique que l'augmentation du nombre de stations de mesures (de 350 stations en 1931 à plus de 8000 aujourd'hui) et l'amélioration de la qualité des mesures n'autorise pas la simple comparaison des chiffres bruts. Aussi l'USGS précise que " il peut sembler que le nombre de tremblements augmente, mais en fait le nombre de tremblements de terre de magnitude supérieure à 7 reste sensiblement constant". Depuis 2009 USGS ne publie plus que le nombre de séismes de magnitude supérieur à 4,5, c'est à dire ceux pour lequels des dommages peuvent avoir lieu. 

L'USGS précise aussi, qu'alors que le nombre de tremblements de terre majeurs reste sensiblement constant, ils apparaisent souvent groupés dans le temps. Ceci s'explique par les modèles statistiques et par l'existence de liens de causalité entre les tremblements de terre. Ainsi lorsque plusieurs séismes se produisent de façon rapprochée, le public le remarque, mais à l'inverse dans les périodes de calme, période n'y prête attention.

propagation de l'énergie du tremblement de terre du Chili en février 2010
Graphique de la propagation de l'énergie du  tsunami généré par le séisme du 27 janvier 2010,
du Chili vers le Japon. Source NOAA center for Tsunami Rsearch - Image modifiée par vitroids @Flickr.

Et le réchauffement dans l'histoire ?

En septembre 2009, une conférence sur les conséquences du changement climatique sur les phénomènes géophysiques (Climate Forcing of Geological and Geomorphological Hazards), concluait que le changement climatique pouvait modifier l'équilibre délicat de la planète et générer des phénomènes géologiques désastreux (5). La même conférence, faisant référence aux projets de capture et de stockage souterrain du carbone, suggérait que nos efforts pour stopper le changement climatique pouvaient, eux-aussi, avoir des effets catastrophiques.

Selon les propos de Bill McGuire du University College London, rapportés par le Newscientist (6), une relation entre le climat et les grondements de la croûte terrestre avait déjà été suggérée ici ou là (7 et 8), mais maintenant il apparaît clairement combien la roche peut être sensible à la masse d'air, d'eau et de glace qui la récouvre : "il ne faut pas d'énormes changements pour déclencher une réponse de la croûte terrestre, un minuscule changement peut être suffisant". Tout particulièrement mis en cause, le niveau des mers, les variations de l'épaisseur des glaces et par conséquent les légères variations de pression des masses d'eau et de glaces sur les couches géologiques sous-jacentes avec des relations de causes à effets parfois contradictoires et beaucoup d'incertitudes. Mais toujours selon Bill McGuire, il existe une prise de conscience que nos activités pourraient provoquer la planète : "ce n'est pas de l'alarmisme conclut-il , mais une analyse scientifique sérieuse".

Notes et références :

(1) Le pourtour de l'océan pacifique, connu sous le nom de ceinture de feu du pacifique (452 volcans), est de loin la zone sismique la plus active ; elle concentre 90% des tremblements de terre de la planète, la deuxième zone étant la ceinture alpine qui s'étend du Maroc et de l'Espagne jusqu'en Asie du sud-est en passant par la Turquie, L'Iran, l'Himalaya.

(2) Earthquake Facts and Statistics (USGS)

(3) Miami Herald 28/02/2010 : Does this mean earthquake frequency is increasing?

(4) MSNBC le 27/02/2010 : Big quake question: Are they getting worse?

(5) Conférence organisée par le Aon Benfield UCL Hazard Research Centre (ABUHRC), centre européen de référence sur l'étude des catastrophes, sponsorisé par Aon Benfield, N°1 mondial du courtage d'assurances et de réassurances.

(6) Newscientist 23/09/2009 : Climate change may trigger earthquakes and volcanoes

(7) Selon une équipe de géophysiociens de l'université de Cambridge (Royaune Uni), publiée par le Journal of geophysical Research en 2004, les éruptions volcaniques dans l'hémisphère nord seraient statistiquement 18 % plus fréquentes en hiver, et jusqu'à 50 % dans certaines régions. L'explication fait apparaître un lien de causalité probable avec les variations du niveau océans et les masses d'eau retenues sous forme de glace et de neige sur les zones continentales. Seasonality of volcanic eruptions, Journal of geophysical Research;

(8) Voir également notre article "Comment le réchauffement provoque des séismes". 

4 Commentaires

  • Lien vers le commentaire vendredi 04 mai 2012 Posté par géoLudo

    un point sur l'échelle de Richter c'est 10 fois plus puissant. C'est dans l'article.

  • Lien vers le commentaire mardi 15 mars 2011 Posté par ced

    Avec des amis, on se débat pour savoir de combien de fois est plus puissant le seisme ressenti au Japon par rapport au celui d'Haiti...
    On a entendu dire qu'un 1 point sur l'échelle de Richter équivaut à  30 X supérieur... est ce vrai? et si c'est vrai, est ce que ca rend le seisme japonais (env.9) 60 X supérieur (30*2) ou 900 X supérieur (30*30) à  celui d'Haiti ... éclairez moi please

  • Lien vers le commentaire dimanche 13 mars 2011 Posté par nono

    La nature devient extrémiste (elle aussi)! Et, on l'a bien cherché.
    Ces derniers temps les catastrophes naturelles se multiplient, ouragans, cyclones, tremblements de terre …
    De plus en plus nombreux et de plus en plus violents !
    Ces dérèglements seraient t'ils liés ?
    Mon analyse est que le réchauffement climatique influe sur la tectonique des plaques.
    En effet, si l'atmosphère de la terre se réchauffe, il me parait évident que le sous sol se réchauffe aussi en accélérant la dérive des continent avec toutes ses conséquences.

  • Lien vers le commentaire lundi 01 mars 2010 Posté par Luc Jardon

    Et les modifications du pôle magnétique ? L'énorme masse libérée par le poids de la fonte des glaces ? Même loin des zones sismiques les volcans sont indicateurs et participent a l'équilibre des pressions. La veille du séisme d'Haïti les volcans des régions du Costa-Rica étaient sous tensions et maintenant c'est en Guadeloupe.

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