Des nanoparticules partout ! Dans quels produits ? Quels risques ?

jeudi 25 mars 2010 Écrit par  Yves Heuillard

Des nanoparticules dans les crèmes solairesPlusieurs centaines de produits de grande consommation contiennent des nanomatériaux : textiles, cosmétiques, alimentaires, équipements sportifs, matériaux de construction... Des études nouvelles suggèrent la possibilité de risques pour la santé et pour l’environnement de certains produits. La question qui se pose immédiatement aux consommateurs concerne l'identification des produits de consommation qui comportent des nanomatériaux. Or cette identification n'est pas évidente.

L’Afsset, Agence de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail, publie ce jour les résultats d’une expertise collective sur l’évaluation des risques liés aux nanomatériaux pour la population générale et pour l'environnement. Dans son rapport l'Afsset indique que son expertise a identifié plusieurs centaines de produits de grande consommation contenant des nanomatériaux mais que de grandes difficultés ont été rencontrées pour identifier ces produits, mettant en évidence le manque de traçabilité des nanomatériaux intégrés dans les produits finis.

Par ailleurs note l'agence "même lorsqu’un produit contenant des nanomatériaux est identifié, l’accès aux données qui le caractérisent est très limité" sans compter "qu'un produit contenant des nanomatériaux n’en émet pas forcément sous la même forme que le nanomatériau qui a été intégré au départ dans le produit. D’autre part, l’intégration de nanomatériaux au sein d’un produit n’implique pas nécessairement leur émission au cours de la vie du produit".

Dans les matelas, les crèmes solaires, le sucre...

Parmi les différents nanomatériaux, l’intégration de nanoparticules d’argent au sein de nombreux produits répond essentiellement à une demande de propriétés antibactériennes, anti-moisissures, anti-odeurs. Ces nanoparticules sont employées dans des produits destinés à des applications très diverses dont l'électroménager (filtre d’aspirateurs, filtres de réfrigérateurs, machines à laver, sèche-cheveux, ), les ustensiles de cuisine (planches à découper par exemple), l'informatique (téléphones mobiles, claviers d’ordinateurs), les textiles (serviettes imprégnées, toiles de matelas, chaussettes et chaussures, tapis et revêtements de sol...), les produits d'entretiens...

On trouve également notamment des nanoparticules de dioxyde de titane dans les crèmes solaires mais aussi dans certains ciments utilisés dans la construction. Et même dans les produits alimentaires. La silice peut être employée par exemple comme anti-agglomérant ou modificateur de viscosité pour la sauce tomate, mais aussi les sauces vinaigrées. Cet additif est autorisé et employé depuis plusieurs dizaines d’années. Il existe plus d’une quarantaine de produits "nanosilice" commerciaux ayant la fonction d'agent anti-agglomérant ou encore d’agent fluidifiant dans différentes applications alimentaires. Une des applications visées est le sucre de table, dans lequel des nanoparticules de silice sont utilisées comme agent anti-agglomérant (autorisées jusqu' à 1% de la masse !).

Informer les consommateurs

Dans ses conclusions l'Afsset recommande d'informer les consommateurs pour qu’ils puissent choisir de consommer ou de ne pas consommer des nanoproduits. Le groupe de travail recommande ainsi d’envisager un étiquetage compréhensible pour les consommateurs, pertinent et spécifique des nanomatériaux présents dans le nano-produit considéré. De même il suggère aux industriels de produire dès à présent une fiche descriptive des données concernant les nanoparticules utilisées dans leurs nano-produits (concentration, taille, nature, informations disponibles sur la toxicité, etc.). L'agence suggère aussi d’aller jusqu’à l’interdiction de certains usages des nanomatériaux pour lesquels l’utilité est faible par rapport aux dangers potentiels.

Arrêter de jouer les apprentis sorcier

Rose Frayssinet, référente des Amis de la Terre France sur les nanotechnologies, explique que "depuis plusieurs années les entreprises mettent sur le marché des produits contenant des nanoparticules sans investir sérieusement dans des études d'impact. L'AFSSET confirme hélas les alertes émises par les Amis de la Terre depuis 2006. Il devient urgent de stopper les apprentis sorciers en instaurant un moratoire sur les nanoparticules".

De manière plus générale, les Amis de la Terre demandent que soit examinée à fond la question de l'utilité des nanotechnologies. "Avons-nous vraiment besoin de crèmes solaires plus transparentes ? De sucre en poudre dont les grains de s'agglomèrent pas ? De chaussettes antibactériennes ? poursuit Rose Frayssinet. N'y a-t-il pas d'autres priorités sociales et économiques ? Il est inacceptable que quelques entreprises décident en toute irresponsabilité de diffuser via les produits de grande consommation des technologies dont les impacts sur l'être humain et l'environnement sont potentiellement graves et irréversibles".

En savoir plus

En l’absence de données disponibles sur le plan national, l’analyse de l'Afsset se réfère à l’inventaire mis en place par le Woodrow Wilson Institute dans le cadre du NanoTech Project. celui-ci répertoriait, dans sa dernière mise à jour du 25 août 2009, plus de 1 000 nanoproduits sur le marché mondial. Ces produits sont répartis dans les catégories suivantes : santé et fitness : 605 produits ; maison et jardin : 152 produits ; électronique et informatique : 57 produits ; alimentation et boisson : 98 produits ; automobile : 68 produits ; électroménager : 37 produits ; produits pour enfants : 19 produits.

Pour la catégorie la plus importante, c'est à dire "santé et fitness", des sous-catégories ont été introduites : cosmétiques : 137 produits ; habillement : 155 produits ; produits de soin personnel : 193 produits ; articles de sport : 93 produits ; crèmes solaires : 33 produits ; filtration eau/air : 43 produits.

Ce sont les Etats-Unis qui sont à l'origine du plus grand nombre de nano-produits (540) suivi de l'Asie (240) puis de l'Europe (154). Enfin, la base de données du Woodrow Wilson Institute précise l’occurrence des nano-produits en fonction de la nature chimique du nano-composant et/ou nano-ingrédient. L'Afsset en résume les résultats :
l’argent est le plus répertorié avec près de 259 produits (53,6 %) ;
le carbone (nanotubes et fullerènes) est le second dans ce classement par nature chimique avec un total de 82 produits (17 %) ;
le titane (dioxyde de titane inclus) est présent dans 50 produits (10,4 %) ;
la silice est présente dans 35 produits (7,2 %) ;
le zinc (oxyde de zinc inclus) est présent dans 30 produits (6,2 %) ;
l’or est présent dans 27 produits (5,6 %).
Sachant que ces nanocomposants suscités ne sont présents que dans moins de la moitié des nanoproduits disponibles dans le commerce.

Sur le marché français l'Afsset a répertorié en 2008, 246 produits finis contenant des nanomatériaux (inventaire non-exhaustif). Lire le rapport complet.

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