Pierre Rabhi : pour une société où il ferait bon vivre

lundi 29 mars 2010 Écrit par  Claire Goujon-Charpy
Pierre Rabhi dans le film solutions locales pour un désordre globalLe film de Coline Serreau "Solutions locales pour un désordre global" sort le 7 avril 2010. à l'occasion de sa présentation à la presse nous avons recueilli les propos de Pierre Rabhi, fondateur du mouvement Colibris pour la Terre et l’Humanisme, un des témoins de ce documentaire engagé pour une autre agriculture dans un monde meilleur [ci-contre dans le film]

Il gèle à pierre fendre ce matin là, quand quelques protagonistes du film « Solutions locales pour un désordre global » entrent dans le cinéma parisien où va se dérouler l’avant-première. Pieds nus dans ses sandalettes malgré le froid mordant, un homme se faufile discrètement dans la salle.

Dans le film, on l’entendra fustiger la malbouffe, lot quotidien des citoyens d’aujourd’hui : « Bientôt, au début d’un repas, on ne dira plus « bon appétit ! », mais « bonne chance ! ». On le verra prôner les solutions alimentaires locales, y compris pour les habitants des villes : « Ceux qui sont en ville peuvent parfaitement se solidariser avec ceux qui sont à la campagne, et ainsi on fait un pont par-dessus toute la sphère affairiste ». Mais que pense cet homme humble, grand penseur de l’agroécologie et promoteur du retour à la terre nourricière, face au tourbillon d’un matin parisien ?

dd.magazine : Devant ces voitures, ces immeubles et cette activité grouillante, on est si loin du retour à la terre ! Pensez-vous que l’on puisse vraiment faire évoluer nos sociétés vers le respect de la nature et de l’humain ?

Pierre Rabhi : Nous sommes dans une société qui donne les pleins pouvoirs à l’argent. C’est l’argent qui détermine tout. On aura du mal à changer les choses tant qu’on ne prendra pas en compte le fait que la vie est plus importante que la finance. Moi, je prône la sobriété. Il faut avoir une vie sobre, réduire l’impact considérable que l’argent a sur nos vies. L’argent n’est pas à diaboliser, il est noble quand il permet des échanges, mais pas quand on tombe dans la spéculation, on le voit avec la crise que le monde traverse en ce moment. L’argent doit servir la vie. Ce n’est pas la vie qui doit servir l’argent. C’est à cette condition que nous pourrons construire une société dans laquelle il fait bon vivre, où la nature est respectée.

dd.magazine : Que dire aux jeunes d’aujourd’hui, souvent inquiets pour leur avenir et celui de la Terre ?

Pierre Rabhi : Ils sont pris dans une situation qu’ils ne maîtrisent pas, qu’ils n’ont pas choisie - comme toutes les générations avant eux, d’ailleurs. Mais je constate que de plus en plus de jeunes voudraient que leur vie ait du sens et je les encourage dans cette voie. Je pense qu’il est bon d’être exigeant sur le sens de sa vie : il faut mieux réussir une vie qu’une carrière. A chaque jeune homme ou jeune fille de s’interroger sur les activités qui répondent le mieux à sa vocation afin de trouver sa juste place dans la vie ; à chaque jeune homme ou jeune fille de réfléchir à ce qui le passionne. Et ce n’est pas forcément gagner beaucoup d’argent…

Pierre Rabhi chez luidd.magazine : C’est avec cette approche que vous avez pu lancer un projet comme le centre agro-écologique des Amanins, dans la Drôme ?

Pierre Rabhi : Les Amanins, centre qui regroupe une ferme, une école primaire, des hébergements et 55 hectares d’espaces naturels, a effectivement pu prendre naissance parce que Michel Valentin (NDLR : co-gestionnaire du centre et porteur du projet) et moi-même avons cherché à donner du sens à nos actions, tout comme ceux qui nous rejoignent. Notre but est de favoriser une relation équilibrée entre l’Homme et la Nature. Il me semble important d’y associer les jeunes générations. C’est pour cela que le centre des Amanins comporte une école. Nous nous interrogeons sur la planète que nous allons laisser à nos enfants, et aussi sur les enfants nous allons laisser à la planète... Ma fille Sophie tente actuellement une expérience similaire. Elle est en train de mettre sur pieds le Hameau des Buis, un écovillage dans lequel une école, la Ferme des Enfants, joue un rôle important. Je vous invite à visiter le site web de ce hameau et à vous intéresser de près à cette aventure !