Automobile électrique : vers la fin de la propriété de son véhicule ?

mercredi 14 avril 2010 Écrit par  Yves Heuillard

automobile Venturi EclecticUn plan de développement des véhicules hybrides et électriques, très largement subventionné par l'Etat, anticipe la disparition progressive du lien de propriété entre utilisateurs et véhicules. Les associations de défense de l'environnement critiquent cet investissement en faveur du déplacement individuel et réfutent la réduction substantielle de CO2. Ci-contre modèle Venturi Eclectic. Photo DDmagazine.

à l'initiative du gouvernement français une charte avec douze collectivités territoriales « pilotes » et les constructeurs automobiles PSA et Renault, a été signée le 13 avril 2010 pour s’engager sur le déploiement, d’infrastructures de recharge des véhicules électriques et hybrides rechargeables accessibles au public. Cette charte qui anticipe la disparition progressive du lien de propriété entre utilisateurs et véhicules fait l'objet de critiques. Les associations de défense de l'environnement réfutent la réduction substantielle de CO2 et préfèreraient des investissement en faveur des transports collectifs. 

Selon le communiqué conjoint du Ministère de l'Ecolgie et du Ministère de l'Industrie, "en 2030, le secteur de l’automobile aura profondément changé par rapport à celui que nous connaissons depuis le début du 20ème siècle : les véhicules thermiques, quoiqu’ encore nombreux, utiliseront peu de pétrole ; leur usage pourrait même être restreint dans les centres des grandes métropoles en raison des nuisances locales (pollution, bruit)".

L'histoire de la voiture électrique

De la jamais contente au roadster de Tesla Motors
De la Jamais Contente au roadster de Tesla Motors...

Selon ses promoteurs cette évolution serait rendue inéluctable par trois facteurs majeurs. D'abord la crise énergétique : la dépendance du transport au pétrole (50% de la facture pétrolière de la France) pose des problèmes économiques (déficit commercial) et géopolitiques (risques sur les approvisionnements pétroliers) qui ne feront que croître. S'ajoute la crise environnementale : le secteur des transports est un des principaux contributeurs en termes d’émissions de CO2 et de pollution locale ; il représente le quart de nos émissions, en accroissement de 22% depuis 1990. Enfin la crise du modèle économique actuel du secteur : celui-ci repose sur un renouvellement rapide des véhicules, dont l’utilité est remise en cause par les clients aujourd’hui en période de crise, et demain pour des raisons écologiques ; la location permet de remplacer des revenus ponctuels par un revenu régulier et de rentrer dans une économie de fonctionnalité.

La location : avantages et opportunités industrielles

La voiture électrique, bien que controversée sur le plan environnemental (voir plus loin), présente les particularités suivantes : sa construction est plus simple, son entretien est réduit, les prix de l'électricité sont régulés à un niveau bas, contrairement aux carburants qui sont hyper taxés. Si on laisse de côté les aspects environnementaux, les coûts d'exploitation d'une voiture électrique, énergie comprise, sont plutôt faibles face à ceux d'une autombile thermique.

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Par ailleurs la voiture électrique devient, batterie mis à part, quasi inusable. En conséquence, la voiture électrique pourrait signifier la ruine des constructeurs (moins de voiture), et celle de l'Etat (moins de taxe). Sauf si, à la manière du téléphone mobile, elle fait l'objet de concessions de la part de l'Etat, et devient propriété de consortiums réunissant constructeurs, exploitants, et fournisseurs d'électricité. Le consommateur, vous, moi, ne possède plus, mais loue. Et c'est autant de tas de ferrailles individuels en moins qui autrement sont la plupart du temps immobilisés, physiquement, et financièrement.

Avantage ultime, le facteur d'échelle : la nécessité d'avoir accès à une infrastructure de recharge, de stationnement, et de location, limite considérablement l'arrivée de nouveaux entrants. Seule ombre au tableau, la batterie, son prix élevé, sa durée de vie limitée. Qu'à cela ne tienne, une prime de 5000 euros pour les voitures émettant moins de 60g de CO2 par kilomètre rééquilibre les choses, en espérant à terme, des améliorations technologiques (batteries moins lourdes, plus durables, moins chères). Et grosse cerise sur le gâteau, le complément industriel de la voiture électrique, dont elle est d'ailleurs l'ambassadeur, c'est le nucléaire, domaine dans lequel nous sommes leader. Voilà comment l'Etat, protecteur de nos fleurons industriels, raisonne.

Amorcer la pompe

Pour mettre en oeuvre cette vision et amorcer la pompe, des aides ont déja été octroyées et d'autres plus importantes vont suivre. L’ADEME avait lancé deux appels à projets sur le véhicule électrique : le premier, lancé fin 2008, a permis de retenir 11 projets innovants pour 56,9 M€ ; un second appel à projets, doté de 50 M€, a donné lieu en juin dernier au dépôt de 35 nouveaux dossiers : l’ADEME annoncera prochainement les projets sélectionnés. 750 M€ ont été prévus dans le Grand emprunt pour développer les véhicules décarbonés. 250 M€ de prêts bonifiés sont prévus dans le cadre d'un Pacte automobile avec les constructeurs pour favoriser l'industrialisation de véhicules dits "décarbonnés" (l'épithète a été inventé par l'industrie nucléaire pour faire valoir une énergie à faible émission de CO2).

Une vision contestée 

Pour Michel Dubromel, Responsable Transports de France Nature Environnement (FNE) : "les constructeurs automobiles sont libres de leurs choix industriels. Mais que l’Etat et certaines collectivités locales se ruent sur ce marché, avec des investissements publics massifs, et sous couvert de développement durable, c’est largement oublier les besoins financiers des autres mobilités. Un kilomètre parcouru en transport en commun c’est deux fois plus d’emplois qu’un kilomètre en voiture ! "  Dans notre article La voiture électrique révèle deux visions différentes pour la planète  Michel Dubromel s'indignait : "la voiture « propre » crée autant d’embouteillages, de déchets et de routes qu’une voiture classique".

Une étude récente du cabinet CE-DELFT réalisée avec Les Amis de la Terre et Greenpeace montre que la mise sur le marché de voitures électriques, conduirait à une augmentation des émissions de CO2, sauf à les alimenter avec de l'électricité provenant de sources d'énergies renouvelables. L'étude montre aussi, que la vente d'une voiture électrique, permet à un constructeur de vendre 3,5 voitures thermiques fortement émettrices de CO2, tout en respectant ses objectifs de réduction (rappelons que le règlement européen sur les émissions de CO2 de voitures neuves, impose, d’ici 2015, une moyenne de 130 g de CO2/km pour l’ensemble des voitures vendues par chaque constructeur).

Un autre article de DDmagazine écrit par notre correspondant au sommet de Copenhague fait état des réserves du Professeur Banister, directeur du centre d'études de l'environnement de l'Université d'Oxford sur les voitures électriques. Celui-ci précise que les études menées à Oxford prévoient que des véhicules à pétrole pourraient émettre de l'ordre de 30g par kilomètre à l'horizon 2030, quand les véhicules électriques seraient cantonnés entre 80 à 170 g de CO2 par kilomètre sur l'ensemble de leur cycle de génération et de consommation de l'énergie.

Ceci étant posé, le plan national de développement des véhicules électriques et hybrides présenté par Jean Louis Borloo en octobre dernier précisait "qu'il convient de s’assurer que l’électricité de recharge du véhicule soit produite au maximum à partir d’énergie non fossile, pour assurer un bilan écologique optimal aux véhicules décarbonés. A cette fin, il est nécessaire de disposer de capacités de production d’électricité non carbonée suffisante et de se donner les moyens de gérer intelligemment la charge du véhicule : les compteurs intelligents et le dialogue entre le véhicule et sa borne de recharge offrent les solutions techniques à ces enjeux".

L'espoir du nucléaire

Vous avez bien lu : ici on parle d'énergie décarbonnée et là d'énergies renouvelables. C'est qu'au delà de la stratégie industrielle, de la vision des transports de demain, collectifs, partagés, ou individuels, dans lequel l'hypothèse d'une organisation sociale et d'un urbanisme nouveau, moins générateurs de déplacements, aurait sa place, le débat autour de la voiture électrique contient in fine celui sur le nucléaire, et celui sur la capacité des énergies renouvelables à fournir suffisament d'énergie. Mais avant même d'avoir lieu, le débat semble tranché.