Aluminium, radon, nitrates, pesticides... Vous avez dit "eau potable" ?

mardi 18 mai 2010 Écrit par  Yves Heuillard

Dans l'eau du robinet, de l'aluminium, des pesticides, du radon, des résidus de médicaments... Diffusé par France 3 dans le cadre de l'émission Hors Série de Marie Drucker, le documentaire "Du poison dans l'eau du robinet" réalisé par Sophie Le Gall et son équipe donne l'exemple d'un journalisme environnemental d'investigation encore trop rare.

Sophie Le Gall parcourt les DDASS (Directions départementales de l'action sanitaires et sociale), confond les maires, les préfets, les industriels, chefs de service des organismes de sécurité sanitaires, met en évidence l'omerta générale sur le sujet de la qualité des eaux potables. Le point d'orgue de l'émission est atteint lors de l'interview d'une responsable de l'Afssa (Agence française de sécurité sanitaire des aliments). Visiblement très gênée par les questions, le visage raidi, l'interviewée s'exclame, "mais coupez, coupez, coupez l'émission", ce qui en dit long sur le rapport habituel de l'administration à la presse.

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Le documentaire de Sophie Le Gall, est donc plus qu'un documentaire sur l'eau, il dénonce avec subtilité un système dans lequel l'information du citoyen passe après les intérêts économiques et politiques de quelques-uns. Il montre aussi, à tous niveaux, des hommes et des femmes, des scientifiques, des élus, des employés, des fonctionnaires, qui envers et contre tout ont le courage de dire la vérité.

Les principales révélations du documentaire

L'aluminium. De nombreuses communes traitent l'eau contre les dépôts organiques qui peuvent donner une coloration ocre ou verte, avec des sels d'aluminium. mais le dosage est difficile. Dans certains cas des résidus de sels d'aluminium se retrouve dans l'eau à des doses atteignant jusque 20 fois la dose considérée comme favorisant significativement (+50%) les chances de développer la maladie d'Alzheimer (100 ug/ litre selon Jean-François Dartigues, ancien chercheur au CNRS).

Le radon. Dans certaines communes du Limousin, le taux de radon dans l'eau est telle que l'expert de la Crrirad qui prend la mesure, revêt un masque au charbon actif. il mesure au point de captage une radioactivité de 255 000 becquerels par litres, un chiffres astronomique, du jamais vu; et le radon se retrouve dans le réseau d'adduction d'eau potable sans que les citoyens en soient informés. Rappelons que la radioactivité dans l'alimentation augmente le risque de cancer. Sont concernées les communes situées en zone granitique ou volcanique en général, et en particulier celles des régions riches en minerai d'uranium.

Nitrates / Pesticides. Dans les grandes plaines française (Beauce ou Brie par exemple) la concentration en nitrate et en pesticides est tellement au-dessus des normes que l'eau devrait être considérée comme non potable.

traitement d'un champ de blé

Certains maires informent, comme ils en ont l'obligation, la population ; d'autres pas. Les eaux obtiennent malgré tout, la qualité d'eau de potable par dérogation, à la condition que les municipalités s'engagent à résoudre le problème. La dérogation peut être obtenue pendant plusieurs périodes triennales de suite. Les maires les plus responsables mettent à disposition des femmes enceintes et des enfants en bas âge des bouteilles d'eau minérales. Le documentaire cite une association de onze familles de Mouthiers-sur-Boeme (Charente) qui a gagné son procès contre l'entreprise gestionnaire du réseau d'eau, et l'a contrainte à payer plus de 30 000 euros d'indeminités, pour couvrir les frais d'eau minérale (il faut garder vos factures d'eau en bouteille !).

Résidus médicamenteux. C'est une évidence, l'ensemble des molécules médicamenteuses, se retrouve dans les fleuves et les rivières, via leurs éliminations par les urines et les eaux usées. Le documentaire montre la faible efficacité des stations d'épurations dans ce domaine. Christophe Minier, directeur du Laboratoire d’Ecotoxicologie – Milieux Aquatiques (LEMA) au Havre, montre les effets des hormones femelles (liées par exemple à la consommation de la pilule contraceptive) sur la faune des rivières, la féminisation des espèces qui peut conduire à leur extinction. Une étude nationale est en cours sur le sujet.

Le journalisme, facteur essentiel de progrès

Sophie Le Gall peut être contente d'elle : dans certaines régions comme la Haute-Loire, la présence du radon dans l'eau est désormais stipulée ; certaines communes ont changé le traitement au sels d'aluminium par un traitement au sels de fer ; le directeur général de la santé, Didier Houssin, sur le plateau de Marie Drucker, a admis l'ambiguïté de certaines formulations dans les rapports d'analyses, et s'est engagé à publier le résultat d'études en cours sur les résidus de médicaments dans l'eau (voir plus haut). Il ne dément pas mais relativise les conclusions du documentaire, et souligne les progrès patents faits en matière de qualité bactériologique de l'eau.

François Veillerette, Président du Mouvement pour les Droits et le Respect des Générations Futures, administrateur du Réseau européen associatif anti-pesticides, est également présent sur le plateau. Il insiste sur le défi qu'il y a désormais à régler le risque chimique dans les eaux (dont le documentaire ne traite que quelques aspects) et rappelle, non sans malice, que les plastiques des eaux en bouteilles peuvent aussi diffuser dans l'eau des perturbateurs endocriniens.

Nous reste donc le pinard, du moins le pinard issu de l'agriculture biologique.

Photos Joost Nelissen & Ian hayhurst @flickr

6 Commentaires

  • Lien vers le commentaire dimanche 23 octobre 2011 Posté par jan

    je voudrais quand même dire que le nitrate n'est pas du tout un poison, cela à  été prouvé dans 6 universités Américaine et à  l'université de Liège!

  • Lien vers le commentaire jeudi 30 juin 2011 Posté par andrew FARR

    Le probleme des eaux en bouteilles en plastiques reste entier. Elles sont plus chere et elles polluent car elles ne sont pas recyclees. "notre ennemie c'est l'eau du robinet" ecrit le directeur de Pepsi Cola.
    Alors merci encore pour les recherches vers une eau de robinet de meilleure qualite mais ne jettons pas le bebe avec l'eau du bain!!

  • Lien vers le commentaire jeudi 26 mai 2011 Posté par yves

    merci de votre commentaire, mais vous tirez les mauvaises conclusions en militant pour l'eau minérale. L'eau minérale est un non sens écologique et économique. Il faut simplement défendre le droit à  une eau publique de bonne qualité, donc défendre le respect de l'environnement, un point c'est tout. Sinon vous devrez bientôt acheter aussi l'air en bouteille...

  • Lien vers le commentaire jeudi 26 mai 2011 Posté par Jo

    Je tiens à  remercier l'auteur de cet article car je n'étais au courant de rien de cela.
    Par contre, je peux rajouter que l'on retrouve également dans l'eau du robinet des résidus d'excréments, ce qui est mauvais pour la santé car ce sont tous les déchets de l'alimentation. Il n'y a pas meilleur moyen pour infecter une plaie.
    Comme quoi, on est vraiment pas du tout informé.
    Cet article m'a convaincue de ne plus boire l'eau du robinet ou, à  la limite, d'utiliser des filtres à  eau (et encore, je ne sais même pas si c'est suffisant).
    En lisant ça, j'imagine les nourrissons à  qui on donne de l'eau potable... Alzheimer, cancers, pesticides, molécules médicamenteuses et hormones... super! :(
    Mais bon, ça fait râler qu'on doive acheter de l'eau en bouteille ce qui coûte relativement plus cher alors qu'on a les capacités/moyens de fournir une eau potable à  tous.
    De plus, s'il y a tout ça? Comment se protéger? On ne peut pas vu qu'on est constamment en contact avec. Bientôt, on va devoir se laver les dents avec de l'eau minérale...
    Bref, merci pour cet article qui fait bien réfléchir.

  • Lien vers le commentaire samedi 22 mai 2010 Posté par H2O

    Le SITE DU MINISTERE EST HS on ne peut plus consulter les rapports sur l'eau... OMERTA vous disiez OMERTA.

  • Lien vers le commentaire jeudi 20 mai 2010 Posté par Suzanne Pommier

    Dans les Monts de la Madeleine entre Loire et Allier, les scories issues de l'extraction de l'uranium, il y a quelques décennies, sont toujours aussi dangereuses Les compteurs GEIGER s'affolent. Les eaux sont-elles impropres à  la consommation où bien ne savons-nous rien???

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