Gaz non conventionnels : eldorado à risques ?

vendredi 18 juin 2010 Écrit par  Nicolas Sivan

Abondants dans l'écorce terrestre, les gaz dits « non conventionnels » sont extraits par fracturation hydraulique ou « fracking ». Une méthode qui est loin de faire l’unanimité.

D’ordinaire, le gaz naturel est retenu dans de grandes cavités souterraines. Pour l'extraire, il suffit de forer: une fois la poche percée, le gaz remonte du fait de la pression. Moins connus, les gaz dit non conventionnels (ou shale gas en anglais) sont contenus dans de petites anfractuosités d’une roche très imperméable, par exemple le schiste. Là, il ne suffit plus de creuser jusqu’à atteindre une cavité, il faut également provoquer de violents chocs afin de briser la roche. Depuis quelques années, des avancées technologiques (le forage horizontal notamment) permettent d'exploiter ces méthodes à grande échelle.

Forage (gaz non conventionnels)

Ces shale gas sont une aubaine pour les compagnies gazières car ils représenteraient des réserves de 448 milliards de m3 réparties à travers le monde. Pour les exploiter, les industriels creusent un puits d’abord vertical puis horizontal, afin d’augmenter la surface d’exploitation. Ensuite, un mélange d’eau, de sable et de produits chimiques y est injecté à haute pression. Cela créé des fissures dans le sous-sol qui libère le gaz. Un petit tremblement de terre en somme. Pour finir, il ne reste qu’à récupérer le gaz à la surface.

Voici un schéma explicatif (légendes en anglais).

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Une méthode critiquée

L’extraction des gaz dits « non conventionnels » par fracturation hydraulique est la cible de nombreuses critiques de la part des riverains de champs gaziers et des associations de défense de l'environnement. Notre lecteur pourra, à ce propos, se reporter à notre article "Gasland, faut-il avoir peur du gaz qui dort?". Le problème majeur vient de la possible pollution des nappes phréatiques par les hydrocarbures. Mais en l’absence de preuves scientifiques solides, les industriels nient toute corrélation entre leurs méthodes et les pollutions que connaissent les villes riveraines des zones d’exploitation. 

Pollution de l'air

Dans la ville de Dish, au Texas, les forages ont débuté en 1982, mais n’ont pris de l’ampleur que depuis 2002. C’est là que les problèmes ont commencé. Selon un article du Scientific American(1), des analyses montrent que l’air y contient des substances toxiques à des quantités bien au-dessus des normes. On y trouve notamment du benzène à des doses cinquante fois supérieures à celles autorisées par la Commission Texane pour la Qualité de l’Environnement ; et aussi des pyridines (substances potentiellement cancérigènes), du xylène et des disulfures de carbones (neurotoxiques) y dépassant jusqu’à 384 fois les normes de sécurité.

Pollution de l'eau

Un extrait du documentaire GaslandEn ce qui concerne la pollution de l’eau, les suspicions sont multiples. D’une part, les gaz libérés remonteraient à travers le sol et pollueraient les nappes phréatiques. Atteignant ainsi le réseau de distribution d’eau potable. Un phénomène illustré dans le documentaire Gasland, par un habitant d’une zone concernée enflammant l’eau de son robinet (photo ci-contre). D’autre part, les produits chimiques utilisés lors de l’extraction se répandraient également dans les réserves d’eau potable des environs. Des tests effectués dans le Wyoming(2) révèlent la présence de substances chimiques utilisées lors du « fracking » dans l’eau potable. Les scientifiques ont également dénoté la présence d’essence, de gaz et de métaux dans 11 des 39 puits testés.

Est-il possible d'extraire les gaz non conventionnels sans danger?

Forage (extraction de shale gas)En 2005, le gouvernement américain exempte l’extraction des shale gas du Clean Water Act. Celui-ci impose de nombreuses réglementations aux industries liées à l’eau. En effet, ces nouvelles réserves de gaz représentent une manne financière très importante pour les pays n’ayant pas de ressources conventionnelles. Ils réduisent leur dépendance énergétique, et limite leurs émissions de CO2 (par rapport au charbon ou au pétrole).

D’après Calvin Tillman, le maire de Dish, « les industriels tentent d’introduire leurs pipelines dans le sol si vite qu’ils ne le font pas proprement ». De plus, les réglementations sont peu contraignantes : « Comme personne ne contrôle, on ne sait pas si ce qui est fait sous terre est fait correctement ». En ce qui concerne les rejets dans l'air, des unités de filtrage existent. Elles permettent de traiter 95 pour cent des émissions d’un site. Mais peu d’états rendent leur installation obligatoire. Ce qui, au grand dam de Calvin Tillman, n'est pas le cas du Texas.

Mais est-il possible d’extraire ces gaz dits "non conventionnels" sans risques? Rien n’est moins sûr. D’après le New York Times(3), les services environnementaux de la ville de New York auraient « recommandé à l’état de bannir les forages par fracturation hydraulique car ils risquent de contaminer les réserves d’eau desservant la ville ». La lutte contre les shale gas a un autre allié de poids : Robert Kennedy Junior. Avocat spécialisé dans le droit de l'environnement, il n'hésite pas à dire que l'industrie du gaz naturel est « totalement indigne de confiance »(4).

Les gaz non conventionnels  en Europe

Selon une étude réalisée par E.ON, l'un des géants de l'énergie, les réserves d’Amérique du Nord seraient estimées à 109 milliards de mètres cubes, alors que celles de l’Europe ne seraient que de 16 milliards. Mais même de petites réserves permettraient de diminuer les importations, et donc de réduire les coûts. Tout est bon à prendre. Ainsi Total va prospecter(5) dans la région de Montélimar, alors que Eurenergy Resource s’est offerte une concession de 5000 m2 en Moselle(6). Selon François Laurant, de l’Institut Français du Pétrole, « il y a beaucoup de shale gas en France ». Une assertion peu rassurante, mais qui contredit l'étude E.ON très réservée sur l'avenir des gaz non conventionnels dans nos régions.

Références:
(1)"What the frack?", site du Scientific American, le 30 mars 2010.
(2) "EPA: Chemicals found in Wyoming...", site du Scientific American, 29 août 2009.
(3) "City officials say drilling in watershed has risks", site du NY Times, le 23 décembre 2009.
(4) "Robert Kennedy Jr., environmentalists hear of gas woes in Dimock", site du Times Tribune, le 4 juin 2010.
(5) "Le gaz non conventionnel bouleverse le marché mondial", site de La Croix, le 3 mai 2010.
(6) "Realm announces concessions in Poland...", naturalgasforeurope.com, le 16 juin 2010.

Crédits photos: Arimoore @flickr, Josh Fox, Winkydo @flickr, Peffs @flickr.

3 Commentaires

  • Lien vers le commentaire vendredi 15 avril 2011 Posté par heptan

    A lire votre nom, je devine que vous n'habitez pas en France. Je devine également que pourir notre sous sol et notre eau potable vous importe peu.
    Ce sont les foreurs comme vous, menteur et dangereux qu'il convient d'éradiquer au plus vite. c'est une question d'intérêt public.

  • Lien vers le commentaire mercredi 15 décembre 2010 Posté par juliah

    il y a confusion shale gas = gaz de schiste, ce n'est pas la traduction de gaz non conventionnel (unconventional gas tout simplement) mais un des différents gaz non conventionnel avec le gaz profond, les zones geopressurisées, les hydrates de méthane et le CBM

  • Lien vers le commentaire lundi 28 juin 2010 Posté par Trevor J. Murphy

    Malgré les concernes environnementales, les gaz non conventionnels deviennent de plus en plus importantes dans les domaines d'énergies. En Europe, ainsi qu'aux Etats-Unis, les gaz non conventionnels seront des forces majeures qui inciteront un mouvement vers l'indépendance énergétique. En Pologne, par exemple, des compagnies de gaz géantes comme ConocoPhillips, ExxonMobil, Talisman Energy et Chevron font des recherches sur ces gaz. Ceci indique que ce pays pourrait être un des premiers en Europe qui aurait la chance de briser le monopôle aux mains des compagnies tel que Gazprom sur l'import des gaz. Si vous aimeriez de faire plus de lecture sur les gaz non conventionnels en Europe, je vous suggère ce lien : http://www.naturalgasforeurope.com

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