Pétrole : peut-on poursuivre les forages à risques ?

mercredi 07 juillet 2010 Écrit par  Nicolas Sivan

Plate-forme de forage
Andrew Sharpless, président d’Oceana, une ONG pour la protection des océans demande l’arrêt des forages offshore. Il répond aux sceptiques pour qui la catastrophe causée par BP ne remet rien en question.

La catastrophe due à l'explosion de la plate-forme de forage Deepwater-Horizon exploitée par BP dans le Golfe du Mexique soulève de nombreuses questions. A l'heure où nous écrivons ces lignes, il n'est pas tout à fait sûr qu'il sera possible d'arrêter la fuite, et nous ne savons pas ce que seront ses conséquences à moyen terme, si tant est qu'on puisse les mesurer. Lors du colloque TedxOilSpill qui vient de réunir des personnalités de tous bords sur le sujet de la fuite de pétrole dans le golfe du Mexique, Andrew Sharpless, de l'ONG Oceana, explique pourquoi la catastrophe n'est pas un simple accident et ce qu'il convient de faire maintenant. 

Ce désastre de Deepwater Horizon n’est-il pas l’équivalent d’un accident d’avion ? On n’arrête pas le trafic aérien quand un avion se crashe...
Andrew Sharpless - Non, ce n’est pas comme un accident d’avion. Lors d’un crash, la plupart des victimes sont ceux qui étaient dans l’avion. Ici, les victimes sont les millions de personnes vivant dans le Golfe. Ici, on est plus proche de la situation où un type fait un feu de camp pendant la période sèche, et brule une forêt entière. C’est pourquoi il y a des lois contre les feux en forêt en été: pas parce que tous les campeurs mettent le feu à leur tente, mais parce qu’un seul suffit.

Actuellement, il y a 3600 plateformes d’extraction dans le golfe. Voulez-vous toutes les fermer ?
A.S - Nous n’appelons pas à la fermeture des plateformes, seulement à l’arrêt des forages. Une fois qu’ils sont terminés, les risques de fuite diminuent.

Le problème n’est-il pas lié qu’aux forages en eaux profondes ? Ne peut-on pas continuer dans les zones peu profondes ?
A.S - Les forages océaniques en eaux peu profondes sont très risqués. L’un des trois plus grands désastres liés aux forages, Ixtoc 1, n’était qu’à une centaine de mètres de profondeur. [Sharpless ajoute que l’été dernier, une explosion au puits Montara au large des côtes australiennes a dispersé des millions de litres de pétrole en 10 semaines avant qu’un puits de secours ne permette d’arrêter la fuite. Montara n’était qu’à 80 mètres de profondeur.]

Ne devons-nous pas continuer les forages océaniques pour que l’essence reste à des prix abordables ?
A.S - Non. Nous (les USA) importons 60% de notre pétrole. Quand BP, ou toute autre compagnie pétrolière, découvre du pétrole au large des côtes américaines, le vendent-ils à de meilleurs prix ? Ou au prix que nous avons déjà accepté de payer ? Les prix du marché sont établis à un niveau mondial. Tout ce qui est puisé dans les eaux américaines est vendu au prix du marché. Alors les personnes qui ont chanté « Creuse, bébé, creuse ! » il y a deux ans de ça, en pensant que ça ferait baisser les prix, se sont trompés.

N’avons-nous pas besoin des forages pour obtenir notre indépendance énergétique ?
A.S - Il y a une voie vers l’indépendance énergétique, mais qui ne passe pas par le forage, que ce soit dans la mer ou sur la terre. Comme le président Obama l’a dit, nous ne pouvons pas forer notre voie vers l’indépendance. Mais nous pouvons devenir énergétiquement indépendants. [Sharpless ajoute que les USA consomment 20% du pétrole mondial, mais n’ont que 2% des réserves.]

Ces forages ne créent-ils pas des emplois ?
A.S - Ce désastre prouve une chose : si vous pensiez que creuser dans l’océan était bon pour les boulots, vous aviez tort. 300 000 emplois liés à la pêche et au tourisme dans le golfe ont déjà disparu. Les investissements propres créent trois fois plus d’emplois que les autres par dollar investi.

Si nous ne faisons pas de forages, ne risquons-nous pas de les déplacer vers de endroits plus risqués ?
A.S - Les Etats-Unis devraient être les premiers à arrêter. La politique du « nous ne pouvons pas nettoyer les océans tant que le plus pauvre, le plus lent, le plus sale et le plus corrompu des gouvernements ne le fait pas aussi », n’est pas la voie que nous voulons suivre.

Si les éoliennes off-shore sont une si bonne idée, pourquoi n’en installe-t-on pas plus ? 
Devinez qui a reçu l’autorité pour l’installation d’éoliennes off-shore le long des côtes américaines ? La Minerals Management Service, l’organisation qui a approuvé la création du Deepwater Horizon.

L’énergie océanique est super, mais je n’utilise pas d’électricité pour faire rouler ma voiture.
A.S - Et bien je pense que cela viendra un jour.

 

Sur le même sujet :

Que se passe-t-il quand BP renverse le café?
Marée noire : les photos que BP ne vous montre pas
Redessinez le logo de BP (concours Greenpeace)
BP pourra-t-il colmater la fuite de pétrole dans le Golfe du Mexique ?
BP contre la marée noire : les ouragans pourraient tout compromettre

 

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'indiquer votre nom.
Le code HTML n'est pas autorisé.