Réseau électrique intelligent ou smart grid : explications

lundi 12 juillet 2010 Écrit par  Yves Heuillard
Le réseau électrique intelligent, ou "smart grid" recèle un immense potentiel d'économies d'énergie, réduit les investissements dans l'infrastructure du réseau électrique, et minimise les émissions de CO2. Comment ça marche ?

Savez-vous seulement quelle économie vous feriez en réglant correctement la mise en veille de vos ordinateurs, combien votre maison consomme quand vous n'y êtes pas ? combien vous coûte le lavage d'une vaisselle ? Vous n'en savez strictement rien. Et ce pour une raison très simple, votre consommation électrique n'est relevée que périodiquement, qaund elle n'est pas simplement estimée. Le premier objectif d'un compteur intelligent c'est de vous donner avec précision votre consommation, en temps réel, éventuellement pour chaque appareil électroménager, et de conserver les données de consommations dans le temps de manière à vous offrir des outils d'analyses.

En pratique le compteur intelligent est fait de capteurs, d'outils de transmission, idéalement via une communication internet vers votre ordinateur, votre PDA ou votre téléphone mobile. Continuons à l'appeler compteur pour simplifier notre propos, mais vous aurez compris qu'il n'a plus rien à voir avec ce que nous connaissons. 

Supposez maintenant, qu'à chaque instant, votre compteur électrique devenu intelligent décode les caractéristiques de prix et de provenance de l'électricité. Et votre machine à laver de se déclencher quand le prix du kilowattheure est au plus bas, ou quand il provient des éoliennes de votre voisin qui vous le rendra bien demain, lorsque votre toiture solaire, fournira des kilowattheures à pleins tubes.

L'intelligence n'est plus alors confinée à votre seul compteur, mais c'est le réseau tout entier qui devient réseau intelligent de distribution d'électricité, en anglais, smart grid. Il permet d'installer moins de centrales d'appoints (simplement nécessaires pour absorber les pics de consommation), moins de lignes électriques (la charge est mieux répartie sur la journée), de faire des économies en adaptant parfaitement la consommation à la production (aujourd'hui on procède de façon inverse) et de polluer moins par kWh généré. La mesure précise, en temps réel, des consommations des ménages, des enterprises et des collectivités locales permet d'envisager des plans d'économies, par une optimisation de l'existant ou par l'utilisation de nouveaux appareils.

Une étude de Capgemini (1), réalisée sur 15 pays européens, avance une baisse de consommation possible de 200 TWh/an à l’horizon 2020. C'est la consommation résidentielle combinée de la France et de l'Allemagne. A ceci s'ajoute l'économie de 100 millions de tonnes de CO2 par an, et une économie d'investissement de 50 milliards d'euros dans des petites et moyennes unités de production électriques destinées à assurer la couverture des pics de demande. 

Les réseaux intelligents contiennent donc en germe des économies fabuleuses.  Pour bien comprendre il faut simplement garder ceci en tête. Le prix moyen de l'électricité vendu en gros est de l'ordre de 50 euros le mégawatt-heure ; le prix de gros de l'electricité en période de pointe peut dépasser 300 euros par mégawatt-heure. Parallèlement l'augmentation de la capacité de production des énergies renouvelables (hydraulique,éolien, photovoltaïque) à partir d'une multitude de sources rend cette adapation de la production à la demande encore plus compliquée. Le réseau intelligent resoud l'équation de manière vraiment simple.

Reste à savoir qui va en profiter. En théorie tout le monde devrait en profiter : les producteurs d'électricité, les distributeurs, et les consommateurs. Reste à savoir qui va faire les investissements. Toutes les annonces concernant ce secteur, résulte d'une ambition de l'un des acteurs de s'approprier la meilleure part du gâteau des économies potentielles. Viennent s'y ajouter des prestataires d'un nouveau genre, qui intermédiaires entre le consommateur et les industriels, voudraient à la fois facturer le consommateur final en leur fournissant la technologie pour suivre, analyser, et optimiser sa consommation, et aussi les fournisseurs d'électricité pour réduire la demande du réseau au moment des pics de consommation.

Mais nos industriels du secteur, avec les organismes de régulations du marché de l'électricité, trouvent qu'il serait dommage de laisser le choix des normes de communication et de mesures aux seuls américains (2). Alors les Shadoks (3) se remettent à pomper, à 250 autour d'une table, concoctent des plans, des lois, des règlements, des normes, des consortiums, soufflés par des intérêts d'avant hier. Pendant ce temps, Google (un exemple américain parmi bien d'autres), avec son logiciel gratuit, peaufine les stratégies, qui lui permettront d'en tirer des milliards de dollars et de les partager (un peu) avec ses partenaires. Par chance, le développement durable contient une dimension sociale et environnementale à laquelle, les seules technologies ne peuvent répondre : il faut réinventer nos modes de vie. Et si L'Europe traîne à se lever le matin, c'est parce qu'elle se pose les bonnes questions : où sont les vraies richesses, de quoi avons-nous vraiment besoin ? Y répondre c'est reprendre une longueur d'avance sur les pays émergents.

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