Le business mortifère de l'amiante continue

mercredi 21 juillet 2010 Écrit par  Yves Heuillard

Mine d'amiante à ciel ouvert de Asbestos au QuébecInterdite ou strictement limitée dans plus de 50 pays, l'amiante continue à être utilisée en Chine, en Inde, en Russie, au Brésil, et dans de nombreux pays en voie de développement. C'est ce que rapporte Dangers in the dust (en français Dangers dans la poussière), un document du Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ) et de BBC International News Service. [Ci-contre mine d'amiante de Asbestos au Québec, vue avec Google Earth]

Le document révèle qu'un réseau international d'associations et d'instituts, subventionné par l'industrie et représenté à Montréal, à Mexico, à New Delhi, et dans d'autres villes, a dépensé environ 100 millions de dollars pour promouvoir le commerce de l'amiante (1), à la manière des fabricants de tabac : créer le doute, contester les litiges, retarder ou affaiblir les réglementations.

Document sur le commerce de l'amiante

En conséquence certains experts prédisent plus d'un million de morts d'ici 2030, particulièrement dans les pays émergents. Les premiers cas de maladies pulmonaires dues à l'amiante ont été décrits en 1906 (2) et on sait depuis plus de 50 ans, que l'amiante cause le cancer des poumons et le mésothéliome. En France son utilisation n'a été interdite que depuis 1997, et les victimes, ou les familles des victimes, ont toujours du mal à faire reconnaître les responsabilités.

L'amiante issue de la chrisotyle (les fibres d'amiante proviennent de 6 minéraux différents, dont, depuis toujours, principalement la chrisostyle) continue à être produite au rythme de 2 millions de tonnes par an. Parmi les grands pays producteurs, le Canada, la Russie, le Brésil en fournissent à peu près les trois quarts (3). Toujours selon le documentaire de ICIJ et BBC, La Chine et l'Inde paieront le plus large tribu en terme de vies humaines. En Inde la consommation d'amiante augmente de 30% par an (4).

"La campagne de promotion de l'industrie est totalement immorale" s'indigne Jukka Takala, directeur de l'Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail interviewé dans le document Dangers in the Dust. L'industrie de son côté prétend que bien employée l'amiante blanche, la forme d'amiante utilisée aujourd'hui et issue de la chrisotyle, "peut être mise en oeuvre sans risque et que ses substituts coûteraient bien plus chers tout en générant leurs propres risques". Des chercheurs, acquis à l'industrie, ont publié des centaines de rapports montrant que la "poussière d'amiante est rejetée par les poumons, qu'elle peut être intégrée au ciment sans risque, et qu'il n'y a pas de lien avec le mésothéliome, peut être certains liens avec le cancer du poumon"...

Pour Alex Burdorf, professeur spécialiste de la santé publique au Rotterdam's Erasmus Medical Centre, l'amiante blanche, issue de la chrysotile, est aussi dangereuse que les autres formes d'amiante, et il n'y aucun moyen de rendre son usage sans risque.

Reportage de la BBC sur le commerce de l'amiante

Le document Dangers in the dust sera diffusé par BBC World service (radio) et BBC World News (télevision et web) et ce mercredi 21 juillet, ainsi que sur le site ICIJ.org et ceux des publications partenaires dans le monde entier.

Pour mémoire, l'usage de l'amiante est interdit en Europe (sauf pour quelques applications), il est autorisé aux Etats-Unis mais l'industrie y a perdu 70 milliards de dollars en réparation des préjudices aux travailleurs, et l'amiante n'est plus utilisée que pour la fabrication des plaquettes de freins des autos et des avions, et pour les joints. Selon l'OMS 90 000 personnes meurent chaque année des suites de leur exposition à l'amiante (5). Au Quebec, où se trouve la plupart des mines d'amiante du Canada, dont celle d'Asbestos, le taux de mésothéliome est l'un des plus élévés au monde.

Références
[1] Dangers in the Dust , présentation par Jim Morris, de ICIJ
[2] Par l'inspecteur du Travail Denis Auribault. Il étudie des cas mortels survenus parmi des travailleurs après quelques années d'exposition dans l'usine de Condé sur Noireau en Normandie (source Association SOS Amiante).
[3] Source : USGS, 2008 Minerals Yearbook, asbestos (PDF)
[4] Interview de Murali Krishnan/ICIJ avec Asbestos Cement Products Manufacturers’ Association.
[5] Asbestos: The magic mineral that was once Canada's gold

 

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