Changement climatique : le retour du Docteur Folamour

vendredi 20 août 2010 Écrit par  Nicolas Sivan

Moyen de la dernièer chance pour refroidir la planète : injecter du soufre dans l'atmosphère

Publié dans le New Scientist au début de l'été, l'article du Professeur Clive Hamilton titré « An evil atmosphere is forming around geoengineering » (Une atmosphère maléfique se forme autour de la géo-ingénierie), fait froid dans le dos. L'universitaire, réputé pour son implication contre le réchauffement climatique, y traite des techniques envisagées par certains scientifiques pour contrer le réchauffement planétaire de manière artificielle.

Depuis des dizaines d'années, nous savons que des phénomènes géologiques importants peuvent modifier la nature de notre atmosphère. L'explosion du mont Pinatubo en 1991 – la plus puissante du 20ème siècle – a entrainé un refroidissement global de la Terre d'environ 0,5°C pendant plus d'un an.

Clive Hamilton

Clive Hamilton Né en Australie en 1953, Clive Hamilton est Professeur d'Ethique publique au CAPPE, Centre australien de Philosophie et d'Ethique publique appliquées.

Fondateur de The Australia Institute, un groupe de réfléxion progressiste, il est réputé pour son engagement contre le réchauffement climatique.

Il est l'auteur de plusieurs ouvrages critiques sur le capitalisme et le consumérisme comme Growth Fetish , Affluenza et plus récemment Requiem For A Species : Why We Resist The Truth About Climate Change.

Lien vers son site internet.

Aujourd'hui, plusieurs groupes d'influence convergent vers l'idée d'agir sur la température terrestre de manière artificielle, comme le feraient des explosions volcaniques. Soit en augmentant la capacité des océans à dissoudre le CO2 atmosphérique (quitte à le rendre acide), soit en bloquant les rayons du soleil par injection de gaz dans la stratosphère (quitte à rendre le ciel jaune). Pour Clive Hamilton, qui dénonce l'énormité de ces propositions, manipuler le climat est maintenant d'un intérêt majeur pour des « sociétés scientifiques, des entreprises capitalistes, ainsi que des groupes de réflexion conservateurs ». Dans son article, il dénonce des intérêts économiques qui passent avant tout le reste.

Car bien évidemment, agir de cette façon reviendrait beaucoup moins cher aux industriels que de devoir réduire leurs émissions de dioxyde de carbone. C'est même plus facile pour nous tous. Cette « approche à couper le souffle par son audace et sidérante par son arrogance » révulse le professeur de sciences éthiques.

Tenter de prendre le contrôle du climat plutôt que de modifier nos modes de vie est impensable : « Recourir à la géo-ingénierie pour contrer le réchauffement climatique dû aux hommes est une tentative inconsciente d'une espèce de découpler le grand processus qui lie la composition de l'atmosphère et  la température de la Terre... Au lieu de découpler la croissance de l'économie de celle des émissions de gaz carbonique, un lien vieux de seulement deux siècles, les ingénieurs du climat veulent découpler le réchauffement climatique de celui des émissions de gaz à effet de serre, un lien vieux comme l'origine du monde ». De tels agissements ne peuvent que se retourner contre nous, explique Clive Hamilton. 

Le professeur Hamilton assure qu'en agissant ainsi, nous serions coupables d'hubris. Le crime ultime dans la Grèce antique : se croire au-dessus des Dieux. Et qui implique immanquablement un châtiment divin. « Les Grecs savaient parfaitement que l'hubris, qui s'oppose à l'ordre divin de la nature, entraîne un juste retour des choses ». Cette phrase d'Aldous Huxley résume à merveille la pensée générale qui se dégage de l'article. Nous ne pouvons, en aucun cas, choisir la facilité et se servir de nos techniques pour modifier notre planète à notre guise. Au risque de tout perdre.

Télécharger l'article complet en anglais sur le site de Clive Hamilton. Titre original : "The return of Dr. Strangelove", soit en français Le retour du Docteur Folamour (1).

(1) Dr. Folamour est le héros du film éponyme de Stanley Kubrick. Il s'agit d'un transfuge du régime nazi vers les Etats-Unis, qui n'a absolument aucun doute sur le pouvoir de sa science. Le personnage serait inspiré d'Edward Teller, que l'on qualifie de « père de la bombe H », et qui fut un fervent défenseur de la géo-ingénierie. (En savoir plus : Lien vers la page Wikipédia .)

Photo d'ouverture licence CC: My silent side / Brian K @Flickr

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1 Commentaire

  • Lien vers le commentaire jeudi 04 octobre 2012 Posté par beta-bloquant

    La responsabilité n'est pas réellement seulement des pouvoirs ou des industriels, ils ne font que répondre aux demandes des gens. C'est les comportements individuels qui font que l'équation est insolvable, tant qu'il y a de la demande. Il y a de l'offre. En plus faut être clair, il une telle pression des lobbyistes sur ce sujet que maintenant c'est trop tard, les cartes sont brouillés. Essayez de parler de réchauffement à  votre entourage, même de manière éducative, vous passerez pour un illuminé. Pour moi les sceptiques ont gagné la bataille médiatique, et il faudra des drames pour espérer, et encore vu la masse d'argent consacré à  dénigrer l'anthropie humaine dans le mécanisme de réchauffement, que même avec des pays rayés de la carte, des morts et des conséquences sociales, on trouvera bien un bouc émissaire pour porter la responsabilité.

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