Hausse du prix de l'électricité : où est le coupable ?

mercredi 27 octobre 2010 Écrit par  Yves Heuillard

Lignes électriques à haute tensionSi l'électricité augmente de 3% ce serait la faute au solaire ? La preuve, regardez votre facture EDF. Cherchez-y la mention d'une taxe dite CSPE. Ce serait la fautive, car instituée en 2003 elle est censée compenser aux opérateurs qui les supportent, entre autres surcoûts, ceux résultants des politiques de soutien au solaire photovoltaïque. Et comme on se rue sur l'installation de panneaux solaires pour profiter de tarifs de rachat avantageux, eh bien il faudrait augmenter de ce fait la CSPE. Est-ce si simple ?

D'abord il faut dire que la dite CSPE, plus précisémenet la taxe de contribution au service public de l'électricité, ne sert pas qu'a soutenir le solaire. La CSPE sert à financer les politiques de soutien aux énergies renouvelables de manière générale. Elle sert aussi au soutien de la cogénération (production conjointe de chaleur et d'électricité).

Mais ce n'est pas tout; elle sert aussi à couvrir d'autres surcoûts : une partie de ceux résultant de l'achat par d'EDF d'électricité pour subvenir aux périodes de pointes ; les surcoûts de production dans les zones non interconnectées au réseau électrique métropolitain continental, dus à la péréquation tarifaire nationale (Corse, départements d'outre-mer, et autres îles proches ou lointaines) ; les pertes de recettes en raison de la mise en oeuvre de la tarification spéciale 'produit de première nécessité' et de la participation des fournisseurs d'électricité au dispositif institué en faveur des personnes en situation de précarité ; une partie des charges liées au tarif "TARTAM", qui permet aux industriels de se rapprocher des tarifs de l’électricité réglementée sans pour autant changer de fournisseur, et ce au frais de la solidarité nationale. A l'inverse il faut savoir aussi que la CSPE est plafonnée pour les gros clients industriels.

Quelques chiffres : les seules aides à la cogénération seront de l'ordre de 668 M€ en 2010 contre 120 M€ pour le solaire photovoltaïque (moins de 800 MW connecté). L'association de professionnels du solaire Enerplan rappelle que la part du photovoltaïque dans la CSPE coûtera en 2010 à un ménage moyen - qui consomme 3500 kWh/an - moins d’un euro par an, et guère beaucoup plus en 2011 : nous sommes très loin de la nécessité d’augmenter le prix de l’électricité de 3 % pour financer les seuls kWh solaires.

Où est le coupable ?

graphique des prix de l'électricité pour les ménages en euros constants

Il convient d'abord de comparer nos prix de l'électricité au prix de l'électricité en Europe. Ils sont parmi les plus bas. En euros constants, depuis les années 1970 le prix de l'électricité a largement baissé (source : Observatoire de l'industrie électrique). Parallèlement les charges d'exploitation et de rénovation de centrales nucléaires conçues à l'origine pour durer 20 ans, puis prolongées à 40 ans et bientôt davantage, ont augmenté considérablement. Les investissements dans le réseau de transport de l'électricité sont également nécessaires. 

Notons surtout que la loi française dite "Nome", votée cet automne, oblige EDF à vendre à prix coûtant jusqu'à 25% de son électricité nucléaire à ses concurrents : une perte énorme pour l'opérateur historique sans commune mesure avec l'impact du photovoltaïque qui représente une goutte d'eau dans un océan d'augmentation des charges et de baisses de revenus. Le manque à gagner pour EDF est de l'ordre de 1 milliard d'euros pour chaque centimes de marge brute par kWh que l'opérateur, vendant à prix coûtant, ne fera pas (notre calcul).

Ne parlons pas des déboires d'EDF outre-atlantique où il serait obligé d'acquérir les centrales thermiques de son partenaires Constellation pour près de 1,5 milliards d'euros et de poursuivre seul son projet nucléaire (voir ici un excellent article de La Croix).

Enfin les détracteurs de l'énergie solaire se gardent de rappeler que sans les gigantesques subsides de l'état au développement du nucléaire de la fin des années 60 jusqu'aujourd'hui, il n'y aurait pas d'industrie nucléaire. Les aides octroyées au solaire photovoltaïque, via les tarifs de rachat, peuvent être critiquées à plus d'un titre, mais elles sont nécessaires au développement d'une filière photovoltaïque dont les perspectives mondiales à court terme sont faramineuses. Rappelons que le prix du kWh électrique solaire devrait être compétitif avec celui du nucléaire et celui issu des combustibles fossiles avant la fin de la décennie.

Rappelons enfin que Monsieur Pierre Gadonneix, ancien Président d'EDF, évoquait en 2009 une augmentation nécessaire de 20 % des prix de l'électricité sur trois ans, provoquant des cris d'orfraie et... son limogeage. Le voilà le donc le coupable : mieux vaut, pour ménager des intérêts nombreux et souvent opposés, des embrouillaminis législatifs, administratifs et financiers de toutes sortes associés à une communication simpliste, plutôt que l'expression de la vérité économique la plus évidente. 

Photo d'ouverture en licence CC par Zorba the Geek