Poissons : pour une consommation durable

jeudi 22 mai 2008 Écrit par  Alexandra Lianes
peche-durable.jpgLa course aux produits de la mer est devenue insoutenable pour la biodiversité marine. Selon la FAO (organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture), 52 % des trois quarts des réserves halieutiques sont exploitées au maximum de leur capacité biologique ; 24 % sont surexploitées et épuisés ou sont en cours de renouvellement. Seulement 3 % des stocks mondiaux sont sous exploités. Les chercheurs estiment que les espèces les plus couramment pêchées actuellement pourraient avoir disparu d'ici 2050 si aucune mesure n’est prise aujourd’hui. En tant que consommateur nous pouvons faire la différence. Comment s'y prendre ? DD magazine a enquêté pour vous.

Chaque français consomme en moyenne 35 kilos de poisson par an. Une quantité bien supérieure à la moyenne européenne qui s'élève à 22 kilos pour 16,5 kilos de moyenne mondiale. Et pourtant, M. Philippe Gros, responsable exploitation durable à l'Ifremer (Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer) explique « la production nationale ne couvre qu'un tiers des besoins » et seulement 15 % de la demande selon le WWF France. Cette situation place la France au 5e rang des pays importateurs de poissons après le Japon, les Etats-Unis, l'Italie et l'Espagne (Source Ifremer). Et l'Europe en premier importateur mondial.

Ce que dit l'étiquetage

Depuis le 1er janvier 2002, une nouvelle réglementation européenne instaure les informations qui doivent figurer sur les étiquettes : le nom commercial de l'espèce ; la zone où le poisson a été pris ou son pays d'élevage ; le mode de production, avec les mentions « pêché en mer » ou « pêché en eau douce » ou « issu d'élevage ». Le consommateur doit disposer de ces informations pour les produits de la pêche ou de l'aquaculture vendus au détail en poissonnerie, en grandes et moyennes surfaces ou sur les marchés. Une obligation qui concerne les produits issus de l'Union Européennes ou pour les produits importés dès qu'ils sont vendus vivants, réfrigérs, congelés, entiers ou en filets, salés, séchés, fumés ou en saumure.
Ce sont les premiers éléments d'information qui, en tant que consommateur, permettent de faire un choix plus ou moins éclairé. Car l'étiquetage à ses limites. Premièrement, une seule espèce peut être commercialisée sous plusieurs appellations. Par exemple, le bar de la côte méditerranéenne porte le nom de loup. Mais le loup est aussi une autre espèce présente dans les grands fonds en Atlantique.
Les appellations géographiques utilisées pour identifier les zones de pêche sont souvent très vastes. « Il y a des populations d'espèces menacées dans certains secteurs mais qui ne le sont pas ailleurs », explique Philippe Gros. Autre point noir : la méthode de production n'est pas mentionnée sur l'emballage. Et toutes les méthodes ne se valent pas d'un point de vue environnemental.
Consulter la liste des dénominations commerciales des produits de la mer et d'eau douce admises en France.

Faire un choix durable, une mission impossible ?

A ce jour, un consensus s'oriente vers le label MSC. Le WWF France estime que « pour l'instant, le label MSC est le seul moyen d'être certain que le poisson que l'on achète provient de la pêche durable ». Avis que paratage Philippe Gros qui estime que cette « certification apporte un nombre de garanties suffisantes de pêche durable ». Un progrès bien que le MSC ne respecte pas encore tous les critères de la pêche durable de la FAO.
Consulter le code de conduite pour une pêche responsable de la FAO

La solution durable : le Marine Stewarship Council

logo-MSC.jpg Le MSC est une organisation indépendante mondiale à but non-lucratif financée par des fondations, des agences de développement et des entreprises. Le référentiel du MSC a été établi en collaboration avec des scientifiques, des experts de la pêche, des organisations écologiques et d’autres personnalités ayant intêrêt dans la conservation des stocks de poisson pour l'avenir.
Les pêcheries durables qui ne contribuent pas au problème de surpêche (qui remplissent les critères établi par l'organisation) reçoivent le label de conformité sous forme de logo bleu.
Le label MSC est attribué par des organismes indépendants de certification accrédités par le MSC sur la base de 23 critères visant à vérifier : la condition des stocks de poissons ; l'impact de la pêche sur le milieu marin et le système de gestion de la pêcherie.
Principes et critères du MSC
Le MSC garantit que les standard sont revus régulièrement par un groupe indépendants d'expert internationaux accrédité par ASI (Accreditation Services International) afin d'assurer la fiabilité des critères d'évaluation.
Lieu de vente et liste des produits qui portent le logo MSC en France : dans l'onglet " où acheter " puis sélectionner le pays.
Notons toutefois que le label MSC ne porte pas sur la qualité sanitaire des produits. Car certaines espèces pêchées en mer peuvent être contaminées par du mercure ou de la dioxine. « Les garanties sont segmentées », regrette Philippe Gros qui admet que : « Les organismes ne peuvent pas tout faire. C'est le travail des inspecteurs sanitaires bien que il soit très couteux de réaliser des échantillonages sur toutes les populations pêchées. »

La pêche : la dépendance au pétrole

D'après la FAO, 14 millions de tonnes de carburants ont été consommés par le secteur de la pêche en 2005, soit 25 % du chiffre d'affaires total du selcteur. Mais certaines méthodes de pêche sont plus gourmandes en énergie. C'est le cas du chalutage qui consomme 3 litres de gasoil pour un kilo de poissons pêchés. Sans compter que les filières de transformation, de la chaîne du froid, de transport requièrent également du carburant ainsi que de l'électricité pour le conserver dans les réfrigérateurs.

Listes noires : les poissons à bannir de la liste de courses

liste des poissons menacesPour nous aider à faire notre choix sur les étals des poissoniers, des listes noires des poissons à ne pas consommées sont établies. Leur faiblesse : les ressources évoluent, la situation d'une espèce peut varier d'une zone de pêche à une autre. Mais c'est tout de même un bon point de repère.
L'agence régionale de l'environnement de Haute Normandie a ainsi édité un tableau comparatif qui rassemble des données provenant de diverses sources (WWF Suisse; Ifremer, Le monde 2...) sur les poissons que l'on peut consommer et celles à éviter. Consulter le tableau comparatif.
Parmi les poissons les plus consommés à ce jour, nombreux présentent des inquiétudes. C'est le cas des crevettes roses issues de l'Aquaculture asiatique ; du cabillaud ou morue de l'Atlantique nord ; le flétan de l'Atlantique nord; la lotte ou baudroie de l'Atlantique nord; le saumon de l'atlantique nord et du chili ; le thon; en particulier le thon obèse de l'Atlantique, du pacifique, de l'océan indien, de la méditerrannée; la raie de l'atlantique nord et du sud-ouest ; le turbot de la mer du nord. Les populations qui présentent le plus de préoccupation à ce jour sont le grenadier et de l'empereur, du fait de leur maturité sexuelle tardive et de leur grande longévité.

L'aquaculure : l'alternative durable ?

L'élevage ou la culture de produits aquatiques sont souvent évoqués pour faire face aux problèmes de ressources. Mais cette méthode de production pose des problèmes environnementaux. Car les poissons d'élevage, en particulier les espèces carnivores, sont nourris de poissons pêchés en mer qui termine sous forme de farines et d'huiles. Et les nourrir nécessite de grandes quantités de poissons sauvages. Pour 1kg de saumon, de bar ou de daurade d'élevage il faut 4 kg de farine de poissons sauvages (hareng, sardine ou maquereau). « Ce chiffre passe à 15 ou 20 kg pour 1kg de thon rouge d’élevage », d'après Greenpeace.
En outre, les élevages industriels utilisent des antibiotiques pour éviter la transmission de maladies. « Cela pose un problème d'interférence avec les populations sauvages », explique Philippe Gros.
L'élevage intensit est aussi gourmand en électricité pour alimenter les équipements des bassins (pompage, chauffage...).

Conseils pour un achat éco-responsable :

- Privilégier les poissons pêchés localement.
- Préférer les produits issus d'une pêche sélective et ceux labélisés MSC
- Comme pour les fruits et légumes, il y a des saisons. Eviter d'acheter des poissons lors de leur période de reproduction. Tableau des saisonnalités.
- Consulter régulièrement, ou tout du moins avant de faire vos courses, les évalutations des stocks du Conseil international pour l'exploration de la mer.
- Vérifier que les tailles minimales sont respectées. Consulter le référenciel sur le site de l'Ofimer, (Office national interprofessionel des produits de la mer et de l'aquaculture.
- Renseignez vous sur les méthodes de production. Préférez les méthodes de pêches au filet, à l'hameçon ou au casier au chalutage.
- Préférez les espèces herbivores d'élevage (plutôt que les espèces carnivores) comme le Tilapia ou le pangasisus ou des espèces comme le bar de ligne. Vendu plus cher que le bar de chalut.

Liens pour aller plus loin

Guide partique de Greenpeace : Et ta mer t'y penses ?  

Site des campagnes Greenpeace pour la préservation des océans  

WWF France : Pour une pêche durable

Agence régionale de l'environnement de Haute-Normandie :  Du poisson durable dans mon assiette

Ofimer : Office national interprofessionel des produits de la mer et de l'aquaculture 

Ifremer : Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer