Bisphénol A : il faut protéger les bébés au plus vite

vendredi 27 février 2009 Écrit par  Yves Heuillard
"Il parait dangereux aujourd’hui pour la santé humaine de continuer à utiliser le bisphénol A, en particulier dans les emballages à contact alimentaire, de plus son utilisation dans l’industrie devrait être interdite". C'est la conclusion sans équivoque d'un rapport réalisé par Emilie Clair sous la direction du Pr. Gilles-Eric Séralini à l'Université de Caen en France et soutenu par le CRIIGEN. En particulier, selon le rapport "l’exposition des nourrissons et enfants au BPA  devrait être réduite au plus vite, car ils font partie des personnes les plus sensibles face aux perturbations endocrines, par leur plus faible poids, mais aussi par le fait qu’ils soient en croissance". Le bisphénol A, rappellons-le, est présent dans de nombreux récipients en plastiques à usage alimentaire et dans les revêtements internes de certaines boîtes de conserves et cannettes de boissons.  

Selon le rapport, du Criigen, la réglementation actuelle ne tient pas assez compte des perturbations endocrines pour autoriser et fixer les limites d’utilisation d’un produit, car c’est la toxicité aigüe qui est principalement étudiée. La vieille école de la toxicologie prend essentiellement comme preuve de toxicité l’épidémiologie et le dépassement des doses journalières admissibles. Ces critères sont insuffisants car tout d’abord l’épidémiologie n’est pas assez pertinente pour la connaissance des effets à long terme, avec bioaccumulation des polluants et effets combinés. D’autre part, les doses journalières admissibles et les seuils n’ont pas de sens scientifique absolu s’ils ne tiennent pas compte du temps et de la fréquence des expositions, ni des autres polluants, ou de l’âge, du sexe et de la sensibilité des personnes exposées. Ces paramètres, ajoute le rapport, devraient être pris en compte avant l’autorisation des produits chimiques. C’est l’objet de la réglementation REACH qui n’est pas encore appliquée vraiment. Dans l’attente et dans le cas du BPA, la controverse est forte entre scientifiques indépendants (détaillant de nombreux effets néfastes du BPA sur la santé humaine), et scientifiques ayant un rattachement plus ou moins important avec les entreprises.
 
Le CRIIGEN rappelle par ailleurs les recherches de l’équipe du Pr. Séralini qu’il a soutenues, et qui ont été publiées en 2007 dans une revue scientifique internationale sur les effets combinés des principaux polluants, et notamment du BPA à faibles doses en combinaison avec des pesticides et le produit industriel nonylphenol : Benachour et al. Tox. Appl. Pharmacol. 222, 129-140 (2007).

Lire le rapport (pdf)
 

En savoir plus sur le Bisphénol (extrait du rapport du Criigen) :

Dès les années 1930, le BPA est connu pour ses propriétés estrogéniques mais n’a jamais été utilisé pour cela. Le BPA est donc à classer parmi les perturbateurs endocriniens cependant les industriels continuent de l’utiliser (700 000 tonnes/an en Europe) sans tenir compte des nombreux résultats obtenus et publiés par la communauté scientifique7 8. Les entreprises ont commencé à utiliser le BPA dans les garnitures de métal des boites de conserves dans les années 1950 et 19609, soit vingt ans après que le produit ait été connu pour sa toxicité10 11. Ces alertes précoces de toxicité ont été ignorées ou oubliées alors que les entreprises ont régulièrement augmenté leur dépendance à l'égard du BPA.

L’homme est principalement exposé au BPA via l’ingestion d’aliments maintenus dans des conserves. De nombreuses études appuient cette hypothèse. Actuellement peu d’études ont été menées sur la présence ou non de BPA dans les conserves. Cependant quelques entreprises sont aujourd’hui connues pour utiliser du BPA dans certains de leurs emballages alimentaires, et notamment ceux utilisés pour conserver les aliments pour nourrissons, telles que Abbot, Loblaws Inc, Mead Johnson Nutritionals, Nestlé  et Coca-cola.
L’augmentation depuis plusieurs décennies des malformations génitales et des cancers, ainsi que la diminution de la qualité et de la quantité de sperme dans les populations humaines est aujourd’hui reliée à l’utilisation massive et de plus en plus importante de perturbateurs endocriniens.

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