Des bactéries génétiquement modifiées pour récupérer le pétrole

mercredi 18 mars 2009 Écrit par  Yves Heuillard
Les méthodes classiques d’extraction du pétrole ne permettant de récupérer que 30% en moyenne des réserves des gisements, des procédés complémentaires ont été développés pour accroître ces taux. Selon la société de conseil Alcimed, l’utilisation de micro-organismes génétiquement modifiés et injectés dans les puits pourraient produire des composés chimiques plus facilement récupérables et même faire du raffinage in situ.  BP aurait par exemple également signé un partenariat avec Synthetic Genomics (société fondée par le célèbre scientifique Craig Venter), pour commencer à cultiver et caractériser les différentes bactéries présentes dans les gisements pétroliers. 
 
Selon un communiqué de Alcimed, à ce jour, trois niveaux de récupération du pétrôle sont pratiqués : La méthode classique, dite primaire, consiste à récupérer « passivement » une partie du pétrole grâce à la pression élevée existant dans le gisement. Au fil de la production, la pression du gisement diminue et devient insuffisante, il convient alors de stimuler la production. Les pétroliers ont ainsi mis au point différentes techniques d’extraction assistée du pétrole. Les méthodes de récupération dites secondaires consistent à modifier la pression de fond en injectant du gaz (« gaz lift »), de l’eau, ou en utilisant des pompes immergées en fond de puits. Mais le taux moyen de récupération du pétrole avec les méthodes traditionnelles est estimé à 30%. Des voies plus complexes de récupération dites « tertiaires » (EOR, ou Enhanced Oil Recovery) existent, même si leur utilisation n’est pas systématisée du fait de leur coût élevé. Elles visent à jouer sur la viscosité des fluides ou à améliorer la diffusion au sein du gisement en injectant du CO2, de la vapeur, des surfactants ou des polymères dans les réservoirs.
 
Jusqu’à récemment, les méthodes les plus complexes n’étaient économiquement pas viables. Les cours élevés du pétrole ces dernières années et le fait que 70% de la production mondiale du pétrole viennent des champs matures ont partiellement changé la donne. Plusieurs méthodes qui avaient été développées durant les chocs pétroliers des années 70 redeviennent en effet intéressantes lorsque le prix du baril atteint 60-70 dollars.
 
Pour les consultants d'Alcimed, une méthode particulièrement exotique pourrait connaître un regain d’intérêt : la récupération assistée du pétrole par procédé microbien. Des micro-organismes (le plus souvent des bactéries) sont injectés dans les puits avec des nutriments pour leur faire synthétiser des composés chimiques in situ, et ainsi faciliter la récupération du pétrole. Avec l'essor de la biotechnologie moderne et des méthodes de modification génétique, il est devenu possible d’améliorer cette technique, en modifiant des souches bactériennes pour leur faire produire des surfactants ou des polymères plus adéquats ou en plus grande quantité. La principale difficulté de l’injection microbienne reste cependant la survie des bactéries dans les réservoirs du fait d’un environnement particulièrement hostile (haute salinité, température et pression).
 
Ce problème pourrait être surmonté avec les récents travaux sur des micro-organismes vivants dans les gisements. Ceux-ci pourraient en effet être modifiés génétiquement afin de produire des composés désirés ou faire du « raffinage in situ ».
 
Toujours selon Alcimed, le groupe BP semble particulièrement actif dans le sujet. Il est ainsi l’un des partenaires fondateurs du Energy Biosciences Institute (aux côtés de l'Université de Californie, Berkeley), qui outre les biocarburants, étudie également la récupération assistée du pétrole par injection microbienne. BP a également signé un partenariat avec Synthetic Genomics (société fondée par le célèbre scientifique Craig Venter), pour commencer à cultiver et caractériser les différentes bactéries présentes dans les gisements pétroliers.