L'étude sur le bio et la santé largement biaisée, selon le MDRGF

mercredi 12 août 2009 Écrit par  Valérie Tremblay

Une étude anglaise parue fin juillet dans l’American Journal of Clinical Nutrition soulève la controverse sur Internet depuis sa parution. Il y est question de comparer aliments bio et conventionnel. Conclusion de l’équipe de recherche : il n’y a pas de différence entre la nourriture bio et conventionnelle, au niveau nutritionnel. Une étude tronquée, selon le Mouvement pour le droit et le respect des générations futures.

Cette étude, commandée par l’Agence britannique des normes alimentaires (Food Standards Agency –FSA- en anglais) a fait couler beaucoup d’encre. Dans le cahier des charges des chercheurs, deux commandes : d’abord, l’étude, publiée dans l’American Journal of Clinical Nutrition (AJCN). Cet article conclut laconiquement : «l’analyse des données sur les aliments issus de l’élevage du bétail ne révèle aucune différence en teneur nutritionnelle entre les produits issus de l’élevage biologique et ceux issus de l’élevage conventionnel».

Puis, en parallèle, un second document 209 pages. Celui-là est resté dans un tiroir de la FSA. Au contraire du premier, il dénombre des avantages pour la bio. Selon le Mouvement pour le droit et le respect des générations futures (MDRGF), ce rapport contient aussi des informations importantes pour le grand public.

Ainsi, les 162 documents retenus pour l’étude publiée dans l’AJCN font référence à un avantage concernant de nombreux nutriments pour les produits bio. Les végétaux bios contiennent en moyenne plus de magnésium, de zinc, de composés phénoliques, de flavonoïdes, de sucres et de matière sèche que les cultures intensives, qui contiennent, elles, plus d’azote. De même, les produits animaux bios contiennent plus de certains acides gras que leurs homologues non bio, contrairement à ce qui a été publié partout.

Pourquoi une telle différence entre les données contenues dans les études scientifiques analysées et ce qui a été communiqué ?

Pour le MDRGF, les conclusions de l’étude publiée dans l’AJCN restreignent l’avantage pour les cultures bio aux seuls phosphore et acidité. Elles sont basées sur une analyse de 55 études seulement, choisies parmi les 162. Les auteurs auraient choisi d’appliquer des critères supplémentaires de sélection des études qui auraient eu pour effet de faire disparaître…les 2/3 des études publiées dans des revues scientifiques sérieuses sur le sujet ! Il y a donc peut-être lieu de s’interroger sur la méthodologie appliquée, ou encore sur le protocole de recherche.

Ainsi, le fait de ne pas préciser dans une étude une définition claire des méthodes de production biologique des aliments testés, ou d’omettre de citer l’organisme certificateur, suffisait pour exclure arbitrairement de la liste les études dites « de qualité ». 87 études sur 162 ont ainsi été exclues pour ce seul motif, soit plus de la moitié, déplore le MDRGF.

Les données disponibles ont donc été considérablement expurgées et l’étude publiée dans l’AJCN ne présente que les résultats de ces 55 études. Elle ne donne pas le détail des résultats des 162 études validées disponibles, ce qui donne une image très incomplète de la réalité de la connaissance scientifique en la matière.

Le MDRGF regrette que l’on n’ait pas mis en avant toutes les données scientifiques objectives montrant que les produits bio contiennent en moyenne plus de certains micronutriments - dont on connaît les bienfaits pour la santé - que les produits de l’agriculture intensive.

« L’étude anglaise minimise ces différences, qu’elle expose pourtant dans son rapport à la FSA, et en nie l’importance pour les consommateurs, sans justification, ce que nous contestons», déclare François Veillerette, Président du MDRGF. «Nous regrettons aussi que l’absence de résidus de pesticides dans les aliments bio n’ait pas été mis en avant comme étant un élément favorable à la santé. »

Plusieurs articles postés sur Internet font également mention du fait que cette étude passe sous silence la question des pesticides. Citons le site famili.fr, qui rappelle que le but premier de l’agriculture bio n’est pas de fournir des aliments plus riches en nutriments, mais de prodiguer un apport moins important en pesticides. Certes, toute la filière bio –y compris le consommateur- est sensible à la teneur nutritionnelle de ses aliments. Il s’agit d’un aspect considérable dans le choix d’une production ou d’une consommation bio. Mais ce n’est pas le premier. L’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFFSA) partage a d’ailleurs adopté cette position en 2003 (voir l’étude).
Source : MDRGF

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