La voiture électrique révèle deux visions différentes pour la planète

vendredi 02 octobre 2009 Écrit par  Yves Heuillard

D'un côté le plan national de développement des véhicules électriques et hybrides présenté par Jean Louis Borloo hier avec des mesures coûteuses visant à aménager les infrastructure de recharge, des prêts bonifiés de plusieurs centaines de millions d’euros aux constructeurs pour développer l’électrique, la confirmation du super bonus de 5000 euros pour l’achat de voitures "propres", le tout pour 4 milliards d'euros d'ici 2020 ; d'un autre des écologistes sceptiques. Qu'est-ce qui les sépare ?

Arnaud Gossement, porte-parole de l'association France Nature Environnement (FNE) plante le décor : « Ne confondons pas vitesse et précipitation ! L’emballement publicitaire autour du véhicule électrique est totalement démesuré. Une voiture qui roule avec de l’électricité, produite grâce au charbon ou au fioul, émet donc du CO2. L’Ademe nous parle d’un bilan en émissions de CO2 équivalent à un véhicule classique, environ 126g* de CO2. Il faut arrêter de nous parler de voiture propre ! La voiture « propre » crée autant d’embouteillages, de déchets et de routes qu’une voiture classique».

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Le plan du Ministère de l'écologie, de l'Energie et du développement durable, en 14 actions concrètes assimile les voitures électriques à des véhicules dits décarbonnés, ce qui devrait signfiier qu'ils n'émettent pas de CO2. Dans son point 13, le plan du Ministère précise donc "qu'il convient de s’assurer que l’électricité de recharge du véhicule soit produite au maximum à partir d’énergie non fossile, pour assurer un bilan écologique optimal aux véhicules décarbonés. A cette fin, il est nécessaire de disposer de capacités de production d’électricité non carbonée suffisante et de se donner les moyens de gérer intelligemment la charge du véhicule : les compteurs intelligents et le dialogue entre le véhicule et sa borne de recharge offrent les solutions techniques à ces enjeux".

"Rouler partout et tout le temps" ou " Moins de voitures" ?

Le plan véhicules électriques prévoit un coût de 1,5 milliard d'euros pour mettre en place l'infrastructure publique et des mesures pour favoriser le développement de prises de recharge : obligation de prises de recharge dans les nouveaux parkings, droit à la prise pour les copropriétaires d'immeubles, obligation de prises dans les entreprises pour les salariés, soutien des communes, création d'une nouvelle filiale d'ERDF dédié à l'installation de stations de recharge. Le plan prévoit de "rouler partout et tout le temps, accompagner et anticiper l'utilisation des voitures"

Pour France Nature Environnement la reconversion écologique de l’automobile passe au contraire par du «moins de voitures».  L'association dénonce l'obstination du gouvernement à choyer les constrcuteurs automobiles alors que les finances de l’Etat sont dans le rouge et que la  voiture propre n’est pas l’avenir de l’industrie automobile : "Elle n’est qu’un placebo à une crise bien plus profonde".

Michel Dubromel, responsable Transports de FNE explique : « Marchés de renouvellement en Europe et marchés émergents en expansion ont le même objectif : construire toujours plus de voitures. Que l’on évalue l’efficacité en matière d’emploi et d’environnement de toutes ces aides publiques et que l’on pose enfin la douloureuse question de la reconversion du secteur automobile. Rappelons que Renault réalise près de trois quart de son chiffre d’affaires hors de France ! »

D'un côté donc, un gouvernement attaché à conserver une industrie automobile française de pointe, qui pourrait consommer, non plus du pétrole extrait sur d'autre sols, mais de l'electricité décarbonnée que nos fleurons nucléaires savent produire en quantité faramineuse, à des prix pour l'instant imbattables - une aubaine que le plan véhicule électrique veut saisir en constituant "une équipe de France de la voiture électrique" dans un contexte de course mondiale qui s'organise.

D'un autre côté des écologistes pour qui la technologie n'est pas la solution miracle, et qui s'élèvent contre des solutions qui ne visent qu'à continuer comme avant un monde d'hyperconsommation insoutenable au profit de quelques-uns.

Et vous que feriez-vous ?

Reste que la voiture électrique est un pari et ça tout le monde le sait. La compétitivité avec le diesel, se fonde sur des batteries qui durent 10 ans, qui n'existent pour l'instant que dans les laboratoires, et dont le super bonus de 5000 euros couvrirait 50 % du prix. Le pari postule que nous saurons produire de l'électricité décarbonnée en quantité suffisante et que les coûts énormes consentis par les citoyens pour une nouvelle infrastructure profiterons à l'industrie, à l'emploi et au progrès. L'acceptabilité de la voiture électrique passe aussi par l'idée que nous roulerons en voiture électrique en ville, et qu'il nous faudra une autre voiture, pour des longues distances. Une vision se desssine de la généralisation d'une voiture électrique urbaine en auto-partage pour laquelle nous paierions un abonnement.

Pour qui est au commande de la nation, la question peut se résumer plus explicitement : devons-nous abandonner l'industrie automobile et imaginer un modèle de société complètement différent, jouer un coup d'avance sur l'échiquier de la compétition mondiale, et améliorer drastiquement la productivité économique et sociale de notre organisation en éliminant les milliards d'heures passées derrière le volant d'une voiture, et en même temps des milliards de tonnes de CO2 ? Mais si vous étiez aux commandes, avec 1500 milliards de dette, des industriels qui vous pressent, vous, que feriez-vous ?

* Voir les commentaires ci-dessous en ce qui concerne le chiffre de CO2 avancé par M. Gossement