Réchauffement : faut-il payer le Suriname pour ne pas flinguer la planète ?

mercredi 04 novembre 2009 Écrit par  Yves Heuillard

carte du SurinameLe Suriname est le pays du monde qui compte la plus grande surface de forêt par tête d'habitant (163 200 km² boisés à 95%, 500 000 habitants). Le pays vient d'annoncer, en collaboration avec l'organisation non gouvernementale Conservation International, un plan pour protéger la forêt à perpétuité, ce qui contribuerait à la lutte contre le réchauffement climatique. Le principe est simple : les nations les plus pollueuses paieraient pour que la forêt ne soit pas exploitée. Une initiative similaire avait été annoncée par l'équateur il y a quelques semaines mais dans un contexte un peu différente : le non-pompage des 850 millions de tonnes de pétrole sous la forêt amazonienne contre une rente annuelle. [Photo Licence CC Source Wikimedia Commons]

Selon le plan du Suriname, présenté hier à Barcelone lors de la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique (UNFCCC) avec la collaboration de l'Agence française pour le développement, les fonds reçus serviraient à assurer un développement durable au Suriname et le bien être des 500 000 habitants du pays. Une partie des subsides qui seraient versés au pays viendrait du fond REDD (Reduction of Emissions from Deforestation and Forest Degradation).

Documents

L'atlas du carbone et de la biodiversité

Atlas mondial des émissions de CO2

Le changement climatique vu du ciel 

Le réchauffement climatique vu par les pauvres

Pour le président de Conservation International, Russ Mittermeier, "la stratégie verte du Suriname signifie que le pays à réalisé le potentiel de sa forêt pour garantir son avenir et celui de la planète". Mais il ajoute que ceci ne pourra se faire que si, lors du sommet de Copenhague de décembre prochain, les nations du monde s'accordent pour soutenir le projet REDD, sinon "le Suriname sera continuellement sous une pression économique visant à lui faire couper sa forêt".

Un flingue sur la tempe de l'humanité

Dans le fond les choses ne sont pas simples. On peut voir dans les propositions du Suriname, comme d'ailleurs dans celles de l'Equateur, et probablement dans d'autres à venir, un chantage au flinguage de la planète : du pognon ou bien je rase tout. Ce pistolet braqué sur la tempe de l'humanité est notre oeuvre, l'œuvre des nations les plus développées et celle des nations émergentes, responsables principaux des émissions de CO2 à l'origine du réchauffement climatique. Faut-il accepter ?

Soyons pragmatique, la réponse est oui. Mais le mécanisme pour y parvenir avec les garanties nécessaires reste à élaborer. Comment en effet garantir la non-exploitation de la forêt à perpétuité, et ce quels que soient les régimes futurs au pouvoir dans les pays concernés. Peut-on raisonnablement espérer qu'un état se départisse de l'usufruit, sinon de la propriété, de sa forêt (dans le cas du Suriname il s'agit de 95 % de sa surface) au profit de l'humanité ? Le gouvernement actuel du Suriname a-t-il le droit de s'engager pour les générations futures du pays ? Ne sous-estimons pas enfin les risques politiques locaux que fera peser sur le pays, le mécanisme de la rente - elle n'est pas très différente de la rente pétrolière ou minière qui plonge bien d'autres régions du monde dans le chaos.

Si le projet surinamien fait bien évidemment du sens, sa mise en oeuvre juridique et financière s'avère compliquée. Mais de notre capacité à résoudre équitablement de telles problématiques dépend l'avenir de l'humanité.