Copenhague et climat : vous n'y comprenez rien, vous êtes normal

mercredi 18 novembre 2009 Écrit par  Yves Heuillard
le soleil rase la planète TerreInterviewé par DDmagazine.com en avril dernier Jean-Marie Pelt nous confiait "Si on rate Copenhague, ça sera épouvantable". Pour le professeur émérite de biologie, et président de l'Institut Européen d'Ecologie, "ce qui serait une catastrophe fatale pour l'humanité ce serait que l'on avance sans rien changer du tout". De quoi s'agit-il ? En sommes-nous là ? [Photo stck.xng]

Rappelons d'abord que la Conférence des Nations Unies sur le Climat qui aura lieu du 7 au 18 décembre à Copenhague, vise à fixer les règles, les chiffres, et les engagements des nations de la planète pour réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre de 50% au moins par rapport à celles de 1990. Il s'agit de contenir le réchauffement de la planète à 2°C d'ici la fin du siècle sur la base des hypothèses les plus probables du dernier rapport du Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC ou, pour les anglophones, IPCC). Copenhague doit aussi déterminer des règles de financement. Un exemple parmi d'autres : comment empêcher la déforestation dans des pays où la pression économique y pousse fortement.

"On n'a aucune idée de la tournure que cela va prendre", estime un des négociateurs français de Copenhague dont les propos sont rapporté par le Figaro d'hier. Il est désormais quasi-certain qu' n'y aura pas d'accord juridique négocié à Copenhague, mais un simple accord politique. L'accord juridique qui engagerait effectivement les états du monde à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, lui serait reporté à plus tard.

Pour Kim Carstensen, à la tête de l'initiative pour le climat du WWF, qui s'exprimait hier à la sortie de la réunion préparatoire à la conférence de Copenhague "les rumeurs concernant la mort d'un accord à Copenhague ont été largement exagérées ; il y a toujours de bonnes chances qu'un accord soit trouvé pour un engagement des nations capable de sauver le monde, de la dévastation. Pour quelques politiciens, il peut être tentant de minimiser les espoirs d'un résultat ambitieux, mais il n'y a pas de justification sérieuse à cela. La vaste majorité du monde veux que Copenhague se termine par un accord qui engage les états, et non par une discussion informelle. Il nous reste assez de temps pour nous mettre d'accord sur les détails d'un accord sur le climat. Il n'y a pas de problème de temps, mais de volonté politique."

Et de conclure, avec des propos semblables à ceux de Jean-Marie Pelt d''il y a quelques mois : "ne pas arriver à un accord juridique ambitieux à Copenhague pourrait avoir des conséquences dévastatrices".

Rappelons que Nicolas Sarkozy pour la France et Luiz Inacio Lula da Silva pour le Brésil ont proposé samedi dernier que l'ensemble des états de la planète s'engagent à réduire les émissions mondiales d'au moins 50 % d'ici à 2050 par rapport à 1990 et à 80 % pour les pays riches.

Enfin, le président des Etats-Unis, Barack Obama, en complet rétropédalage par rapport à ses propos précédents, et le président chinois Hu Jintao, viennent juste d'annoncer conjointement qu'un accord sur les limitations d'émissions contraignant pour les pays riches mais tolérant pour les pays en voie de développement devait aboutir à Copenhague... avec effet immédiat. Autrement dit, on ne se mettrait pas seulement d'accord sur les règles, mais aussi sur les chiffres.

Une histoire de poule et d'oeuf

Et le monde entier de rétropédaler à son tour, et de se féliciter de nouvelles certitudes remplaçant les doutes. En fait c'est une histoire de poule et d'oeuf à deux niveaux : d'une part les nations riches, veulent bien restreindre leurs émissions, mais sans risquer que l'absence d'engagement des pays émergents reviennent à y déplacer leurs propres emplois (c'est un mauvais calcul, mais c'est ainsi).

D'autre part, un accord à Copenhague ne présuppose pas, dans les démocraties du moins, d'une transposition dans les législations locales. Et vice versa. Mais un accord à Copenhague, peut aussi influencer les jeux politiques intérieurs, notamment aux Etats-Unis. La taxe carbone à 500 euros proposée par DDmagazine et applicable aux frontières de l'Europe, aurait permis de résoudre une partie du problème, et accessoirement de relancer l'économie. 

Reste que de toute façon, mises bout à bout les propositions actuelles de réduction des émissions, ne vont pas assez loin (voir notre article Comprendre les limites de CO2 dans l'atmosphère) et les divergences sur ces réductions pour l'après Kyoto (en 2013) sont loin d'être résolues.