La Chine au sommet de Copenhague : victime ou coupable ?

vendredi 11 décembre 2009 Écrit par  Marc Mayor

De notre correspondant exclusif à Copenhague - Au sommet sur le réchauffement climatique de Copenhague, le vice-Premier ministre chinois des Affaires étrangères He Yafei parle sans ambiguïté : « Sans les émissions historiques des Etats-Unis et de l'Europe, il n'y aurait pas de réchauffement climatique, et nous ne serions pas à Copenhague. »

Pour Monsieur Yafei, les pays émergents, y compris la Chine, sont des victimes, et tout mécanisme de financement des réductions d'émissions mise en œuvre à Copenhague doit être de la responsabilité des pays développés, non pas comme une aide ou une donation, mais comme un dédommagement. « Ces pays sont responsables de 80% des émissions de gaz à effet de serre dans l'air aujourd'hui, c'est leur devoir de réparer ces dommages en baissant leurs émissions et en payant pour que les pays pauvres puissent se développer avec des moyens propres ».

Monsieur Yafei, qui n'a pas sa langue dans sa poche, traite le représentant des états-Unis à Copenhague, Todd Stern, de « soit ignorant, soit irresponsable, soit dénué de bon sens, au choix » pour avoir déclaré que les états-Unis ne pourraient pas accepter que des fonds américains pour les réductions d'émissions, auxquelles ils ont contribué, aillent à la Chine. « Ce Monsieur est hors sujet et entretient un faux débat. La Chine n'a rien demandé pour elle-même ; elle ne fait que demander un dédommagement global pour les pays émergents. Il est évident que les pays prioritaires pour recevoir de l'aide doivent être les îles menacées de disparition et les pays africains ou asiatiques les plus vulnérables ».

La Chine se pose clairement en défenseur noble des pays émergents, mais ses propres efforts dans la lutte contre le réchauffement sont souvent mis en cause. Le pays est devenu le premier émetteur de gaz à effet de serre en 2006, bien que ses émissions par habitant soient 80% plus faibles que celles des Etats-Unis (mais à peu près équivalente à celles de la France, par exemple.) Interrogé par DDmagazine, Monsieur Yafei s'est refusé à engager la Chine vers un objectif mondial égalitaire d'émissions par habitant, même à long terme (voir notre article où nous suggérons cette solution équitable).

Monsieur Yafei maintient qu'il faut comparer la Chine aux pays occidentaux à des stades de développement comparable. « Le Japon a vu ses émissions par dollar de PNB augmenter de 23% de 1960 à 1974. Ces cinq dernières années, la Chine les a baissées de 20% sur les mêmes bases. »

Monsieur Yafei en veut particulièrement aux états Unis : « les pays occidentaux, hormis l'Union Européenne, ne tiennent pas leurs engagements sur le climat». En prenant les pays occidentaux pour enlever l'Union Européenne, Monsieur Yafei parle clairement des états-Unis (Il est peu probable qu'il s'agisse de la Suisse, compte tenu que ses émissions par dollar de PNB sont les plus faibles des pays riches...). 

Et de poursuivre : « l'objectif de réduction annoncé par les états Unis, se traduit par une réduction de leurs émissions par dollar de PNB de 30 à 35% d'ici 2020. La Chine s'est engagée, de manière unilatérale, qu'il y ait accord à Copenhague ou pas, à les réduire de 40 à 45% sur la même base. Nous avons baissé nos émissions par dollar ces 5 dernières années quand les états-Unis les augmentaient. Je ne crains pas de comparer le bilan environnemental de la Chine avec n'importe quel autre pays».

Quelle que soit la valeur de ses arguments historiques, il n'est pas clair que la Chine puisse justifier de ne pas s'engager, à un horizon ou un autre, à un plafond ferme de ses émissions, puis à une réduction ultérieure. Mais deux impressions claires résultent des propos de Monsieur Yafei :  un, la Chine a une véritable volonté d'agir ; et deux, Monsieur Yafei ne partira pas en vacances de Noël avec Todd Stern à la conclusion du sommet de Copenhague.