Pourquoi tout ce foin à Copenhague? Sauver la planète coûterait peu

lundi 14 décembre 2009 Écrit par  Marc Mayor

Deux chiffres sont souvent cités à Copenhague. Le premier, le coût d'ajustement au réchauffement climatique pour le groupe des 77 pays en voie de développement (dit le Groupe des 77), est évalué par son porte parole, Lumumba Di-Aping du Soudan, à 600 milliards de dollars sur 20 ans. Mais compte tenu de l'importance des pays riches dans les émissions globales, cet investissement est dérisoire, moins de 6%, par rapport au total des 10 500 milliards de dollars nécessaires, selon l'Agence Internationale de l'Energie (AIE), à contrecarrer le réchauffement. Le vrai montant à retenir est donc de 10 500 milliards de dollars d'investissement. Est-ce beaucoup ? Combien allez-vous devoir payer ?

Mettons les chiffres en perspectives. Ils sont importants, mais sont-ils si monstrueux ?  Voyons ce qui est prévu, si on ne fait rien, du côté des dépenses : 28 000 milliards de dollars d'ici 2030, rien qu'en achat de pétrole (toujours selon L'AIE), et dont il ne restera rien une fois brûlé. L'AIE estime, qu'en investissant les 10 500 milliards en économies d'énergie et dans les énergies renouvelables, on réduit la facture des énergies fossiles de 8 600 milliards d'ici 2030. L'investissement net est donc ramené à 1900 milliards de dollars sur 20 ans, soit à peu près 100 milliards de dollars par an. Ceci est à mettre en perspective avec les 500 milliards de dollars que coûterait chaque année le réchauffement climatique si rien n'est fait, rappelle l'AIE. Il s'agit donc d'un inestissement tout à fait rentable.

Mais même un investissement rentable doit être financé. A quoi correspondraient ces 100 milliards annuels ? Notons qu'ils ne correspondent qu'au cinquième du seul budget militaire annuel des états Unis, hors financement de la guerre en Irak. Cette guerre a déjà couté plus de 1200 milliards de dollars en 6 ans. Pour le contribuable américain, on peut penser sans trop prendre de risques, que les mêmes sommes mises dans les économies d'énergies auraient un rendement largement supérieur.

Allons plus loin. Ces 10 500 milliards de dollars sur 20 ans ne sont, après tout, que 0,8% du produit de l'économie mondiale sur la période si l'économie ne croissait pas (économie mondiale de 60 000 milliards de dollars en 2008 selon la Banque Mondiale). Une fois les économies d'énergie déduites, il s'agirait de 0,14% du PNB mondial, et nettement moins en tenant compte de la croissance. Finalement pas grand chose. 

La question qui se posent donc aux peuples du monde : êtes vous prêts à payer 0,14% de vos revenus pour réduire les émissions, garantir une planète vivable à vos petits-enfants et changer l'organisation de l'économie mondiale pour toujours ?

D'accord, comment procède-t-on ?

Pour lever ces 100 milliards annuels nets, il existe plusieurs solutions : la taxation directe des flux financiers, la taxe carbone, la fixation d'une contribution par pays, la vente de droits à polluer (cap and trade), voire même l'impression d'une nouvelle masse monétaire dédiée à cet effet.

Les pays pauvres, ou victimes du réchauffement, ainsi que de nombreux économistes, préféreraient soit une taxation directe des flux financiers, soit une taxe carbone. Ces taxes seraient versées dans un fonds spécialisé qui financerait ou subventionnerait des projets de réductions d'émissions. Ce système permet de lever des sommes importantes à des taux faibles, et d'avoir des ressources garanties et dédiées, ce qui est important pour les pays pauvres qui n'ont souvent rien vu des promesses occidentales d'aides (DDmagazine a pris position pour une taxe carbone élevée, redistribuée, pour garantir que les énergies renouvelables seront moins chères que les énergies fossiles).

Les pays anglo-saxons, chantres de l'économie de marché, préconisent un système de financement par la vente et l'échange de droits à polluer (cape and trade) : chaque pays reçoit un quota de droit à polluer, et le distribue ou le vend aux sociétés de son pays. Année après année les quotas diminuent. Un tel système garantit des réductions d'émissions, mais donne un prix du carbone - et donc des recettes très volatiles. Exemple : une crise économique ou une canicule baisse la demande de droits à polluer drastiquement, et les prix peuvent s'écrouler, sans lien avec un effort structurel de réduction.

Mais quel que soit le mécanisme, il lui serait aisé de trouver 0,14% du PNB mondial sans grande perturbation économique. Alors pourquoi tout ce foin à Copenhague ?  Les commentaires sont gratuits sur DDmagazine...