L'Observatoire de la ville fait le bon constat mais des propositions faibles

mardi 15 décembre 2009 Écrit par  Yves Heuillard
Ediorial - à la lecture des constats et des questions, résumées et posées avec pertinence par l'Observatoire de la Ville et de la Cité de l'architecture et du patrimoine, on pouvait s'attendre, au moment où, à Copenhague se joue peut être le sort du monde, à des prises de position fortes et des propositions sinon radicales, au moins innovantes. Mais les meilleurs experts réunis pour réfléchir sur la question de la ville et de l'habitat de demain, ont pêché par trop d'humilité. 

Par quels mécanismes financer les surcoûts des constructions neuves, et encore plus le coût de la réhabilitation de l’ancien si l’on veut respecter les engagements de la France en matière d’environnement ? Quelles sont donc les causes du retard de la France, en matière de développement durable, par rapport à des pays comme l’Autriche, l’Allemagne ou les pays scandinaves ? Voilà de bonnes questions posées par l'Observatoire de la ville. 

L'Observatoire fait aussi les bons constats : un premier, en forme de bonne nouvelle, est que désormais, « investissement durable = investissement rentable », même si peu d’intervenants en ont encore pris conscience. Le deuxième constat est que l’exigence de qualité des bâtiments durables et l’innovation vont faire éclater l’archaïsme et la profonde inadaptation de toute la filière du bâtiment : déqualification, performances et qualité inégales, et coûts très supérieurs à ceux de nos voisins du Nord. Enfin, troisième constat et mauvaise surprise, on a oublié la santé et, là encore, on a pris 20 ans de retard.

Les propositions maintenant. Elles ne sont pas mauvaises en elles-mêmes, elles sont simplement trop générales, pas toujours convertibles en décision d'action évidente, et pas à la hauteur des enjeux. Les voici, avec mes commentaires. 

1- Industrialiser le secteur du bâtiment. L'Observatoire considère que seule une industrialisation du secteur du bâtiment nous permettra de réduire des coûts de construction aujourd'hui plus élevés en France que dans les pays du Nord de l'Europe et d'atteindre des niveaux d'efficacité et de performance compatibles avec les exigences du développement durable.

L'exemple de la Suisse avec un tissu de petites entreprises artisanales très performantes prouve que l'industrialisation n'est pas nécessairement la solution. Visitez par exemple l'entreprise Tschopp, qui fabrique des maisons à Holzbau, et vous tombez sur les fesses. Entreprise artisanale, quelques employés, numérisation totale, inventivité sublime dans les assemblages du bois, maisons parfaites et belles, construites avec une précision d'horlogerie, dans le calme et la sérénité, pour le prix des plus ordinaires pavillons français.

Là, chez nos voisins d'à côté, Tschopp est un exemple parmi des milliers d'autres, somme toute ordinaire. Les entreprises du bois de mon village natal, adossées à une immense forêt normande, seraient aujourd'hui à l'image de cette entreprise suisse, si précisément l'industrialisation de ne les avait pas fait disparaître. N'importe quel charpentier du monde qui voit une machine à commande numérique, comprend en 5 secondes, qu'il lui en faut une. Il n'y a rien de sorcier là-dedans.

On ne confondra pas non plus industrialisation avec préfabrication. La préfabrication est en partie à l'origine de l'avance des autres pays européens. Les maisons de Tschopp sont tout, sauf industrielles, mais elles sont préfabriquées, et assemblées en deux jours. Préfabriquées ne veut pas davantage dire, uniformes, toutes pareilles, mais simplement fabriquées dans un atelier, essentiellement par des machines commandées par des logiciels de conception en trois dimensions. Et c'est précisément l'ordinateur, et la commande numérique qui permet à l'artisan de prendre sa revanche sur l'industrie : faire de chaque objet une oeuvre unique, mais en le faisant faire par des machines.

Ces machines viennent le plus souvent de chez Hundegger, une entreprise allemande. Elles sont elles-mêmes quasi-artisanales, adaptables, en constante évolution avec la demande, grâce une nouvelle fois à la modèlisation numérique, qui redonne la primauté à l'intelligence, et ainsi de suite.

2- évaluer l'empreinte écologique des immeubles. Il est nécessaire de disposer d'outils de mesure scientifique ainsi que d’une grille d’évaluation et de mettre en place un retour d'expérience. Tout ceci afin de favoriser l’amélioration des process de construction.

Concrètement qu'est-ce que cela veut dire ? Chaque occupant d'un logement dispose déjà d'outils scientifiques assez performants pour mesurer ses consommations. On appelle ça compteur à gaz, ou  compteur électrique, ou volucompteur. C'est un domaine où il y beaucoup de progrès à faire et des marchés collossaux à saisir. Imposez les bus de transmissions de données dans tous les logements, et c'est un champ de nouvelles entreprises, d'inventions, de brevets, de marchés qui s'ouvrent. Le temps réel et l'immeuble intelligent à la place des grilles d'évaluations. 

Nous savons qu'il faut ramener la consommation de nos logements à zéro, et si possible à moins que zéro. Mais nous construisons toujours, aujourd'hui, des logements sur la base de réglementation technique 2005 ( RT2005) qui fixe un maximum de consommation à 130 kWh d'énergie /m² par an, et des construction dites parfois de Trés haute performance énergétique qui peuvent encore consommer 100 kWh/m² par an. 

Encore une fois nous savons qu'il faut arriver à zéro, et nous savons parfaitement le faire. Nous ne sommes pas dans l'évaluation de quelques kWh de plus ou de moins. Pourquoi attendre 2012 pour faire du Basse Consommation et 2020 pour du passif.  L'autorité des experts de l'Observatoire de la ville, tous reconnus et réputés, n'aurait-elle pas mieux servi la cause d'une construction durable en disant : c'est fini, on construit passif, ça commence demain. Oui mais comment finance-t-on ? Faut-il le répeter, construire passif n'est pas une dépense, mais un investissement, ça génère des économies : au lieu d'enricihir les pays de l'OPEP, nous créons une richesse durable, des emplois, des entreprises, ici. Et en prime on sauve la planète.

3- Réorganiser les métiers du bâtiment.
Il est important de réorganiser les métiers du bâtiment autour d'ensembles fonctionnels pour répondre aux exigences du développement durable, en particulier dans le cadre de la rénovation du parc existant.

On sait maintenant, les militaires l'ont compris, que l'absence d'organisation, les structures non-hiérarchiques, sont plus performantes que les structures organisées.  Ainsi il ne restera bientôt plus aucune encyclopédie, réalisée par une struccture organisée, tant Wikipedia, faite par tout le monde, corrigée par tout le monde, a supplanté toutes les autres. Le rapport avec la construction ? Les modèles Open Source collaboratifs commencent à apparaîte dans tous les domaines et précisément dans le domaine de la maison avec par exemple la maison Open Source dont trouvera des explications ici. 

Ces modèles collaboratifs, bénévoles le plus souvent, marchent d'autant mieux que nos sociétés sont constitués de jeunes retraités éduqués, et de citoyens très disponibles. Ces modèles sont une chance face aux pays émergents où on travaille deux à trois plus pour 10 fois moins cher dans des organisations justement hiérarchisées et fonctionnelles. Il n'est pas trop tard, pour comprendre que le "Bordel Ambiant" pour reprendre le titre de l'ouvrage de Roland Moreno (inventeur de la carte à puce), est productif.

Attaquons nous au moins sérieusement au problème des langues étrangères et permettons aux artisans et à ceux qui le seront demain, de parler anglais ou allemand. Aucune des questions techniques auxquelles ils seront confrontés n'est pas débattue très sérieusement sur les sites internet spécialisées des pays scandinaves ou germaniques.

4- Intégrer des critères énergie-environnement-santé dans les méthodes d’évaluation du prix des immeubles, résidentiels et non résidentiels. Il convient d’aider le marché à reconnaître la « valeur verte » de ces immeubles performants, comme le marché commence à le faire quand la part des immeubles performants est significative (« valeur verte » des bureaux « Energy Star » et « LEED » aux Etats-Unis, des maisons « Minergie » en Suisse).

Ajoutons à cette proposition qu'il convient de laisser la concurrence s'établir entre les labels et ne pas laisser aux institutions de l'état, tout en renforçant leur contrôle, le soin de promouvoir tel ou tel label. Dans le cas contraire, la valeur verte des immeubles risque de dépendre au moins autant des efforts des construteurs sur le terrain que de leur influence auprès des administrations concernées.

Et puisque qu'on parle de valeur verte. Pourquoi ne pas proposer, la limitation très stricte de l'automobile dans les villes. Taxons l'automobile à Paris à 200%, comme les danois l'ont fait chez eux, et des immeubles, dans lesquels on ne peut plus dormir, augmentent leur valeur verte de 100% du jour au lendemain. Combien de rénovations thermiques aurions-nous pu réaliser plutôt que de ravaler sans fin les immmeubles de la fumées des pots d'échappements ? Combien de maladies chroniques, de cancers probablement, pourrions nous éviter ? Combien de milliards d'euros en moins pour des kilomètres de voies rapides où on roule à 7km/h en moyenne ? Combien de jardin en plus, de gens heureux ? Il n'est pas trop tard pour être sage.

En 1973,  Monsieur Bouladon de l'institut Batelle à Genève considèrait, que le moteur à explosion en ville était une technologie complètement dépassée, "un anachronisme". Selon Monsieur Bouladon, si on faisait le calcul exact des coûts du moteur à explosion dans le centre des villes, d'autres solutions qui paraissent plus chère sont en réalité moins chères. Monsieur Bouladon dit encore : "il y a incompatibilité entre la ville et l'auto, il y a maintenant une unanimité sur ce point, c'est un changement, les gens demandent des autoroutes pour fuir la ville rendu impossible par les voitures...".  C'était, il y a presque 40 ans, l'avis d'un expert aussi. A écouter sur le site de l'INA.

"La ville n'est pas un problème, c'est une solution", ce sont les propos de Jaime Lerner, architecte, urbaniste de renommée mondiale, et aussi politicien brésilien. Faites-vous plaisir écoutez-le, et rêvez de propositions compréhensibles, tangibles qui font rêver, et en particulier qui font rêver les plus jeunes.

5- Lancer un secteur expérimental « Valeur verte » dans trois segments du parc immobilier locatif (bureaux privés, logement social, bâtiments publics)

Proposition très techniques dont le détail fait apparaître une "qualité énergie-environnement-santé des immeubles, labellisée par un organisme indépendant et compétent", "un contrat de performance énergie-environnement-santé entre le propriétaire et l’exploitant", "un usage performant, codifié dans un « bail vert » entre le propriétaire et le locataire". De quoi donner du travail aux fabricants de tampons et de formulaires... Notons simplement qu'en matière de santé, il aura fallu attendre 1997 pour interdire l'amiante en France, alors que la reconnaissance de pathologies dues à l'amiante date de 1945, et que les mines d'amiante du Canada (de chrysotile pour être exact) fonctionnent toujours à plein régime. Reste que la proposititon à le mérite de donner un coup de projecteur trop rare sur un sujet  important. 

6- Soutenir l'innovation par un fonds de garantie écologique à 0%.
Permettant aux établissements financiers de cautionner les emprunts des petites et moyennes entreprises innovantes en matière d’énergie, santé, environnement sans prendre la totalité du risque. Ce fonds permettra aussi de cautionner les prêts contractés par les copropriétés pour des travaux dans les parties communes, actuellement non éligibles au prêt à taux zéro, sous réserve qu'ils répondent au label « Effinergie BBC Innovation » .

Partager le risque, quand il s'agit d'investir dans le bien commun relève du bon sens. L'intérêt pour le cas des copropriétés est louable et devrait faire rapidement l'objet d'autre propositions plus audacieuses. En particulier dans le cas du chauffage collectif, ou toute vélleité d'économie d'un copropriétaire le pénalise. Comme je l'ai indiqué pluis haut, la solution passe en partie par l'installation obligatoire de bus de mesure et de capteurs sur tout ce qui consomme.

8- Elargir le contenu de l’étiquetage sanitaire prochainement obligatoire des produits de construction et de décoration

La proposition inclut courageusement la nécessité de renseigner sur les donneés sanitaires des fibres (minérales, végétales ou animale) ainsi que sur la radioactivité des matériaux minéraux et issus du recyclage. Ce qui même si elle n'était pas suivi d'effet, à le mérite d'inciter à acquérir de bons réflexes.

7- Contrôler les performances sanitaires du cadre bâti à la livraison, après de larges rénovations et au cours de l’exploitation.

La proposition s'attache en particulier à imposer des régles concernant la ventilation et les valeurs minimales de renouvellement d’air. Pour être compatible avec les objectifs d'économies d'énergie, n'aurait-il pas fallu recommander la généralisation de la ventilation double-flux ? Les matériaux des gaines de ventilation eux-mêmes ne devraient-ils pas faire l'objet d'une réglementation plus stricte en allant plus loin que les directives en vigeur ?

 

 

 

 

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