Un engagement de 100 milliards par an fait bouger Copenhague

jeudi 17 décembre 2009 Écrit par  Marc Mayor
La veille de la conclusion du sommet de Copenhague, les acteurs majeurs commencent à abattre leurs cartes en ajustant leurs positions ou en prenant de nouveaux engagements, et les travaux reprennent. « Accrochez vous pour la fermeture des portes, le téléphérique reprend son ascension » a déclaré Yvo de Boer, Secrétaire Général de la CCNUCC, la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique, organisatrice du sommet COP15.

Les états-Unis, par la voix de sa secrétaire d'état Hillary Clinton, et le Royaume-Uni par celle de son Premier Ministre Gordon Brown ont annoncé leur soutien à un objectif de financement des réductions d'émissions des pays en développement à hauteur de 100 milliards de dollars annuels à partir de 2020.

Il s'agit du premier engagement américain pour un financement à moyen terme des pays en voie de développement et une réponse à la demande du Groupe des 77 (représentant 77 pays en développement). Mais le montant se situe dans la bas de la fourchette attendue. Et il ne s'agit que d'un objectif, et sans indication sur la part que prendrait les Etats-Unis : « il s'agira de fonds publics comme privés, avec des financements innovants, dont les mécanismes doivent être élaborés afin d'atteindre l'objectif de 100 milliards de dollars annuels », à déclaré Mme Clinton. Pour conclure son intervention, Mme Clinton a cité un proverbe chinois pour apaiser les tensions qui existent entre son pays, et l'Afrique : « lorsque on traverse une rivière dans un même bateau, il faut se comporter paisiblement ». Une américaine qui cite un proverbe chinois à l'attention des africains, est peut être de bon augure pour la conclusion du sommet. 

Mais la méfiance des pays pauvres à l'égard de cette annonce sera grande : la veille, dans son allocution à COP15, le Président Sénégalais Wade avait affirmé « depuis que j'ai pris mes fonctions (le 1er avril 2000, ndlr), plus de 250 milliards de dollars de fonds publics ont été promis aux pays pauvres par le G8 sans être délivrés. »

Même méfiance du côté des associations.  Pour les Amis de la Terre « d’une part, les montants sont insuffisants par rapport aux estimations des Nations Unies, et d’autre part, on ne sait pas quelle est la part d’argent public et la part d’investissement privé et de prêts dans la somme annoncée. Les financements doivent être publics, et ils ne peuvent en aucun cas être des prêts : il s’agit bien pour les pays industrialisés de rembourser leur dette climatique. Par ailleurs, ces fonds doivent être gérés sous l’égide des Nations Unies et de la CCNUCC, et en aucun cas par des institutions comme la Banque mondiale qui est non démocratique et qui, aujourd’hui encore, contribue largement au changement climatique ».

Emboitant le pas à Mme Clinton, Jo Leinen, chef de la délégation du Parlement Européen au COP15, a appelé les chefs d'états à prendre un engagement annuel de 30 milliards d'euros de soutien aux pays pauvres, soit 45 milliards de dollars et donc 45% de l'enveloppe globale évoquée par l'américaine. Pour rappel l'Union Européenne a été la première partie à prendre, la semaine dernière, un engagement de financement à court terme de 3,6 milliards de dollars sur l'enveloppe gloable de 10 milliards de dollars attendus sur 2010-12. 

Où en sommes-nous ?

Après une invraisemblable interruption des travaux de près de 24 heures, le nouveau président de COP15, le Premier Ministre Danois Lars Lokke Rasmussen, a annoncé que deux groupes de travail allaient reprendre les travaux interrompus la veille. Il a par ailleurs affirmé qu'il n'y avait aucune proposition de texte en dehors de celles établies par les parties du COP15, et que ces textes, encore très incomplets, devaient être la base pour tout accord.

Pour la conclusion d'un accord d'ici demain les deux points majeurs d'achoppement sont les suivants : 

1) Les Etats-Unis insistent pour que les engagements chinois, dont ils se satisfont, puissent être vérifié par une instance internationale, quand les chinois souhaitent que les objectifs américains fassent l'objet d'un engagement juridique, ce à quoi les deux pays respectifs se refusent. Yvo de Boer déclarait « qu'il ne peut y avoir d'accord sans engagement juridique et vérifiable », cherchant peut être ainsi un compromis entre les deux plus gros émetteurs du monde.

2) Les pays en voie de développement insistent sur la continuation du protocole de Kyoto, quand les Etats-Unis s'y refusent. Les pays en développement apprécient Kyoto parce qu'il est juridiquement contraignant, qu'il finance leurs projets via les mécanismes dits de "développements propres" et qu'il ne les oblige à aucun objectif de réduction d'émissions. De leur côté les Etats-Unis sont prêts à reprendre certains des mécanismes de Kyoto, mais pas à prolonger un protocole qu'ils n'ont jamais ratifié. Les associations environnementales s'opposent aussi majoritairement à la continuation du protocole de Kyoto parce que de nombreux crédits d'émissions créés par son application, et encore non-utilisés, donneraient droit à une pollution future.