Sénégal : une "Grande Muraille Verte" pour l'environnement

vendredi 18 décembre 2009 Écrit par  Marc Mayor

Le Sénégal a présenté au sommet de Copenhague une initiative majeure : « La Grande Muraille Verte », une bande de forêts et de pâturages large de 15 km sur 7000 km d'ouest en est de l'Afrique. L'idée d'origine est Nigériane, mais le Sénégal a pris l'initiative de démarrer les travaux avec un soutien pan-africain historique de l'Union Africaine.

Monsieur Matar Cissé, agence du Sénégal pour la Grande Muraille VerteDans une interview pour ddmagazine, Monsieur Matar Cissé, Directeur Général de l'Agence du Sénégal pour la Grande Muraille Verte, précise qu' « il ne s'agit pas d'un projet de reboisement ou d'un simple projet écologique, mais du développement d'un écosystème». Il s'agit de reconquérir des territoires abandonnés ou abîmés, et de créer une base économique durable pour éviter la migration des populations agraires vers les villes et vers les pays riches. Et Monsieur Cissé nous fait prendre de la hauteur : « N'oubliez pas que de nombreux conflits africains sont à la base des combats pour des ressources naturelles. La nature transnationale de la Grande Muraille Verte, et sa création de richesse naturelle, en est d'autant plus importante ».

La dimension du projet, rien qu'au niveau du Sénégal, est imposante : 543 km de longueur et 15 km de largeur, soit 760 000 hectares. A ce jour, des travaux ont été entrepris sur 100 km, avec 10 500 hectares plantés. Pour rappel, la déforestation annuel planétaire est de 7,3 millions d'hectares, selon les Nations Unies. Ainsi, sur toute sa longueur, avec approximativement 10 millions d'hectares, la Grande Muraille Verte correspondrait, du moins en surface, à une année de deforestation mondiale.

« Nous avons entrepris une consultation internationale d'experts pour établir les espèces, idéalement d'origine locale, adaptées au projet. Mais également, nous avons impliqué les populations locales, pour solliciter leur connaissance des espèces historiques qui se trouvaient sur ces terres », indique Monsieur Cissé. « La stratégie est basée sur l'établissement de maraîchages, et d'arboricultures, principalement fruitières, afin de créer des revenus futurs pour les populations que nous payons aujourd'hui pour construire la muraille verte ».

A ce jour, le Sénégal a investi 2 milliards de francs CFA dans le projet, soit un peu plus de 3 millions d'euros, et a budgété plus de 3 milliards de francs CFA (4,5 millions d'euros) pour 2010. Le Sénégal a entamé les travaux sans soutien financier international afin de montrer son engagement et la viabilité du projet, mais Monsieur Cissé précise « que pour aller à terme, ce projet à besoin de l'aide financière de la communauté internationale ».

Des projets similaires ont déjà montré qu'ils pouvaient donner d'excellent résultats aux plans social, économique, et environnemental. Ainsi la reconquête du plateau de Loess, au nord-ouest de la Chine : en 20 ans et pour un investissement de 500 millions de dollars, le projet a converti près d'un million d'hectares, quadruplé les revenus des populations locales, et délivré un retour sur investissement annualisé de 19%.

Compte tenu des faible salaires locaux, et de l'utilisation de terres publiques, les coûts de la Grande Muraille Verte sont dérisoires par rapport à l'impact sur des millions d'habitants et sur l'environnement. Dans les discussions sur le réchauffement climatique, le financement de projets de développement durable dans les pays en développement fait toujours débat ; la Grande Muraille Verte pourrait avoir valeur d'exemple.