Copenhague : les grands s'affrontent en direct à la tribune

vendredi 18 décembre 2009 Écrit par  Marc Mayor
Alors qu'un accord politique de compromis semblait se dessiner à l'issue du sommet de Copenhague, les divisions ressortent au grand jour, avec des échanges musclés entre les présidents chinois, américain et brésilien, en direct à la tribune. 

Le sommet de Copenhague se divise et révèle un schisme profond entre les pays développés d'Europe et d'Amérique d'une part et les pays en développement d'autre part. En apparence c'est la question de la vérification par des pays tiers des actions et engagements de chacun, ce à quoi se refusent les chinois et les autres pays en développement, qui pose problème, mais les échanges verbaux de ce matin, révèlent une scission beaucoup plus profonde.

Les pays en développement ne veulent plus de la tutelle des pays riches. Sortis du colonialisme, ils veulent maintenant s'émanciper des régimes de la Banque Mondiale et du FMI. Ils veulent par ailleurs réparation pour des siècles de pauvreté, qu'ils mettent en bonne partie sur le dos d'abus du Nord. Par ailleurs, subsiste un ressentiment concernant l'abandon du protocole de Kyoto considéré comme un cadeau aux américains qui l'avaient d'abord soutenu sans ensuite le mettre en œuvre. De leur côté les pays riches sont prêts à reconnaître leurs responsabilités, mais sans faire un chèque en blanc, et si possible en gardant un rôle de tuteur des pays en développement.

Le Président des états-Unis, Barack Obama, a déclaré : « Le réchauffement n'est pas incertain, mais notre capacité d'agir collectivement est incertaine. Nous sommes prêts à trouver un accord aujourd'hui, mais il faut faire des compromis. Ou bien nous pouvons le remettre à plus tard, et avoir les mêmes discussions que nous avons depuis presque deux décennies sans issue... Les éléments d'un accord sont clairs : tous les pays développés doivent s'engager sur des réductions. Nous devons avoir un mécanismes pour vérifier si ces engagements son tenus, sans qu'ils soient intrusifs, sans quoi un accord n'aurait aucun sens.  Nous sommes d'accord pour contribuer à 10 milliards annuels d'ici 2012 et 100 milliards annuels après 2020, dans un accord global pour aider les pays pauvres ».

Le Président du Brésil, Lula da Silva, l'avait précédé au podium avec une déclaration très directe : « Franchement, je suis frustré. Nous parlons depuis des années, et pendant ces discussions le problème ne fait que s'aggraver. J'ai eu le "plaisir" de participer à une réunion jusqu'à 2 heures du matin, que je croyais ne jamais voir. Je n'ai jamais vu de telles discussions entre chefs d'états, qui m'ont rappelé ma période de responsable syndical. C'est parce que nous n'avons pas bien travaillé plus tôt dans la conférence. L'argent est une question, mais il ne s'agit pas d'un cadeau des pays riches, mais d'une rétribution des pays développés pour deux siècles d'émissions...».

Et le Président Chinois Wen Jabao restait sur sa position : « Tout accord doit rester sur les bases de Kyoto. Chaque pays est capable de vérifier ses propres actions. Nous sommes le premier pays producteur d'énergie hydroélectrique, le premier pays producteur d'énergie solaire, et le premier pays en termes de reforestation avec plus de 54 millions d'hectares créés. Les actions sont plus importantes que les mots ».

A Kyoto et à Bali, les pays s'étaient mis d'accord sur la formule de « responsabilité commune mais différenciée » dans la lutte contre le réchauffement. C'était une illusion, on aura retenu que le terme "différencié".