Corinne Lepage à Copenhague : "Mieux vaudrait pas d'accord qu'une simple déclaration politique"

vendredi 18 décembre 2009 Écrit par  Marc Mayor

Depuis Copenhague, ddmagazine s'entretient avec Corinne Lepage, membre de la délégation du Parlement européen, vice-présidente du Modem et ancienne ministre de l'Environnement 

ddmagazine - Que pensez-vous du sommet de Copenhague?

Corinne Lepage - Je suis tout d'abord frappée par la mauvaise organisation du sommet. Après, il manque clairement le ciment de la confiance. Nous sommes dans un monde de défiance internationale organisée. Certains pays, notamment pétroliers, ne souhaitent pas qu'il y ait un accord. En tout cas, je préférerais qu'il n'y ait pas d'accord, plutôt qu'une déclaration politique comme nous en avons déjà eue à Rio, sans suite. Cela permettrait d'étaler au grand jour les carences des leaders mondiaux. 

ddmag : La France a t'elle eu une stratégie efficace pendant ce sommet ?

C.L - Globalement, on peut saluer les efforts du Président Sarkozy pour populariser le sujet écologique et le sommet au niveau français. Je suis par contre beaucoup plus critique sur sa politique internationale. Son accord signé avec l'Ethiopie a semé la zizanie, le Président Ethiopien n'étant pas habilité à s'engager au nom du groupe Afrique. Sa tentative avec le Président brésilien Lula a échoué. C'est une politique du cavalier seul, du « tout autour de moi », qui crée des divisions.

ddmag - Un des sujets clé dans la lutte contre les émissions est le mécanisme de contrainte : plutôt une taxe carbone ou un système de quota cap and trade ?

CL - Je suis un peu inquiète de la généralisation des marchés. Personne ne sait très bien ce qui se manigance sur les marchés du carbone. Il est plus facile de faire des prévisions avec une taxe carbone, qui de plus crée de vrais recettes. Ce qui pousse le marché du carbone, ce sont les intérêts financiers.

ddmag - Croyez-vous dans les systèmes de capture et stockage du CO2 (CSC) pour les centrales électriques ?

CL - La technologie de capture et de stockage du CO2, pourrait être intéressante comme un plus par rapport à d'autres initiatives et systèmes de réduction des émissions, si ça se concrétisait. Mais seulement comme un plus ; on ne peut pas compter dessus compte tenu du stade expérimental des technologies. Pour l'instant, la séquestration du carbone est un mirage. Je n'ai pas voté pour au Parlement européen, et la CSC fait l'objet de financements énormes en Europe comme aux états-Unis.

ddmag : Soutenez vous le développement de la voiture électrique ?

CL : L'idée est bonne. Tout dépend d'où vient l'électricité. Oui s'il s'agit d'électricité propre...