Un accord à Copenhague : mieux que rien, ou pire que tout ?

samedi 19 décembre 2009 Écrit par  Marc Mayor

La conclusion du sommet COP15 de Copenhague sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre afin de limiter le réchauffement climatique est étonnante : pire que tout ce qui était attendu, mais peut être mieux que rien. Il s'agit d'un accord de principe pour limiter le réchauffement à 2 degrés, avec des engagements de principe, qui ne seront fixés qu'en janvier, et qui ne n'auront pas de valeur légale. 

Le Président Obama traitait l'accord « d'un pas en avant, mais insuffisant. » Il mettait en avant le fait que pour la première fois, la Chine, et son propre pays, s'engageaient sur des objectifs de limitations de leurs émissions. Les Amis de la Terre au contraire considéraient qu'il s'agissait « d'une honte », et que Copenhague était un échec complet.

Peu de participants auraient au départ parié sur une issue aussi minimaliste. Aucun objectif par pays, aucune contrainte légale, quand tous les pays avaient déclaré qu'un accord sérieux devait les fixer, et que beaucoup se disaient prêts à s'engager. Les pays africains ont probablement surestimé leurs forces, bloquant de nombreuses discussions, exigeant une prolongation de Kyoto. Ils n'auront ni Kyoto, ni accord pour le remplacer, ni aucun accord de financement. Seuls les états-Unis et la Chine s'en sortent bien : un accord pour sauver la face, et des engagements minimalistes qu'il n'ont pas l'obligation de tenir.

La planète sans pilote

Le sommet de Copenhague aura au moins révélé au monde les carences de la gouvernance mondiale et le clivage entre pays développés d'une part, et pays en développement d'autre part. Le Président Sarkozy, présent deux jours à Copenhague, fit remarquer que « cela montre que le système onusien est à bout de souffle ». Les observateurs présents pour les deux semaines n'auraient, pour la plupart, pas été aussi gentils.

Sur la gouvernance, une bonne partie du sommet COP15 aura été surréaliste. Opérant sous l'égide des Nations Unies, et donc avec les règles de cette institution, Copenhague aura rappelé que rien n'a changé depuis qu'Albert Cohen rédigeait les beaux passages ubuesques sur la vieille Société des Nations dans Belle du Seigneur.

Deux groupes de travail, dont un appelé à travailler sur la prolongation du protocole de Kyoto, prolongation dont la première puissance mondiale, les états-Unis, avait de longue date déclaré qu'elle ne pourrait pas l'accepter. Des agendas remplis aux trois quarts par des interventions de procédure, puis des interventions pour soutenir la procédure proposée par l'intervenant précédant, puis des discours dans le vide que personne n'écoute, puis des conférences de presse au sujet des procédures et des discours.

Mais peu ou pas de dialogue, de débat, de traitement au grand jour des différents légitimes entre les parties. Une situation à son comble vendredi soir pendant les négociations à huit clos entre pouvoirs : la séance plénière, remplie de mandarins, passait de procédure en procédure, applaudissant à l'occasion le départ à la retraite d'un cacique pendant que le monde tremblait dans l'attente d'un accord.

Copenhague aura servi de déclaration d'affranchissement des pays en développement à l'égard des vieilles puissances économiques et militaires. Le point d'achoppement avec la Chine, sur la vérification extérieure de leurs actions pour limiter les émissions, aura vite viré au règlement de compte au sujet des mesures et des contrôles de la Banque Mondiale et du FMI, dont les pays en développement se plaignent depuis longtemps. Fort de leur croissance récente, les pays en développement se sentent en mesure de se prendre en charge, et exigent des réparations des pays développés, en principe pour le climat, mais il est difficile de ne pas y voir de vieilles rancoeurs contre le colonialisme et l'impérialisme.

Les dégâts sont considérables : à cause d'une mauvaise organisation, et de nombreuses distractions, la lutte pour réduire les émissions et pour l'indépendance énergétique, qui semble en réalité faire très largement consensus malgré l'accord minimaliste, ne dispose d'aucun accord. C'est l'ironie de Copenhague : l'une des rares préoccupations vraiment mondiale n'aura finalement donné lieu qu'à une gigantesque et coûteuse séance de gesticulations collectives, au profit de quelques-uns peut être, au détriment de l'humanité toute entière.