GDF Suez vertement critiqué par les associations environnementales

jeudi 14 janvier 2010 Écrit par  Yves Heuillard

En raison de son implication dans la construction du barrage hydroélectrique controversé de Jirau, sur le rio Madeira, en Amazonie brésilienne, GDF Suez a été présélectionnée comme l’une des entreprises mondiales les plus irresponsables sur les plans social et écologique pour le prix Public Eye Award 2010 qui sera décerné le 27 janvier prochain à Davos. "GDF Suez ne tient pas compte de nos communautés tout comme il ne respecte pas la rivière", a déclaré Océlio Munoz, un dirigeant local du Mouvement des Peuples Affectés par les Barrages. "Nos vies sont détruites par un modèle de développement qui traite le fleuve et la terre comme des marchandises".

Jirau est le plus grand programme hydroélectrique en cours dans les Amériques. Une coalition d'organisations de la société civile du Brésil, de France et des états-Unis*, a adressé cette semaine une lettre à M. Gérard Mestrallet, président de GDF Suez dénonçant ''un manque de vigilance au cours des phases de planification et de construction du barrage, ainsi que d’un flagrant mépris des droits humains et de la protection de l'environnement, qui relèvent de la responsabilité juridique et éthique de l'entreprise".

Selon les associations, parmi ces violations des droits humains perpétrées par le consortium, figurent l'absence de consentement libre, préalable et informé des communautés indigènes locales ainsi que la non prise en compte de la présence, à proximité du site du barrage, de groupes d’Indiens isolés extrêmement vulnérables aux contacts extérieurs et qui seront directement affectés par les impacts du projet. L'organisation ajoute que par ailleurs, la destruction de l'environnement que générera le barrage de Jirau aura des répercussions importantes sur les communautés riveraines du bassin du Madeira - partagé par le Brésil, la Bolivie et le Pérou – en inondant les forêts, dévastant les stocks de poissons et détruisant de manière irréversible les moyens de subsistance des populations locales.

Selon Jean-Patrick Razon, directeur de Survival International France : ‘Il est scandaleux que le gouvernement français utilise des fonds publics pour financer une entreprise honteusement responsable de la destruction d’une importante rivière amazonienne et d'une région d’une exceptionnelle diversité biologique et socio-culturelle. En outre, ce projet menace gravement les groupes d’Indiens isolés – les peuples les plus vulnérables de la planète – qui vivent dans la région et dont la survie se situe au premier rang de nos préoccupations car ils seront chassés de leurs terres et exposés à des maladies contre lesquelles ils n'ont aucune immunité".

Selon les associations, au rythme actuel, le barrage de Jirau devrait déplacer des milliers de familles riveraines et mettre en danger de larges pans de forêts, y compris des aires protégées, favoriser l'extinction de centaines d'espèces de poissons migrateurs, et contribuer de manière significative à l’émission de dioxyde de carbone et de méthane. Actuellement, la déforestation des zones tropicales est, au niveau mondial, la plus grande source d'émissions de gaz à effet de serre.

*Il s'agit au Bresil des associations Amigos da Terra , Associação de Defesa Etnoambiental Kanindé, en France de Survival International et aux Etats-Unis de Amazon Watch.