Le thon rouge sera-t-il le symbole de la lâcheté ?

mercredi 10 novembre 2010 Écrit par  rédaction

Paris, le 10 novembre 2010 – Depuis 8h30 ce matin, cinq militants de Greenpeace bloquent l’entrée principale du ministère de l’Agriculture et de la Pêche. Quatre d’entre eux sont enchainés aux sièges et au volant de la petite « thonmobile ». Le cinquième s’est attaché sur le toit du véhicule, à côté d’un thon géant de deux mètres soixante. Pourquoi ?

Les thoniers français doivent rembourser une dette. En 2007, ils ont en effet pêché… 100 % de plus que le quota autorisé, soit la « bagatelle » de 5 000 tonnes ! Un accord passé à l’Iccat (l’organisme international chargé de gérer la pêche au thon rouge), organise le remboursement de cette dette. Ainsi, cette année, sur les 2 500 tonnes de quota alloué à la France, les thoniers français n’ont eu droit de pêcher effectivement « que » 2 000 tonnes de thons rouges, afin de rembourser 500 tonnes. Pour 2011 et 2012, ils doivent rembourser 1 500 tonnes.

Suite aux accords de Nagoya sur la biodiversité, où la France s’est officiellement engagée à ce que tous les stocks de poissons soient exploités de façon durable d’ici à 2020, Chantal Jouanno, secrétaire d’état à l’écologie, plaide en faveur d’une baisse drastique du quota de pêche au thon rouge. La commissaire européenne à la Pêche, Maria Damanaki, est sur la même ligne.

L’Iccat se réunit cette année à Paris, du 17 au 27 novembre. C’est l’Union européenne qui s’exprime au sein de l’Iccat, et les états membres de l’UE sont actuellement en train de statuer sur une position commune. Selon le calcul de Greenpeace, si Bruno Le Maire (Ministre de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la pêche) obtient un maintien du quota actuel pour 2011 – soit 13 500 tonnes – les pêcheurs français n’auront droit de pêcher que 500 tonnes de thon rouge. Dans ces conditions, la pêche à la senne ne serait plus du tout rentable.

Mais selon Greenpeace « Bruno Le Maire négocie en sous main pour obtenir un nouvel étalement de la dette et autoriser ainsi que se perpétue le pillage d’une ressource menacée. Bruno Le Maire prétend que les pratiques dénoncées n’ont plus cours. Mais en réalité, le temps des petits arrangements est loin d’être révolu. La France fait aujourd’hui ce qu’elle a toujours fait : elle agit en coulisses pour défendre une poignée de pêcheurs industriels puissants, principaux responsables de l’effondrement de plus de 75 % du stock de thon rouge au cours des vingt dernières années. »