Vous reprendrez bien un peu de bisphénol A ?

vendredi 12 novembre 2010 Écrit par  Yves Heuillard
bébé et biberon de matière plastiqueLe bisphénol A (BPA) est un produit chimique utilisé comme adjuvant dans la fabrication des plastiques durs transparents, dont le polycarbonate. On le trouve dans de nombreux produits de consommation, dont certaines bouteilles réutilisables et des biberons, dans les emballages plastiques des aliments, dans la couche protectrice à l'intérieur des boîtes métalliques pour les conserves et les boissons. De très nombreuses études mettent en cause le bisphénol (voir tous nos articles sur le sujet). L'OMS estime que ce n'est pas mauvais pour la santé. [Photo CC dolanh / Flickr]

Le 12 octobre dernier le Canada a ajouté le bispénol A à la liste de produits toxiques susceptibles de porter préjudice au développement du foetus et de l'enfant. Quelques semaines auparavant l'EFSA (l'Autorité européenne de sécurité des aliments) avait rendu un avis sur le BPA, considéré comme "ubuesque" par nombre d'associations de défense des citoyens : il ne remet pas en question la Dose Journalière Admissible de 50 microgrammes par kilo et par jour (µg/kg/j). L'OMS à son tour vient de rendre un avis sur le Bisphénol A dont la conclusion principale est qu'il est prématuré de prendre des mesures de santé publique.  

Aussi sur DDmagazine

Les bouteilles en plastique sont-elles dangereuses ?

Pour le Réseau Environnement Santé une telle conclusion est très surprenante, car elle donne l'impression que l'on manque de données scientifiques alors qu'on dispose aujourd'hui de près de 500 études publiées selon les règles de la déontologie scientifique, dans des revues à comité de lecture c'est-à-dire validées par les pairs.

Le Réseau Environnement Santé effectue une veille scientifique systématique depuis avril 2009 . Celle-ci montre que 95 % des études menées chez l'homme et l'animal mettent en évidence un effet sanitaire. D'après l'association les études menées sur toutes les espèces animales (souris, rat et singe principalement, mais aussi récemment porc, mouton et agneau) sont convergentes. Elle rappelle aussi que plusieurs dizaines d'études chez l'homme confirment les résultats chez l'animal. L'association cite notamment une étude américaine qui met en évidence des troubles du comportement chez l'enfant de 2 ans corrélés à l'exposition maternelle (ce même effet a été observé dans 32 études animales sur 35).

Au raisonnement de L'OMS qui se base sur le fait que le BPA n'est pas stocké et est éliminé rapidement (ce qui est exact), le RES oppose que l'exposition de la population est quotidienne. Une études de Statistics Canada de cette année montre que 91% des canadiens ont du BPA dans le sang ou les tissus. 

Pour le Réseau Environnement Santé "cette décision laisse planer un doute sur la déontologie de l'expertise de l'OMS et conforte les interrogations soulevées sur la façon dont l'expertise a été conduite par cette organisation à l'occasion de la grippe H1N1".