Centrale nucléaire de Hinkley Point C : projet contrarié

lundi 09 février 2015 Écrit par  Yves Heuillard

La nouvelle centrale nucléaire britannique de Hinkley Point C, un projet de deux réacteurs EPR conduit par EDF pour 24 milliards de livres, fait face à de nouvelles vicissitudes : report de l'enquête de la Commission des finances du Parlement, recours juridique de l'Autriche, et demande de garanties par les investisseurs chinois en cas de fiasco.

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Après l'accord d'octobre 2013 d'un prix garanti de l’électricité de 92,5 livres par MWh pendant 35 ans, prix garanti par le gouvernement assorti d'une garantie de financement de 10 milliards de livres, EDF avait annoncé le premier coup de pelle pour juillet 2014 et un démarrage de la production électrique en 2023 (notre article). En réalité il avait fallu attendre un an pour que la Commission européenne enquête sur la conformité d'une telle aide publique avec les régles européennes et donne finalement son accord en octobre 2014.

Mais, selon le Financial Times (1) du 28 janvier 2015, la Commission des finances du parlement (Parliament's Public Accounts Committee) a maintenant abandonné l'idée d'analyser la valeur réelle pour le contribuable de l'argent qui serait investi dans Hinkey C avant les prochaines élections de mai prochain. Ce qui reporterait la décision à  l'automne 2015.

En même temps l'Autriche a confirmé qu'elle lancerait un recours juridique contre le projet de Hinkley C au motif que l'aide publique du gouvernement britannique constitue une subvention illégale de l'État britannique [le prix de l'électricité garanti par le gouvernement est deux fois celui du marché]. Le recours pourrait à tout le moins encore retarder le projet d'une ou plusieurs années.

"Si c'est un fiasco, nous voulons être couverts"

Maintenant les partenaires chinois, China General Nuclear Power Corp et China National Nuclear Corp, deux entreprises publiques qui avaient donné leur accord pour une prise de participation de 35 à 40 % dans le projet, réclament une garantie du gouvernement français dans le cas où le projet serait un fiasco. D'après le quotidien britannique The Times du 7 février 2015, les Chinois s'inquiètent de la conception de l'EPR par Areva qui fait face à des difficultés financières.

Les investisseurs chinois refusent d'investir si le gouvernement français ne s'engage pas à soutenir coûte que coûte Areva, et à couvrir leurs parts de surcoût de construction, le cas échéant. Toujours selon The Times, le gouvernement français devrait plier. Les chinois demandent aussi que EDF leur donne concession d'un autre site, à Bradwell dans l'Essex, pour construire un réacteur de technologie chinoise. Le quotidien britannique considère qu'EDF cèdera sur ce point.

Quatre réacteurs de type EPR sont en cours de construction : un en Finlande à Olkiluoto, un en France à Flamanville et deux autres en Chine à Taishan. Aucun n'a encore fonctionné. Ceux de Flamanville et de Olkiluoto, respectivmenent mis en chantiers depuis 10 et 8 ans font face à des délais importants (5 ans et 6 ans de retard) et des surcoûts pharaoniques (2,5 à 3 fois plus chers). Ceux de Taishan devaient être mis en service en 2013, puis en 2014, et finalement en 2015.