Des OGM plein vos assiettes

lundi 27 avril 2015 Écrit par  Yves Heuillard

La Commission européenne vient d'autoriser l'importation et la commercialisation de nouveaux OGM. Les défenseurs de l'environnement et des consommateurs s'offusquent, crient au scandale, mais la réalité est la suivante : 77 OGM sont désormais autorisés à la vente et 44 sont en attente d'autorisations.

La Commission européenne vient d'autoriser l'importation et la commercialisation de 19 nouveaux OGM, 17  destinés à l'alimentation humaine ou animale et 2 espèces de fleurs génétiquement modifiées [des oeillets]. Les denrées alimentaires et aliments pour animaux génétiquement modifiés autorisés viendront s'ajouter à la liste des 58 OGM actuellement autorisés dans l'Union à des fins d'alimentation humaine ou animale (maïs, coton, soja, colza, betterave sucrière, etc.).

« Les États membres ont officiellement le droit de les refuser mais dans la pratique, une interdiction nationale semble être bien difficile à mettre en place. Ne soyons pas dupes : l'autorisation d'importer et de commercialiser ces OGM est une offrande faite aux États-Unis sur l'autel du TTIP [Le Partenariat transatlantique de commerce et d'investissement en cours de négociation], avec en guise de sacrifice le droit des citoyens européens » s'offusque Marc Tarabella eurodéputé en charge de l'Agriculture mais aussi de la Protection des consommateurs.

Onze des 19 nouveaux OGM sont produits par la multinationale américaine Monsanto (du soja, du maïs, du colza et du coton). Les huit restants viennent de la firme américaine Dupont et des groupes allemands Bayer et BASF. Pour les Verts "c'est un cadeau aux lobbies et une insulte aux consommateurs". José Bové se déclare "scandalisé".

Parmi les nouveaux OGM autorisés se trouve le maïs Nk603, dont le professeur Gilles-Eric Séralini avait dénoncé les impacts sanitaires sur le long terme en même temps que le laxisme des procédure d'autorisation de mise sur le marché. La Commission européenne s'était résolue à mettre en place une étude sur les effets à long terme de cet OGM. En décidant d'autoriser ce maïs, la Commission décide implicitement que les tests seront favorables.

Europabio, l'association qui représente les industries des biotechnologies se félicite de cette décision "d'autoriser l'importation de produits sains selon une procédure démocratique et en accord avec les évidences scientifiques".

La solution selon les défenseurs des consommateurs

Seule solution, mais qui reste théorique, le droit de chacun des Etats membres de refuser la commercialisation de ces OGM. Et même à le faire précise l'eurodéputé Tarabella "la règlementation actuelle sur l'étiquetage n'impose pas d'indiquer si ces produits proviennent d'animaux élevés ou non avec des OGM.».

Marc Tarabella indique ce que pourait être une parade. D'une part, il faut faire pression sur les gouvernements afin qu'ils n'acceptent pas les OGM sur leur territoire. D'autre part, il faut activer une législation d'étiquetage stricte sur la présence d'OGM pour des produits tels que le lait, les œufs ou la viande ! Enfin, il faut que l'Europe supervise des contrôles accrus en matière de traçabilité des aliments pour les humains et pour les animaux.

 « À Aucun moment, nous ne pourrons accepter de mettre en péril la sécurité alimentaire des consommateurs européens. À aucun moment nous ne devons accepter que l'intérêt particulier de quelques multinationales ne l'emporte sur l'intérêt général de 500 millions de citoyens. » conclut Marc Tarabella.

Il semble néanmoins que l'intérêt particulier l'ait déjà emporté puisqu'une majorité des Européens sont hostiles aux OGM (59% selon Eurostat).

En savoir plus

La liste des végétaux génétiquement modifiés autorisés, ainsi que la portée précise de l'autorisation délivrée, figurent dans le registre de l'UE des denrées alimentaires et aliments pour animaux génétiquement modifiés, qui peut être consulté ici.
Pour une information critique indépendante consulter le site Inf'OGM.

En ouverture : photo CC de Robyn Lee.