Gagner la bataille contre le réchauffement ne coûte rien

lundi 04 mai 2015 Écrit par  Yves Heuillard
Gagner la bataille contre le réchauffement ne coûte rien Photo CC Mysi Anne

L'agence internationale de l'énergie (IEA) vient de publier son rapport annuel "Energy technology Perspective 2015". Selon le rapport, les investissements nécessaires à la stabilisation du réchauffement à +2°C sont très largement compensés par les économies de combustibles.

La problématique est relativement simple à poser : comment réduire nos émissions annuelles actuelles de gaz carbonique de 60% d'ici 2050 alors que la population devrait croître de un tiers, le produit intérieur brut moyen par habitant de 140% (par rapport à 2012), que le nombre de foyers devrait doubler ainsi que la somme des surfaces habitables de tous les logements, que les locaux destinés au tertiaire devraient augmenter de 60%.

La résolution du problème est moins simple. L'un des défis majeurs sera par exemple de reduire de 90% l'intensité carbone (la masse de CO2 par kWh) de la production électrique alors que la consommation d'électricité augmentera de 75%.

Consulter le rapport

Le rapport ETP 2015 de l'IEA est disponible ici. La note de synthèse est en accès libre. Aux lecteurs du rapport l'IEA offre une remarquable  présentation graphique interactive des résultats, lumineuse, et plutôt ludique.

L'objectif du rapport Energy technology Perspective 2015 est de faire des simulations sur la base de plusieurs scénarios. Le scénario 6DS, est celui qui considère que nous ne changeons rien à la marche actuelle du monde, et nous nous acheminerions alors vers un réchauffement de 6°C.

Le scénario 2DS, qui vise à une limitation du réchauffement à 2°C, oblige à une évolution plus radicale de nos systèmes énergétiques et à une forte amélioration de notre efficacité énergétique. Il induit une réduction de l'intensité énergétique de l'écononomie mondiale de 60% (60 % moins d'énergie par dollar de PIB) en même temps qu'une réduction des émissons de CO2 générées par la production d'énergie primaire de 60% également.

Pour y parvenir le rapport insiste sur les nécessaires investissements dans la RD&D (recherche et développement et démonstration) - qui sont loin d'être suffisants, et sur les politiques publiques qu'il faudrait mettre en place pour les stimuler. 40 000 milliards de dollars d'investissements supplémentaires seraient nécessaires dans le développement des énergies propres et des économies d'énergies pour soutenir le scénario 2DS. Ce chiffre n'est pas si important au regard des investissements de 318 000 milliards de dollars qui seront de toute façon réalisés, selon le scénario 6DS (+6°C), dans le secteur de l'énergie. Ce surinvestissement représente moins de 1% de la somme des PIB de tous les états du monde sur la période 2016-2050.

Posée autrement la question pourrait être : "voulons-nous être collectivement moins riches de 1% en 2050 pour sauver la planète ?". En réalité nous ne serions pas plus pauvres, mais plus riches ; car pour chaque dollar investi dans les énergies propres et l'efficacité énergétique, les auteurs du rapport calculent que nous économiserions environ 3 dollars de combustibles fossiles, soit 115 000 milliards de dollars sur la période. Et ce calcul n'inclut pas les économies liées à la limitation des impacts environnementaux.

Quelles technologies pour sauver le climat ?

Reste à définir la contribution de chaque technologie "propre" dans la réduction des gaz à effets de serre. Notez que l'affaire n'est pas mince. Il s'agit de passer de plus de 55 milliards de tonnes de CO2 en 2050 dans le scénaorio 6DS, à environ 15 milliards de tonnes dans le scénario 2DS.

La majeure partie de la solution provient de l'efficacité énergétique (28%), suivie par le recours aux renouvelables (30%). Suivent la capture et le stockage du carbone (13%), le changement d'énergie dans les usages (10 % - par exemple électricité, hydrogène, biogaz ou biocarburant dans les transports), le nucléaire (8%) et enfin l'efficacité et le changement d'énergie dans la production d'électricité (1%).

Dans le scénario 2DS le nucléaire passe de 400 GW aujourd'hui à 925 GW en 2050, ce qui aboutit (notre calcul) à la construction et la mise en service d'un réacteur de type EPR tous les mois pendant 35 ans en comptant le remplacement de 200 vieux réacteurs d'ici 2050.

Les incertitudes qui pèsent sur le développement et le financement du nucléaire ainsi que sur la capture et le stockage du carbone amènent les auteurs à étudier des scénarios de substitution avec un nucléaire limité et/ou pas de capture du carbone. Il faut alors compter davantage sur les renouvelables et les économies d'énergie. Le scénario 2DS reste ainsi réalisable et l'impact sur les investissements, de l'ordre de 2000 milliards de dollars supplémentaires est faible si on le compare aux 358 000 milliards de dollars d'investissements dans le scénario 2DS de base.

Merci à Mysi Anne pour la photo d'ouverture.

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