Est-ce la fin de l'EPR ?

samedi 16 mai 2015 Écrit par  Yves Heuillard
Centrale de Olkiluoto. À gauche le dôme du réacteur EPR Centrale de Olkiluoto. À gauche le dôme du réacteur EPR Photo CC Mathias Olsson

Un communiqué de l'AFP du mercredi 13 mai annonce la décision de l'électricien finlandais d'annuler la commande d'un deuxième EPR en Finlande à cause des problèmes dantesques rencontrés par le constructeur Areva (1).

Les dirigeants de l'électricien finlandais TIVO ont décidé de surseoir à la construction d'un second réacteur nucléaire EPR sur le site de la centrale de Olkiluoto. La décision sera soumise au vote des actionnaires lors d'une assemblée générale prochaine, mais on voit mal comment les actionnaires pourraient désapprouver leurs dirigeants tant le projet a dérivé de ces objectifs initiaux : alors que la construction a démarré en 2005 la production électrique ne démarrera qu'en 2018, avec 9 ans de retard ; le budget initial de 3,2 milliards d'euros a presque été triplé, à 8,5 milliards d'euros. Le 14 mai la radio-télévision publique finlandaise (Yle) rappelait comment TVO et Areva avait été entraînés au fil des années dans des disputes au sujet de la responsabilité de ces dérives. (2)

Le réacteur d'Olkiluoto fut la première commande du nouveau réacteur français EPR. EDF en a commandé un second pour la centrale de Flamanville (Manche), et les Chinois deux autres pour la centrale de Quaishan. Tous les réacteurs ont subi des retards, et aucun EPR, dont la conception initiale date des années 90, n'a encore fonctionné dans le monde.

L'EPR accumule les mauvaises nouvelles. Areva, avec 4,8 milliards de pertes en 2014, et l'annonce de la suppression de 6000 emplois serait en faillite si l'Etat français n'était son principal actionnaire.

Le plus étonnant est que le communiqué de l'AFP concernant le renoncement très probable de TIVO, le client finlandais d'Areva autrefois porté aux nues, n'a pas été repris par les grands médias français référencés par Google Actualités. Dans le même temps, la vente des machines à tuer nommées Rafale, a fait l'objet de plus de 70 articles.

Les autres mauvaises nouvelles

Des anomalies ont été découvertes sur la cuve du réacteur EPR de Flamanville construit par Areva pour EDF. Ces anomalies sont considérées comme très sérieuses par l'Autorité de sécurité nucléaire française qui rappelle que les cuves des réacteurs chinois sont de la même fabrication (Reuters). De nouveaux tests seront réalisés sur la cuve d'ici la fin de l'année 2015. Le remplacement des cuves aboutirait à des surcoûts vertigineux. La construction du réacteur de Flamanville a démarré en 2007 pour une mise en service prévue en 2012. Mise en service repoussée pour le moment à 2017, alors que le coût initial de 3,3 milliards d'euros est porté à au moins 9 milliards (3)

Le coût du démantèlement et le nettoyage de Sellafield, la plus grande et la plus dangereuse usine nucléaire britannique (et peut être du monde) a augmenté de 5 milliards de livres en un an, pour atteindre 53 milliards de livres, selon le National Audit Office, la Cour des comptes britannique. Areva faisait partie du consortium en charge des opérations jusqu'en janvier 2015, date à laquelle le contrat a été annulé. (4)

Areva avait été chargé par l'Ukraine de réaliser un centre de stockage de déchets sur le site de la centrale ruinée de Tchernobyl. Le contrat a été annulée en raison d'une erreur de conception majeure. (5)

Le gouvernement du Royaume-Uni soutient la construction par EDF de deux réacteurs EPR à Hinkley Point, notamment en accordant des avantages financiers importants et en garantissant un prix de l'électricité nucléaire bien au-delà des prix du marché, mais l'accord définitif n'est pas encore signé. L'Autriche et le Luxembourg ont anoncé qu'ils lanceront un recours juridique contre le projet de Hinkley C au motif que l'aide publique du gouvernement britannique constitue une subvention illégale de l'État britannique. (6)

En 2007, Areva, leader mondial du nucléaire civil, achète la petite société minière canadienne Uramin domiciliée dans un paradis fiscal, pour 1,8 milliard d'euros. Areva ne demande pas à ses géologues de vérifier l'existence d'uranium avant la siganture de la vente. Les gisements se révèlent totalement inexploitables (7). Une information judiciaire contre X pour "corruption d'agent public étranger et de personnes privées, détournement de fonds publics, abus de confiance, faux, blanchiment, complicité et recel" a été ouverte le 27 mars 2015 (Reuters).

Aux U.S.A, en Italie, au Canada, les projets d'une douzaine de réacteurs nucléaires E.P.R ont été abandonnés, pour des raisons économiques, ou suite à Fukushima (Italie). La Chine, présentée comme le nouvel eldorado nucléaire pour l'industrie française qui lui a apporté son savoir-faire, a démarré la construction un réacteur concurrent de l'EPR de conception entièrement chinoise.

Pour en savoir plus le lecteur pourra se reporter à l'article de Dr Jim Green publié dans The Ecologist, et dont nous avons repris ici partiellement le titre. Jim Green est l'éditeur de la revue Nuclear Monitor.

Références
1) Finnish TVO scraps nuke reactor plans over EPR delays (AFP, 13 mai 2015)
2)TVO power consortium proposes shelving fourth Olkiluoto reactor (yle,14 mai 2015)
3) Areva Is Costing France Plenty (Bloomberg, 16 avril 2015)
4) Sellafield cleanup costs rise by £5bn in year, says watchdog (The Guardian, 4mars 2015)
5) L'invraisemblable fiasco d'Areva à Tchernobyl
6)Centrale nucléaire de Hinkley Point C : projet contrarié (ddmagazine, fevrier 2015)
7) L'Affaire Areva, 3 milliards en fumée (ddamagazine, décembre 2014)