Subventions aux énergies fossiles : 15 milliards de dollars par jour

lundi 01 juin 2015 Écrit par  Yves Heuillard
Une centrale au charbon aux U.S : 15000 tonnes de charbon par jour Une centrale au charbon aux U.S : 15000 tonnes de charbon par jour Photo CC Larry via Flickr

Une étude récente du Fonds monétaire international (FMI) calcule que les subventions aux énergies fossiles se sont élevées en 2014 à 5 300 milliards de dollars, 15 milliards par jour, 10 millions de dollars par minute, 6,5% de la richesse produite dans le monde.

Cinq mille trois cents milliards de dollars de subventions aux énergies fossiles en 2014, vous n'y êtes pas, vous faites erreur ! Les auteurs de l'étude du FMI disent avoir douté de leurs propres chiffres tant ils dépassent l'entendement. Ils les ont donc vérifiés et re-vérifiés avant d'affirmer qu'il s'agit d'une évaluation extrêmement solide ("extremly robust") du vrai coût des subventions aux énergies fossiles (1).

Selon les propos de Vitor Gaspar, Directeur du Département des affaires fiscales du Fond monétaire international, le chiffre est choquant (2). 5 300 milliards de dollars de subventions aux énergies fossiles, c'est plus que le budget consacré à la santé par l'ensemble des pays du monde.

Quand on parle de subventions aux énergies fossiles, vous pensez naturellement aux cadeaux fiscaux faits aux grandes entreprises de l'énergie, à la mise à disposition de terrains ou à la prise en charge d'infrastructure par le budget de l'État. Ce sont les subventions directes. Mais il y a les autres coûts, jamais pris en compte ceux-là, mais payés par l'ensemble des citoyens de la planète d'une manière ou d'une autre.

Ces coûts sont ceux des dommages crées à l'environnement et à la santé, les coûts de la pollution, les effets du réchauffement climatique. Ils ne sont jamais pris en compte dans les calculs du coût réel des énergies fossiles et constituent des subventions cachées. Si demain on construisait une autoroute au pied de votre immeuble, au bout de votre jardin, au milieu de votre exploitation agricole, vous considéreriez à juste titre que vous subissez un préjudice, que ce préjudice doit vous être payé, et que le coût réel de l'autoroute doit inclure ce préjudice. Eh bien quand ils s'agit des combustibles fossiles, et tout particulièrement du charbon et du pétrole, les coûts des préjudices et des dommages à la collectivité sont externalisés, les entreprises de l'énergie ne les paient jamais, le public oui.

Une autre partie des subventions résulte d'une moindre taxation des produits énergétiques par rapport aux autres produits de consommation ou aux autres matières et services nécessaires aux industriels.

Dans l'étude titrée "How Large Are Global Energy Subsidies?" les économistes David Coady, Ian Parry, Louis Sears and Baoping Shang, ont cherché à calculer le coûts de ces dommages et de ces faveurs. Sont pris en compte notamment les dégâts environnementaux, les problèmes de santé et les décès prématurés dus à la pollution, l'aggravation des problèmes de déplacement dans les villes et autres effets d'un usage exacerbé des véhicules automobiles, l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre. Résultat : ces coûts sont bien plus importants que les subventions directes aux énergies fossiles et aux interventions des États pour faire profiter aux consommateurs (entreprises comme particuliers) de prix bas de l'énergie.

Ces coûts gigantesques aboutissent à l'accroissement des dettes des états, à l'augmentation des impôts ; ils sont supportés par les collectivités au détriment de dépenses publiques plus productives par exemple dans l'éducation, la santé, les infrastructures, au détriment encore des investissements dans les énergies renouvelables ; ils sont aussi sources de vulnérabilité des états à la volatilité des prix de l'énergie.

Pas besoin d'attendre un accord mondial, les États doivent agir

Concernant les subventions visant à maintenir un prix bas de l'énergie pour les familles les plus modestes les auteurs de l'étude considèrent que ce type de mesure est très largement inefficace et profite en réalité au ménages les plus riches.

Les auteurs entrevoient la possibilité d'énormes bénéfices pour la société si toutes les subventions aux énergies fossiles étaient éliminées dont : augmentation de 2900 milliards de dollars des revenus des gouvernements ; 1800 milliards de plus pour les budgets publics une fois déduites les aides nécessaires à palier l'augmentation des prix de l'énergie ; réduction des émissions de CO2 de 20% ; réduction de la mortalité due à la pollution de l'air de moitié (Page 7 de l'étude).

Point important, les auteurs font remarquer que les trois quarts de la sous-évaluation des coûts réels des combustibles fossiles sont le fait de distorsions ou d'impacts au niveau de chaque pays prix individuellement ; seul le quart restant, attribué aux effets du réchauffement climatique, est global. Ce qui revient à dire que même en agissant seul, sans concertation avec le reste du monde, un pays qui réformerait sa politique de prix de l'énergie en tirerait des bénéfices immédiats (page 21 de l'étude).

Évidemment l'argument est destiné en tout premier lieu à ceux qui, dans les négociations climatiques, s'abritent derrière l'absence de consensus pour ne rien faire. Il s'oppose toutefois au pouvoir de chantage des grandes entreprises à l'égard des états, chantage qui vise à brandir la possibilité de délocalisation dans les pays les moins disant en matières sociales et environnementales (3).

Les fossoyeurs de la planète au pays des merveilles

Mais les auteurs de l'étude ne sont pas prêts, ce n'est d'ailleurs pas leur rôle, à remettre en cause le modèle économique prévalent qui voudrait que la richesse d'une nation se mesure à l'aune des profits des entreprises privés, les marchés réglant tout, les marchés au-dessus de la nature. Sur ce sujet nous invitons nos lecteurs à se référer à l'article "Capitalism in Wonderland" publié la Monthly Review (4) et bien sûr à l'ouvrage de Naomi Klein "Tout peut changer, capitalisme & changement climatique".

Le pire, fait remarquer Shelagh Withley, spécialiste des subventions au "Overseas Development Institute" interrogée par le quotidien anglais The Guardian (5), c'est que beaucoup des subventions dénoncées par le FMI servent à trouver de nouvelles réserves de pétrole, de gaz et de charbon"qui doivent absolument être laissé dans le sous-sol si nous voulons éviter des conséquences catastrophiques et irréversibles".

1) L'étude de FMI est assez technique, et fait référence notamment à travaux antérieurs suivants : "Energy Subsidy Reform" publié par le FMI et "Getting energy prices right", un livre vendu par la librairie du FMI.
2) Voir la présentation de l'étude en video.
3) On pourra toutefois se référer à notre article de 2009 "Relançons l'économie avec une taxe carbone à 500 euros la tonne" qui propose un manière de contourner cette contradiction.
4) "Capitalism in Wonderland". Monthly Review 2009.
5) Shekagh Withley est aussi l'auteur de "Time to change the game Fossil fuel subsidies and climate" publié en 2009.

Photo d'ouverture en licence CC par Larry

 

1 Commentaire

  • Lien vers le commentaire mardi 25 août 2015 Posté par Guillaume

    Il faut voir quand même.
    C'est un peut manipuler les chiffres : autant mettre dans le cout de l'éducation, les manques à gagner en ne faisant pas travailler les enfants... Résonnement quelque peut abusif, non?

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