Nouveaux dérapages pour le réacteur nucléaire de Flamanville

jeudi 03 septembre 2015 Écrit par  Yves Heuillard
Image extraite de la vidéo EDF ci-dessous Image extraite de la vidéo EDF ci-dessous

Cette fois, ce sera la bonne, promis, l'EPR de Flamanville démarrera en... 2018 ; soit 6 ans après la date de mise en service prévue, 11 ans après le début de sa construction, et son coût atteindra 10,5 milliards d'euros soit 3 fois plus que le coût initial estimé. Le Réseau Sortir du Nucléaire dénonce une fuite en avant ruineuse et risquée alors qu'EDF annonce une optimisation complète du pilotage et de l'organisation du projet.

Pour le Réseau Sortir du nucléaire "la poursuite du chantier de l'EPR et la volonté de prolonger à tout prix le fonctionnement de Fessenheim relèvent d'une même folie, dangereuse au regard de la sûreté et coûteuse pour les Français". Les antinucléaires rappellent que l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) ne s'est pas encore prononcée "sur les graves défauts qui affectent la cuve de l'EPR et qu'il n'est pas exclu que celle-ci ne soit ni réparable ni remplaçable". Ils mettent en doute la légalité du délai de mise en service du réacteur dont la prescription est fixée par son décret d'autorisation de création, à avril 2017.

De son coté EDF rappelle que "le démarrage de Flamanville est une priorité pour l'entreprise et un enjeu majeur pour la filière nucléaire française et son rayonnement à l'international" alors que celle-ci est en complète restructuration et qu'Areva, le constructeur du réacteur, est techniquement en faillite. Mais aucune mention du prix du kWh produit par l'EPR n'est précisée.

L'EPR est le plus gros réacteur nucléaire du monde (1,650 GW). Quatre réacteurs de ce type sont actuellement en cours de construction, un en Finlande, un en France, deux en Chine. Tous sont en retard, et aucun EPR n'a encore fonctionné.

Lors de sa conférence de presse, le 3 septembre 2015, EDF a projeté le film ci-dessous, film à la gloire de la grande aventure technologique et humaine du nucléaire. Nul doute qu'il vise aussi à redonner aussi aux équipes, prestataires et fournissseurs la fierté de contribuer à un projet très contesté et sérieusement mis à mal par les retards successifs.

Certains verront là une exhaltation de la puissance dans le style du cinéma de propagande d'un autre temps, mais le film, bien que peu informatif, a le mérite de révéler l'échelle du projet. Et ce gigantesque chantier contient aussi l'idée d'un chantier plus gigantesque encore, celui d'un démantèlement dantesque et vénéneux laissé au soin des générations futures.