Les océans au bord de l'effondrement

dimanche 20 septembre 2015 Écrit par  Yves Heuillard
Les océans au bord de l'effondrement Photo CC Alaina McDavid

Surpêche, pollutions, réchauffement climatique, en une seule génération les activités humaines ont très largement endommagé toutes les formes de vie de nos océans. Mesure de la catastrophe avec le WWF et interrogations sur notre déficit d'intelligence collective.

Selon le « Living Blue Planet Report » publié par le WWF (World Wildlife Fund), les populations marines ont diminué de 49% entre 1970 et 2012. Le Living Planet Index, réalisé en collaboration avec la Zoological Society of London (ZSL), surveille près de 6000 populations de plus de 1200 espèces, depuis le krill jusqu'aux baleines en passant par les mouettes, les tortues, les requins, les crabes, etc...

Pour Marco Lambertini, le directeur de WWF International, les hommes, collectivement, gèrent si mal les océans qu'ils sont sur le point de les détruire. En cause, la surpêche, le réchauffement climatique et les pollutions de toutes sortes.

Quelques chiffres et faits tirés du rapport

50 % des récifs de coraux et 1/3 des prairies sous-marines ont été détruits. Au rythme actuel de l'augmentation de température des océans, les coraux auront disparu d'ici 2050. Au moins 25% de la biodiversité des océans dépendent des massifs de coraux.

Le rythme de destruction des mangroves (zones humides dans la zone de balancement des marées) est 3 à 5 fois plus importante que celui des forêts. Les mangroves sont essentielles à la vie marine, et en particulier à la reproduction.

Les glaces de l'Océan Arctique pourraient avoir disparu d'ici 30 à 40 ans. Toute la vie de cet espace de 32 millions de kilomètres-carrés dépend de la glace. De nombreuses espèces migratoires dépendent aussi de la vie dans l'Arctique. Du fait de l'augmentation de l'acidité des eaux, la formation du zooplancton est affectée, menaçant un écosystème qui alimente l'une des plus importantes zone de pêche du monde.

Bateau de croisèreLe développement du tourisme, principalement sur les zones côtières exerce une pression croissante sur les écosystèmes. (marinas, développement immobilier, aéroports, plages artificielles, sports marins et sous marin, yachts, bateaux et autres engins à moteurs, surconsommation d'espèces locales, exploitation touristique d'espèces rares comme les tortues ou les coraux noirs.

Les navires de croisières, d'énormes villes flottantes pouvant transporter jusqu'à 10 000 personnes sont une source majeure de pollution marine du fait de rejets à la mer sans épuration (1) ou avec une épuration défaillante. Un navire de croisière de taille moyenne (2200 passagers, 800 membres d'équipages) génère en une semaine 795 000 litres d'eaux noires (issues des WC), 3,8 millions d'eaux grises (issues des autres utilisations de l'eau), 500 litres de matières dangereuses, 95 000 litres d'eaux de cale huileuses, et 8 tonnes de déchets.

8 millions de tonnes de plastique sont jetées à la mer tous les ans. Ceci représente 15 gros sacs poubelle pour chaque mètre de côte. Si la tendance actuelle se poursuit ce chiffre devrait doubler d'ici 2025.

Le trafic maritime a quadruplé en 20 ans avec les plus fortes croissances dans l'océan Indien et l'ouest du Pacifique.

Quatorze à 35 milliards de dollars de subventions encouragent la surpêche, notamment dans les pays en développement.

L'accroissement de la population – 2 milliards d'humains en plus d'ici 2050 – se concentrera sur les zones urbaines côtières.

La consommation de poissons par habitant a été multipliée par deux entre 1960 et 2012 (de 9,9 à 19,2 kg par an).

Forage pétroliers offshoreUn tiers du pétrole vient de forages en mer, une activité risquée - la catastrophe de Deepwater Horizon a relâché 130 millions de tonnes de pétrole dans le golfe du Mexique et 500 000 tonnes de de méthane dans l'atmosphère. Selon l'IDDRI (Institut pour le développement durable et les relations internationales) le pétrole offshore est l'une des activités industrielle les moins réglementées au regard de la protection de l'environnement.

Le rapport indique que dans certaines régions en développement, en Afrique notamment, même les précautions les plus élémentaires ne sont pas respectées. Les pollutions liées aux activités pétrolières contaminent les produits de la mer, perturbent les mammifères marins et contribuent à la réduction des stocks de poissons. Les effets des campagnes de recherches sismiques de prospections pétrolières sont soulignés.

L'aquaculture est en fort développement. Elle produit maintenant près de 60% des poissons que nous consommons, et c'est elle seule qui assure maintenant la croissance de la consommation. Mais pratiquée de manière non-responsable elle peut être responsable de la destruction des zones côtières sauvages, de pollutions locales, de destructions d'espèces sauvages servant à la nourriture des espèces piscicoles, de diffusions épidémiques de maladies chez les espèces sauvages.

Seulement 3 à 4 % des espaces maritimes sont protégés, mais des progrès sont réalisés. Le rapport cite le Pacific Remote Islands Marine National Monument, îles éparses du Pacifique et réserve naturelle sous contrôle américain, promu Monument national par le président Obama. Agrandi en septembre 2014, ce sanctuaire marin de 2 millions de km² est le plus grand du monde. Avant la fin de 2015 le gouvernement chilien devrait révéler un projet de parc marin avec plus de 700 000 km².

1) Sur ce sujet des rejets à la mer des eaux usées on pourra se reporter au site de l'avocat maritime Jim Walker, et a ce rapport de C. Copeland pour le Congrès des Etats-Unis.

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